SPIDER-MAN – FAR FROM HOME : L’HÉRITAGE DE TONY STARK

LE CAPITAINE CINEMAXX A VU – UNE ARAIGNÉE EN EUROPE * SPOILERS *

Soyons clairs, non, Far From Home n’est pas meilleur que le Spider-Man 2 de Sam Raimi, loin de là ! Il y a, chez la production arachnide de Raimi, un caractère intemporel que celle de Jon Watts, n’atteindra malheureusement jamais. Les thèmes abordés, pour commencer. Le traitement du deuil, les rivalités qui en découlent et rongent intérieurement Peter et Harry, la gestion des émotions amoureuses, les questions identitaires, les doutes liés à la perte des pouvoirs, l’abandon, Spider-Man 2 est plus humain, plus universel, plus proche de son public.
L’intensité des enjeux physiques et émotionnels sont également plus poignantes que dans Far From Home, lequel tente, souvent en vain, de créer une ambiance dramatique forte autour de la disparition d’Iron Man.
Visuellement, Raimi a su exploiter un univers new-yorkais avec intelligence et filmer son Tisseur de façon audacieuse, là où Jon Watts manque parfois d’audace, d’inventivité. Cependant, ce dernier ne démérite pas, et propose un divertissement de qualité, un road-movie/teen-movie pas dénué d’intérêts, même si certains éléments dramatiques ne sont pas pris avec le sérieux qu’ils méritaient. Mais reprenons tout cela, point par point, de manière détaillée, si vous le voulez bien.

Ma boule à facettes déchire !

Mystério : Les secrets cachés de Quentin Beck

Attendu comme le Messie par les fans du Tisseur, notamment après sa supposée apparition dans le Spider-Man 4 avorté de Sam Raimi, Mysterio est donc le vilain choisi par Watts pour affronter notre héros dans ce second volet. Mais c’est surtout l’évocation d’un multiverse par Mysterio dans la promotion du film, qui nous rendait impatient de voir l’un des pires ennemis de Spider-Man à l’œuvre. Multiverse évoqué dans Avengers : Endgame, laissant entrevoir des possibilités énormes pour l’avenir du MCU, dirigé par l’infatigable Kevin Feige, lequel a pris la décision de fermer toutes les portes de ce côté-ci. Une fausse promotion irritante puisqu’il s’agissait, en effet, d’un leurre de Mystério pour consolider son illusion. Si certains l’avaient prédit, ma naïveté aveugle me poussait à croire que le MCU allait s’ouvrir à de nouveaux horizons et à des aventures – concernant Doctor Strange, Captain Marvel ou les prochains Avengers – plus palpitantes, mettant en scène des versions inédites de nos héros et/ou des super-vilains déjà présentés (ou non) au sein du MCU. Il n’en sera finalement rien. Et c’est, selon moi, la première erreur de ce Spider-Man – Far From Home : promettre des événements majeurs et bouleversants pour son univers, pour ensuite frustrer le spectateur.
En évinçant le mutiverse de son équation, le Marvel Cinematic continue de se replier sur lui-même. Ce fût aussi le cas avec Captain Marvel, où 90% du film se déroule sur Terre, alors qu’une extension de son univers, à l’image des Gardiens de la Galaxie, aurait été préférable (Kevin Feige n’avait-il pas annoncé une extension cosmique du MCU pour la phase 4 ?). D’autant que cette intrigue mensongère, mise aux oubliettes, se fait au détriment d’une autre intrigue vue et revue au sein du MCU : les erreurs de Tony Stark et les conséquences sur son entourage et le monde. Obediah Stane, Aldrich Killian, Ultron et maintenant Mysterio, l’arrogance de Tony Stark plane encore et toujours sur le MCU. L’ombre de sa disparition est omniprésente.
Seconde erreur.
Si l’impact de sa mort sur Peter est parfois touchante et nécessaire, elle étouffe néanmoins l’intrigue principale (bien ficelée malgré tout) et l’empêche de se développer de manière autonome, en omettant, j’y reviens, des aspects plus attrayants, tels que les théories du multiverse et son éventuelle exploration.
Les regrets, le manque, le doute étaient certes indispensables à l’évolution de Peter Parker, à accepter son deuil, mais cela aurait dû se limiter là. La création de Myterio par Tony Stark était, à mon goût, une surcharge narrative non-essentielle au développement du film.

Pour en revenir à l’impact émotionnel de Tony sur Peter, si la bande-annonce était chargée en émotion, le film, lui, l’est beaucoup moins. La faute à un humour trop prononcé et cela, dès le début du film, où le logo Marvel défile sous la musique de Whitney Houston, I Will Always Love You, avant une succession d’images de Tony Stark, Natacha Romanoff et Vision ainsi qu’une première séquence d’ouverture où Iron voit Peter, Ned et Zendaya se « chamailler » gentiment. On sait alors que le sujet du deuil sera traité certes, mais de manière légère, là où il fallait montrer un Peter Parker davantage en proie aux doutes, renfermé sur lui-même et en plus grande souffrance.
De plus, les rares transitions émotionnelles (Peter rit/Peter pleure) sont abruptes et viennent souvent sans logique entre elles. Des états émotionnels déroutants, inconstants, à l’image d’un long-métrage qui peine à trouver sa place après Endgame.

Enfin, Jake Gyllenhall prend la mesure et l’ampleur de son rôle et livre un Mysterio crédible et menaçant. Mais soyons honnêtes, Jake Gyllenhall pourrait jouer une chèvre en plein désert, je trouverais ça magnifique.

Partout où je vais, je le sens en moi euh… je le vois face à moi. Pardon :$

Héritage & Phase 3

L’héritage de Tony Stark était une partie centrale du scénario. Mais elle ne prend pas la bonne direction, selon moi. En effet, son héritage ne réside pas que dans sa technologie. Le véritable héritage de Tony Stark, ce sont les Avengers. La vraie conclusion de la phase 3 était là, à portée de main! Et, au minimum, une scène post-générique évoquant l’avenir de Peter au sein des Avengers avec, soyons fous, une apparition du Faucon-Cap aurait été une idée bien plus brillante que de voir Nick Fury sur un navire Skrull, non ?
L’inter-connectivité du MCU est souvent remis en cause. Où est Captain America dans Iron Man 3 alors que le Président américain est kidnappé ? Où est Hawkeye dans Captain America : Le Soldat de l’Hiver, alors qu’il est censé être membre du S.H.I.E.L.D? Autant de souci qui se confirme encore dans Far From Home. On évoque les Avengers (d’ailleurs, oui, mais lesquels? Le groupe étant disparate depuis la mort de Tony et la disparition de Captain America), un supposé héritage, on nous promet une conclusion à la phase 3 et une ouverture sur la phase suivante mais, comme Ant-Man & The Wasp (qui a quand même une scène de transition avec Captain America : Civil War), Spider-Man : Far From Home n’offre qu’une vague continuité et une connexion à un univers pas si étendu, hormis chez les films Avengers, où les questions sont encore nombreuses : que va faire Peter de la technologie Stark dans les années à venir? Pepper est-elle au courant? Cautionne t-elle qu’un gamin de 16 ans puisse posséder une technologie aussi puissante? (et pour en revenir à la connexion entre les films, pourquoi ne fait-elle pas une apparition?), Que devient Stark Industries ? Les Avengers ont-ils un nouveau QG et quel sera donc la place de Spider-Man en son sein? Bref, si on parle d’héritage et de conclusion/d’ouverture, prendre le temps de répondre à toutes ses interrogations n’aurait pas été du luxe.

En outre, si quelqu’un peut m’expliquer en quoi le film de Jon Watts conclut la Saga de l’Infini, qu’il se manifeste dans les commentaires.

Scènes post-génériques : entre excitation et déception

Concernant la première scène post-générique, je suis assez mitigé. J’aime le culot de Jon Watts et donc, très impatient de savoir où cela mènera. Dans le même temps, cette décision me dérange. Toutefois, il s’agit là d’un ressenti totalement personnel.
En effet, je n’ai pas tellement envie que le monde sache que Peter Parker est Spider-Man et qu’avec elle, la notion d’identité se perde. D’un point de vue purement scénaristique, en terme d’enjeux narratifs, on perd en intensité. Je m’explique. Sa tante, sa petite amie et son meilleur ami savent que Peter est Spider-Man, ils en assument désormais la responsabilité et les conséquences. Ils sont préparés, connaissent les risques. Personnellement, n’aurait-il pas été plus agréable que son identité soit restée totalement secrète pour que dans une éventuelle suite, une réunion de super-héros, ayant découvert son identité secrète (ce qui est déjà le cas avec Le Vautour), décide de s’attaquer aux personnes qu’ils aiment, le forçant à se dévoiler? Au niveau des enjeux, on se recentrerait alors sur l’intime, l’impact émotionnel en serait que plus fort.
Même sans cela, cette décision est idiote, puisque désormais, Spider-Man est au cœur d’un univers plus vaste, un coup de fil, et une armée de super-héros débarque. Il faudrait être fou pour des super-vilains bas de gamme de s’attaquer aux Avengers, non? C’est aussi pour cela que les premiers Spider-Man resteront les meilleurs. Car lorsqu’un ennemi de Peter découvre l’identité de Spider-Man, la vie des gens qu’il aime se retrouvent réellement en danger et, Parker ne peut compter que sur lui-même, sur son intelligence, sa force mentale et non sur une technologie ou des connaissances amicales.
Quant à J.K Simmons, son apparition surprise est tellement jouissive ! Quel bonheur de le revoir dans la peau de Jonah Jameson et quel coup de génie d’avoir réintégré l’acteur dans ce rôle pour le MCU.

– Je suis vert, petit, vilain, je suis, je suis?
– Une Crotte-Mysterio?

Pour la seconde scène post-générique, c’est une énorme déception. Je m’attendais à un lien avec les Avengers et, finalement, nous avons eu le droit à une énième caricature de Samuel L. Fury (que plus personne ne prend au sérieux depuis bien longtemps *), au sein d’un vaisseau Skrull.
La décision dans Captain Marvel de faire des Skrulls des êtes pacifiques était déjà très dérangeante, les tourner en ridicule dans Far From Home confirme que Marvel Studios n’a aucune ambition pour ces êtres venus d’ailleurs. Pourtant, il semblerait que le studio ait le désir d’adapter le comic-book Secret Invasion mais, entre nous, si cette adaptation à pour seule aspiration une envergure comique, à l’instar d’un Thor : Ragnarok, il y a fort à parier pour que ce soit un désastre.

* Pour finir, les apparitions clownesques de Nick Fury dans le MCU commence vraiment à m’irriter le poil. Depuis Age of Ultron, les scénaristes ne savent absolument plus comment mettre en scène ce personnage, qu’on préfère tourner en dérision, plutôt que lui donner un véritable rôle de soutien. Un conseil aux scénaristes du MCU, si votre prétention est principalement de combler des vides scénaristiques avec des protagonistes secondaires, autant choisir d’autres personnages que ceux ayant une identité forte dans les comics. Nick Fury n’est pas qu’un élément comique, une personnalité qu’on peut balancer comme ça dans n’importe quel film, pour ensuite le voir disparaître pendant des années en se demandant : où est-il passé et qu’a t-il fait entre temps?
Enfin, l’auto-caricature perpétuelle de Samuel L. Jackson dans ses différents rôles et sa manie de jouer sur un registre comico-tragique depuis des années maintenant, ne convient plus à un personnage censé symboliser le mystère, le trouble, l’ingéniosité.

Tom Holland, Andrew Garfield ou Tobey Maguire?

Quel est le meilleur Spider-Man? C’est une question récurrente à chaque nouveau Spider-Man au cinéma et pour laquelle tous le monde à un avis plus ou moins tranché.
Pour ma part, Tobey Maguire restera la meilleure incarnation de Spider-Man mais surtout, le meilleur Peter Parker des deux dernières décennies néanmoins, peut-être pas pour les raisons que vous pensez. Je vais parler de physique car, j’ai un énorme souci avec Andrew Garfield et Tom Holland. Selon moi, ils sont physiquement trop parfaits pour être crédible en tant que Peter Parker. En effet, comment peut-on croire une seule seconde que deux beaux gosses pareils soient les têtes de turcs de leur lycée, qu’ils aient de quelconque manque de confiance en soi?
À la base, je le rappelle pour les ignorants, Peter Parker est censé refléter le lycéen invisible, au physique peu attrayant (voir les comics de Stan Lee), qu’on aime moquer lorsque l’occasion se présente. Tobey Maguire, lui, comparé à ses successeurs, à la tête du looser parfait, auquel on peut facilement s’identifier. Car les jeunes enfants ne s’identifient pas à un héros, mais d’abord à leur alter-ego. Le héros est le rêve. L’alter-ego est réel. Et le Peter Parker de Tobey Maguire transpire le réel. L’acteur est conscient de son physique atypique et il en joue pour livrer une interprétation maladroitement sincère, à laquelle petits et grands, complexés, peuvent s’identifier. Il y a également l’histoire de Sam Raimi, ses choix scénaristiques, qui font que son Peter Parker est plus abordable : difficultés financières, petits boulots, amour impossible, bizutage au lycée, etc, etc, mais également dans la réalisation/mise en scène : il y a énormément de plans sur le visage de Tobey Maguire afin de dévoiler un faciès désavantageux (cf. le ralenti lors de la course de Peter sur le toit d’un immeuble, Spider-Man 2), des plans où il passe pour un idiot aux yeux des autres, où il bégaie devant Mary-Jane ou encore des scènes profondes entre lui et sa tante, qui permettent de rentrer plus intimement dans la vie de Peter. C’est ce qui manque aux derniers Spider-Man et, notamment ceux de Marvel Studios, où le personnage de Tante May, par exemple, est devenu un symbole de désir sexuel, navrant !
Même dans l’imperfection (la timidité, la maladresse), Andrew Garfield et Tom Holland sont trop parfaits.

Faire de Peter un sous-Iron Man est également une idée désastreuse. Le côté sur-gadgétisé de Spider-Man contribue également à mon désamour pour ce Peter Parker estampillé Marvel Studios, là où le côté simpliste des costumes de Sam Raimi me convenait parfaitement. D’autant que les costumes de ce nouveau Spider-Man sont horriblement moches et trop CGIsé. À l’écran, les incrustations vestimentaires nous détachent d’un héros trop moderne, trop sophistiqué, trop esthétisé.
Le concept des lances-toiles est aussi bête qu’un Hulk avec des lunettes. Pourquoi avoir des lances-toiles quand ton personnage est censé avoir les mêmes « pouvoirs » qu’une araignée. Me semble t-il, une araignée sécrète ses toiles sans lance. Le courage de Raimi d’aller à l’encontre des comics et du principe des lances-toiles, est une décision courageuse que je salue et respecterais éternellement.

La conclusion du Capitaine Cinemaxx

Divertissement de qualité, sans pour autant révolutionner le genre, Spider-Man : Far From Home peut décevoir si on y place des attentes trop élevées, notamment sur la théorie du multiverse, l’héritage de Tony Stark et l’avenir du MCU. Restera un teen-movie sympatoche, une Zendaya convaincante et une idylle émouvante entre Peter et M.J ainsi qu’un Mysterio admirablement incarné par Jake Gyllenhall.
Visuellement, je le disais, les séquences avec les élémentaux sont assez fades et pas toujours au niveau, tandis que les acrobaties de Spider-Man sont plus démonstratives que dans Homecoming, même si elles manquent d’hardiesse et de maîtrise. Néanmoins, notons les séquences illusoires entre Spider-Man et Mysterio, qui comptent parmi les plus belles scènes de Far From Home, avec des conceptions de mises en scène originales et salvatrices pour le film.

Ci-dessous, ma vidéo analyse sur The Amazing Spider-Man : Le Destin d’un Héros de Marc Webb :

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