FESTIVAL DE CANNES & DEAUVILLE 2019 / PORT AUTHORITY : UNE HISTOIRE D’AMOUR SOUS L’ÈRE TRUMP

LE CAPITAINE CINEMAXX A VU – PORT AUTHORITY * SANS SPOILERS *

Nommé dans la catégorie Un Certain Regard de la 72ème édition du Festival de Cannes, Port Authority est le premier film de Danielle Lessovitz, que l’on avait découvert à la Quinzaine en 2017 avec Mobile Homes de Vladimir de Fontenay.

Port Authority est clairement un pied de nez à Donald Trump, alors que les
États-Unis s’enfoncent un peu plus dans l’obscurantisme, à l’heure où l’Alabama vient en effet d’interdire l’avortement et que d’autres états du pays devraient suivre le mouvement dans les prochaines semaines. Le président, qui a aussi maintes et maintes fois avoué sans honte son opposition à ce que les femmes transsexuelles exercent des fonctions au sein de l’armée, n’aura de cesse de se confronter à des cinéastes engagés, tel que Daniel Lessovitz, qui prôneront le vivre ensemble, plutôt que la division, en mettant en lumière la beauté des différences plutôt que les pointer du doigt avec mépris.

SYNOPSIS : Devant Port Authority, la gare routière de New York, une jolie fille nommée Wye vogue avec ses amis. Paul, un jeune homme qui vient d’arriver dans la grande ville, l’observe, fasciné. Wye fait partie de la scène du « ballroom », communauté queer adepte du voguing. Alors que leur amour grandit, Paul découvre que Wye est trans. Il est alors forcé d’affronter sa propre identité et de choisir sa véritable famille.

Port Authority est un film séduisant, attachant, sincère, à la photographie sobre et tourmentée, laquelle est à l’image des personnages dont la vie est simple et complexe et où la réalisation, au plus près des protagonistes, souvent en plan serrés, permet aux spectateurs d’être émotionnellement investis dans leurs parcours, dans leurs doutes, dans leurs colères et dans leurs joies. Un cadrage intimiste, pudique, sans vulgarité, qui transcende la beauté des sentiments éprouvés par Wye (Leyna Bloom) et Paul (Fionn Whitehead), pour offrir une explosion d’émotions pures entre deux êtres que pourtant tout oppose.

Toutefois, le problème de Port Authority réside dans son concept même, un jeune en quête d’identité comme le décrit le scénario. Hors, la quête identitaire du personnage de Paul (Fionn Whitehead) est totalement absente du film. Paul ne doute presque jamais de son choix, ne remets jamais en cause ses sentiments pour Wye (Leyna Bloom), lorsqu’il apprend la transsexualité de cette dernière et tout le propos du film s’en retrouve alors atténué. Cependant, ce défaut peut se révéler être une qualité. En effet, si cette remise en question ne lui traverse pas l’esprit plus d’une minute, c’est peut-être parce que le personnage accepte finalement la situation et ne voit aucune raison de ne pas continuer une idylle pour un détail aussi anodin que l’appareil génital de son conjoint, seul compte l’Amour. Et c’est peut-être ça que la réalisatrice Danielle Lessovitz souhaitait mettre en avant : un homme hétérosexuel peut aimer une femme noire transsexuelle, sans tabou, dans la plus grande des normalités (et après tout, qu’est-ce que la normalité ?) sans préjugés quelconques. Une perspective angoissante pour certains, indifférente pour les gens ouverts d’esprit, mais pourquoi s’immiscer au sein d’un amour sincère ? Qui sommes-nous pour juger le comportement des uns et des autres ?

La conclusion du Capitaine Cinemaxx

Port Authority est un premier long-métrage réussit et malgré quelques problèmes de rythmes, Danielle Lessovitz peut être fière de son travail. Un film important, où la différence est mise à l’honneur, sans clichés, sans pathos, avec justesse et sincérité.

Loïc Marie avec ON’R RADIO

Crédit photo : Valéry Hache – Festival de Cannes 2019

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