BALLE PERDUE : L’INTERVIEW COUP DE POING DE GUILLAUME PIERRET

À l’occasion de la sortie de Balle Perdue sur Netflix, rencontre avec Guillaume Pierret.
Naissance du projet, secrets de tournage, fabrication des scènes d’action, le réalisateur nous dévoile les coulisses de son premier long-métrage.

Après plusieurs courts-métrages dont Le Dernier Psaume, Indemne, Surrender et Matriarche en 2011, vous réalisez votre premier long-métrage Balle Perdue. Depuis vos débuts, on sent un amour pour les films d’action, d’où est née cette envie d’en réaliser un ?

J’aime le cinéma d’aventure et d’action depuis que je suis tout petit. De voir à l’écran des choses impossibles et me demander comment elles ont été fabriquées m’a toujours passionné, intéressé. Je pense qu’il y a un énorme plaisir de fabrication lorsqu’on réalise un film d’action, il y a un challenge un peu technique, un côté très artisanal et, c’est cela qui me fait kiffer, de travailler comme un artisan. J’aime beaucoup l’idée qu’on déploie des efforts monstres pour des plans qui, parfois, vont durer une seconde. […] Mon amour pour les films d’action a commencé avec les Indiana Jones et les Star Wars, la manière dont a été réalisé La Guerre des Étoiles, avec toutes ses maquettes, je trouvais ça fou. J’ai beaucoup de références. Mad Max : Fury Road, par exemple, et pour moi le film d’action de la dernière décennie.

Et les films d’action plus chorégraphiques type John Wick, ça vous parle, vous inspire ?

Moins. Je trouve qu’il y a un côté redondant. En terme de films de combat, je préfère le cinéma hong-hongais des années 90, les films avec Jet Li et Jackie Chan. Récemment, j’ai bien aimé Tyler Rake. Les combats sont brutaux et, on a un peu passé cette mode du Kung-Fu. Ça évolue et c’est une bonne chose.

Dans Surrender et Matriarche, on peut déjà apercevoir ce que sera Balle Perdue. Dans Surrender on a cette scène de combat entre le héros et le policier armé d’un fusil à pompe, et dans Matriarche, une scène de course-poursuite impressionnante. À cette époque-là, vous aviez déjà commencé à imaginer Balle Perdue ?

Non, pas encore. Toutefois, mes courts-métrages s’empilent. Dans Le Dernier Psaume, il y a des scènes de combats, dans Indemne également mais j’y ai ajouté des explosions de fusils, dans Surrender j’ai rajouté une course-poursuite en voiture et dans Matriarche, j’ai essayé de glisser le tout. Balle Perdue est donc la suite logique de tout ça. J’ai expérimenté plein de choses dans mes courts-métrages qui se retrouvent automatiquement dans mon premier film. C’est comme une sorte de compil’ de tout ce que j’ai pu mettre en scène par le passé, de tout ce que j’ai aimé voir et faire. Donc oui, il y a de grandes, grandes similitudes, y compris cette idée de film avec un héros en cavale.

D’ailleurs, vous avez réussi l’exploit dans Matriarche de détruire plus de voitures en 2 minutes que dans un épisode de 40 min d’Alerte Cobra (rire).

Ouais (rire). Je considère que si tu as une voiture dans un film d’action, il faut la bousiller jusqu’à ce qu’elle ne roule plus. J’aime exploiter à fond l’objet.

Entre Matriarche sortie en 2011 et Balle Perdue sortie en 2019, huit ans se sont écoulés, où étiez-vous passé ?

Nous sommes montés à Paris, on a rencontré un peu tout le milieu du cinéma. Quand je dis « on », c’est que je suis toujours accompagné de mon producteur, Rémi Leautier (acteur dans ses premiers courts-métrages). Du coup, il faut se mettre à écrire. Il faut écrire un long-métrage en réalité et, nous avons passé trois ans à développer plusieurs longs-métrages *, qui ne se sont jamais concrétisés, mais je vivais en tant que scénariste. Puis, en 2015, j’ai eu l’idée de Balle Perdue et je me suis concentré dessus. Et, de l’idée originale de Balle Perdue jusqu’à sa sortie, il s’est écoulé cinq ans ! Cinq ans, c’est le délai moyen pour réaliser un long-métrage. Ce n’est pas si long que ça, finalement.

* Long-métrages :
Loyal, projet qui se fera sans Guillaume Pierret.
Beliers, projet qui devrait être réutilisé pour Balle Perdue 2.

J’aimerais désormais revenir sur certaines choses scènes de Balle Perdue et la réalisation de ces dernières, notamment celle du commissariat. Comment l’avez-vous pensée ?

a préparation se fait dès l’écriture. On en a beaucoup discuté avec Manu Lanzi, le chorégraphe, pour trouver le ton juste. Je voulais que cette scène ait un ton particulier, que ce ne soit pas juste un héros qui tabasse des flics. Je voulais qu’il sorte de là, et qu’il soit traqué comme un animal, qu’il cherche une sortie coûte que coûte. À partir de là, il a réuni ses cascadeurs afin de commencer à s’entraîner à Paris, à tester des chorégraphies, sans les décors du film. C’est beaucoup de discussions, de prévisualisation. On garde, on enlève, on retravaille. C’est tout un processus créatif. Peu de temps avant le tournage, nous avons eu le décor du commissariat et nous avons pu répéter concrètement la scène. Nous avons eu environ deux jours de tournage pour tourner cette séquence. Ce qui est relativement bien pour un film français. C’est rare d’avoir deux jours d’action non-stop.

Il y a eu plusieurs prises, sur certaines micro-séquences ?

Pour les grosses chutes, comme celle du flic qui se cogne le dos contre le comptoir et tombe par terre, si ça passe bien directement, on ne va pas la refaire pour la refaire. J’ai eu la chance d’avoir une team très, très rodée, qui se connaissait tous donc, c’est très crédible tout de suite. En plus, ce sont de vrais pros, ils ont bossé et répété à fond avant.

Les figurants-policiers sont tous des cascadeurs professionnels ?

Complètement, oui.

J’ai beaucoup aimé la manière dont vous utilisiez la caméra dans cette scène. Elle est vraiment vivante. Un détail en particulier m’a plu, c’est lorsque la caméra fixe un objet (ordi portable, bouclier, bombe lacrymo), montre Lino s’en saisir, puis l’utiliser comme une arme. C’était important d’avoir ces trois étapes dans la construction de certaines actions ?

Il y a vraiment deux gros chapitres dans cette scène, celle dans l’open-space et celle dans le hall. À l’intérieur de ces chapitres, il y a des séquences qui étaient prévues dès le scénario, dont la séquence avec le bouclier.. L’idée de l’ordinateur elle, est venue plus tard. C’est Manu Lanzi qui l’a eu et je l’ai trouvé mortelle. Utiliser le décor faisait partie du principe.

Entre l’écriture du scénario et le tournage, est-ce qu’il y a d’autres détails comme l’ordinateur qui ont été rajoutés ou enlevés ?

Quand tu écris une scène d’action dans un scénario, tu essaies de retranscrire une émotion, un feeling. Ce que tu écris avant va évoluer jusqu’à la mise en scène finale. Cependant, dans ma tête, je savais parfaitement le rendu que je voulais. Manu a aussi apporté son univers, ses compétences et son talent de chorégraphe. Les scènes vont alors s’enrichir et, on s’adapte. Lorsque nous avons eu accès au décor, ça nous a d’ailleurs ouvert de nouvelles possibilités.

Alban est doublé durant cette scène ou il n’a aucune doublure ?

Il a tout fait. Alban a un mental d’acier, et c’était important pour lui. D’autant qu’il a un passé d’artiste-martial. Parfois, on voulait qu’il soit doublé mais à part une chute, me semble-t-il, il n’a jamais été doublé.

Autre scène très impressionnante, la course-poursuite en voiture. D’où vient l’idée d’abord, d’accrocher d’énormes crochets à la Renault 21 ?

Je voulais que les véhicules du film soient des personnages à part entière. Ce sont des voitures modifiées et, j’aimais cette idée que le moteur soit le cœur de chaque voiture. Lorsque je chorégraphiais une course-poursuite, je me demandais comment arracher ce « cœur » . J’ai cherché longtemps la manière dont Lino pouvait arracher le moteur des autres voitures. Cette idée a évolué. Au départ, je souhaitais un instrument qui rentrais dans le coffre de la voiture afin d’arracher le moteur qui était à l’arrière. Techniquement, ça évolue. J’ai ensuite pensé à un harpon, qui passe sous la voiture et la coupe en deux. Mais on avait déjà cette idée de vouloir arracher le cœur des autres voitures.

Vous avez fait des essais avant ?

Non (rire). On a fait une tonne de réunions avec les cascadeurs et les responsables de plateaux. Le challenge les motivait à mort ! Mais avant le tournage, nous ne savions pas si la scène allait fonctionner. Nous avions tous prévu et, par chance, la séquence où Lino arrache et s’accroche à la voiture de police a pu être tournée en une seule prise. Heureusement, car nous n’avions le droit qu’à un seul essai. Grosse pression (rire).

Toute la séquence de la course-poursuite a été tournée en extérieur ou, y a t-il eu quelques morceaux tournés en studio ?

Les plans à l’intérieur de la voiture ont été effectivement tournés en « studio ». Je pense notamment à certains plans avec Nicolas Duvauchelle et Alban, où nous les voyons dans la voiture en train de passer des vitesses. C’était surtout pour éviter de faire des « insert » de levier de vitesse pendant le tournage des cascades. On a préféré séparer les plans. Néanmoins, dès que les acteurs étaient sur le plateau, je les sollicitais au maximum pour tourner ces séquences.

Cette séquence de course-poursuite, c’est combien de jours de tournage ?

Une dizaine de jours.

Outre la scène où la Renault 21 s’accroche à la voiture de police, avez-vous eu d’autres difficultés ou d’autres appréhensions sur cette séquence ?

Toutes les scènes où les voitures doivent se crasher. C’était des moments techniquement complexes. On ne sait jamais vraiment ce que ça va donner, si on court à la catastrophe ou pas. Les cascadeurs étaient très confiants, ils connaissent leur métier donc, pas de souci. Mais c’est vrai que lorsqu’il y a de grosses cascades comme celles-ci, tout peut merder.

Justement, quand la Renault 21 et la voiture de police foncent dans le barrage, elles sont réellement propulsées à pleine vitesse ? Et comment arrive-t-on à percuter plusieurs voitures ensemble ?

Il y a un cascadeur qui conduit la Renault 21 et personne dans la voiture de police. Il fonce à 100 km/h dans le barrage et les véhicules, remplis de débris, sont prédécoupés – pour être sûr que la Renault puisse traverser, et pour donner un côté impressionnant avec plein de débris qui giclent.

Et lorsque la voiture du Duvauchelle fait un salto en l’air, comment la faites vous vriller ?

C’est fascinant. Tu as un cascadeur au volant, avec un casque et, sur le siège passager, il y a un canon. Ce canon va propulser de l’air en direction du sol, suffisamment pour propulser la voiture en l’air. C’est un effet qui est vieux comme le monde. Ça marche bien et c’est toujours hyper impressionnant.

Ensuite, j’imagine que Nicolas vient se placer à l’intérieur de la voiture pour reprendre la séquence ?

Tout à fait. On ne savait pas comment la voiture aller retomber. On doit s’adapter. Elle est retombée sur le côté et j’ai demandé à Nicolas de se positionner à l’intérieur de la voiture pour faire semblant de sortir. Lui est carrément rentré dans la voiture pour se rasseoir sur le siège conducteur (rire). Il s’est donné à fond ! On a rejoué cette scène cinq, six fois. C’était kiffant !

C’est ce genre de petits détails qui rend un film particulièrement authentique.

Ah mais carrément. La scène où la voiture roule en feu, j’imagine que c’était une séquence très difficile à tourner.

La scène où la voiture roule en feu, j’imagine que c’était une séquence très difficile à tourner. Comment vous êtes vous préparé en amont pour la tourner, avez-vous fait des tests ? Et, par la suite, comment l’avez-vous tournée ?

La scène où la voiture roule en feu, j’imagine que c’était une séquence très difficile à tourner. Le gros danger de cette scène, c’est qu’Alban conduisait la Renault 21 en feu. Le responsable des effets spéciaux est super doué dans les effets pyrotechniques donc, nous n’avons pas eu besoin de nous préparer avant. Il savait ce qu’il faisait. Puis, nous n’enflammons pas vraiment la voiture. Il y a une arrivée de gaz dans le coffre, ça enflamme, et ils peuvent ensuite doser la puissance des flammes. Alban passe au volant et on le fait rouler sur 100 mètres et, à l’arrivée, les pompiers le sortent de là. La première prise s’est déroulée à merveille. La seconde, un peu moins. Entre les deux prises, le pare-brise arrière avait un peu chauffer. Lors de la seconde prise, le feu est rentré dans la voiture et commencé à grignoter le toit et les cheveux d’Alban. Là, c’était vraiment stressant. Alban a eu le bon réflexe, il est allé jusqu’au bout de sa course, jusqu’aux pompiers, et ne s’est pas arrêté en plein milieu du chemin.

Comment vous êtes vous préparé en amont pour la tourner, avez-vous fait des tests ? Et, par la suite, comment l’avez-vous tournée ?

Le gros danger de cette scène, c’est qu’Alban conduisait la Renault 21 en feu. Le responsable des effets spéciaux est super doué dans les effets pyrotechniques donc, nous n’avons pas eu besoin de nous préparer avant. Il savait ce qu’il faisait. Puis, nous n’enflammons pas vraiment la voiture. Il y a une arrivée de gaz dans le coffre, ça enflamme, et ils peuvent ensuite doser la puissance des flammes. Alban passe au volant et on le fait rouler sur 100 mètres et, à l’arrivée, les pompiers le sortent de là. La première prise s’est déroulée à merveille. La seconde, un peu moins. Entre les deux prises, le pare-brise arrière avait un peu chauffer. Lors de la seconde prise, le feu est rentré dans la voiture et commencé à grignoter le toit et les cheveux d’Alban. Là, c’était vraiment stressant. Alban a eu le bon réflexe, il est allé jusqu’au bout de sa course, jusqu’aux pompiers, et ne s’est pas arrêté en plein milieu du chemin.

Combien de Renault 21 ont été nécessaires pour cette scène et le film ?

Au total, nous avions cinq Renault 21. Pas toutes identiques mais assez proches. Pour cette séquence, nous n’avions qu’une seule Renault 21. Pour tourner la scène où Alban arrive au hangar – qui était tournée à quelques jours d’intervalle – nous avons simplement renforcé le pare-brise arrière et placer un extincteur à l’intérieur. C’était plus safe. Après, j’avoue que c’était un casse-tête chinois pour savoir laquelle nous allions utiliser pour telle ou telle scène. J’ai un peu perdu le fil, à un moment, pour savoir quelle Renault 21 nous devions utiliser (rire). Å la fin, nous avions une Renault 21 cramée, une autre qui était désossée, etc (rire).

Pourquoi une Renault 21, pour être l’héroïne de ton long-métrage ?

Je cherchais une voiture typiquement française, je ne voulais pas d’une voiture récente. La Renault 21 est belle, très emblématique et, par chance, elle a une histoire avec la Gendarmerie. Il y avait donc quelque chose qui prenait sens. Le mécano qui m’avait soufflé l’idée de la Renault 21 m’a confié que cette voiture a des fans. Et, effectivement, depuis la sortie du film, j’ai tous les passionnés de bagnoles qui me contactent (rire). Elle a un vrai fan club. Comme la DeLorean de Retour Vers le Futur ou la voiture de la série K-2000.

Merci à Guillaume Pierret pour cet entretien passionnant.
Vous pouvez retrouver ma critique de Balle Perdue, ici.

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