GREENLAND – LE DERNIER REFUGE : FILM FAMILIAL OU FILM CATASTROPHE ?

* SPOILERS *

En pleine crise du coronavirus, et alors que les complotistes, les platistes et les plagistes se demandent si la fin du monde est proche, la société de distribution Metropolitan Film Export enfonce le clou, et notre moral avec, en proposant le film catastrophe de Ric Roman Waugh : Greenland – Le dernier refuge.

Le film catastrophe a toujours fasciné. Météorites, incidents nucléaires, tremblements de terre, ouragans, tsunamis, depuis les débuts du cinéma jusqu’à aujourd’hui, la peur de voir des villes, des continents ou la planète sombrer s’est traduite sur grand écran, par un Hollywood adepte de frissons.
Ou de situations périlleuses.
Les catastrophes maritimes/aériennes, dans lesquelles un groupe de personnes doit survivre après un incident imprévu ne sont pas en reste.
L’essor des films catastrophes débute dans les années 70, où de nombreuses productions furent nommées aux Oscars telles que Airport (1970), L’Aventure du Poséidon (1972), La Tour Infernale (1974) ou encore Tremblement de Terre (1974). Le genre trouve ensuite un nouveau souffle dans les années 90, avec l’avènement des effets spéciaux. Parmi les longs-métrages cultes de ses années florissantes : Le Pic de Dante, Volcano, Armageddon, Deep Impact ou encore Titanic.
Depuis peu, le genre tente de se renouveler au moyen d’intrigues inédites : San Andreas (2015 – séisme fictif de la faille de San Andreas), Deepwater (2018 – explosion d’une plateforme pétrolière), Crawl (2019 – du français Alexandre Aja) et le très mauvais Geostorm (2018 – réseau de satellites contrôlant le climat).

Greenland – Le dernier refuge parvient-il à offrir une nouvelle vision du genre catastrophe au cinéma, ou est-il un pur produit de divertissement sans intérêt majeur ? Réponse !

Film familial ou film catastrophe ?

Les films catastrophes répondent aux mêmes codes, suivent un même schéma scénaristique très précis :
. Exposition de la situation : mise en scène des personnages, des liens familiaux et de leurs problèmes.
. Mise en place des éléments qui conduiront à la future catastrophe ou exposition de la catastrophe à venir.
. Premiers impacts causés par la catastrophe et réaction des personnages.
. Conséquences. Scénario qui varie alors selon les récits : survivre, trouver un refuge, trouver un moyen d’empêcher l’extinction de l’humanité, etc…
. Dénouement : résolution des conflits et mise en scène de la nouvelle situation mondiale.

Greenland est assez déroutant, aussi bien dans l’ambiance générale, que dans le ton employé. En effet, le film de Ric Roman Waugh ne compte que très peu de plans de destructions et de séquences où les personnages font face à la catastrophe elle-même. Certes, le budget de 47 millions de dollars impose au réalisateur des choix artistiques qui le restreignent à un côté plus familial, mais c’est justement tout le charme de ce Greenland.
On y suit John Garrity (Gerard Bulter), sa femme Allison Garrity (Morena Baccarin) et son fils Nathan Garrity (Roger Dale Floyd) alors qu’ils ont été sélectionnés par le Gouvernement pour rejoindre un refuge top secret, dans lequel ils seront à l’abri de l’impact occassionné par la comète Clark. Mais entre leur maison et le bunker, une succession d’obstacles va les empêcher d’atteindre leur objectif.
Dans cette course contre la montre, effrénée et infernale, le réalisateur filme à visage humain. Il recentre ses plans pour se concentrer exclusivement sur les émotions des personnages, leurs péripéties familiales, plutôt que sur des scènes d’actions improbables aux effets spéciaux grandiloquents. Une manière de filmer qui permet également aux spectateurs d’être émotionnellement plus investis par les drames que subissent les protagonistes et de mieux capter les sentiments de détresse, de peur ou de joie qu’ils ressentiront.
Les personnages de Ric Roman Waugh sont au cœur du récit. C’est une des autres qualités de Greenland. Ils ont une histoire, un passé, un vécu, des dilemmes et un conflit interne à régler. Banal, certes, mais un conflit auquel tout le monde peut facilement s’identifier ou comprendre.

Greenland met également en évidence la violence des événements, au travers une critique virulente des choix politiques en pleine crise. Le refus de prendre des personnes malades ou handicapées pour rebâtir le monde et, cette séquence où les militaires tirent sur la population à l’aéroport sont d’une sauvagerie inouïe. Ainsi, Greenland confronte à l’animosité d’une humanité en perdition, où chacun essaie de faire son devoir, de survivre à une fin imminente, à une extinction inévitable. Le film est alors rythmé par des set up/pay off à échelle humaine, redoutables, et qui bonifient des situations anodines : perte de la pochette à insuline, explosion de l’avion, séparation, enlèvement, tentatives de meurtres, vols, etc. Les héros subissent l’effroyable, tantôt causés par leurs erreurs, leurs oublis, leurs négligences, tantôt par des personnes désespérées.
La comète passe alors au second plan. Si sa figure est omniprésente (vue du ciel en contre-plongée, suivi de son avancée par radio, etc…), ce sont ses petites choses qui rythment réellement le cœur du film et lui donne une tonalité différente des autres productions « catastrophes ».

Greenland, c’est un film sur les émotions. Un long-métrage poignant, sans concession, avec des séquences bouleversantes venant alimenter la sensibilité du récit. La scène avec Scott Gleen, par exemple, est particulièrement marquante, émouvante, et offre à Greenland une véritable dramaturgie, bien au-delà du classique « fin du monde ».

Greenland – Le dernier refuge mélange film familial et film catastrophe avec habileté et une grande intelligence. La production de Ric Roman Waugh répond aux codes du genre, sans le révolutionner, mais captive par ses personnages authentiques, fidèles, attachants, dont il prend soin et qu’il laisse exister. L’aspect catastrophe ne prend jamais le pas sur l’intrigue et les enjeux familiaux, force incontestable de ce scénario à l’équilibre parfait.

Conclusion

Porté par la sincérité d’un Gérard Butler nerveux et touchant, Greenland – Le dernier refuge séduit par son intense dramaturgie familiale et sa course frénétique pour la survie.
Un blockbuster estival féroce et palpitant, emmené par la musique émouvante de David Buckley, qui touche. Larmes garanties !

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