POURQUOI C’EST CULTE ?, EP.6 : FAMILY MAN DE BRETT RATNER

Certains films mériteraient une classification bien à eux. Je parle de ces longs-métrages de « seconde chance » où le héros, souvent malhonnête, arrogant et ambitieux, se retrouve, suite à un événement surnaturel, confronté à un nouvel environnement ou à côtoyer des êtres venus de l’au-delà ayant pour rôle de leur montrer qu’une autre voie est possible. Parfois, ils ne sont rien de tout cela, néanmoins, ils peuvent aussi être confrontés à une autre réalité, leur ouvrant les yeux sur un futur qui n’est pas forcément meilleur, comme c’est le cas dans Monsieur Destinée de James Orr (1990).
Parmi les plus célèbres de ces « redemption movies » (appelons-les ainsi), notons Fantômes en Fêtes de Richard (1988), Un jour sans fin de Harold Ramis, Le Drôle de Noël de Scrooge de Robert Zemmeckis (2009) et celui qui nous intéresse aujourd’hui : Family Man de Brett Ratner, sorti en décembre 2000.
Si tous abordent ce thème de la rédemption, ils ont également un autre point commun : Noël. Comme si cette période était la plus propice au changement… Mais nous y reviendrons plus tard.

Family Man : un rendez-vous manqué avec l’amour

Family Man, c’est l’histoire de Jack qui, après avoir abandonné sa compagne Kate pour partir à Londres dans le but de devenir courtier, est désormais le grand directeur du cabinet de conseil en affaires le plus réputé de Wall Street. Seulement, il n’a jamais revu Kate. 13 ans plus tard, un soir de Noël, tandis que Jack fait ses courses, il assiste à un vol à main armée dans une épicerie et intervient alors courageusement. Après avoir conclu un marché avec l’agresseur, celui-ci le quitte en lui disant des paroles mystérieuses. En récompense, le destin va lui montrer quel autre homme il aurait pu être : il se réveille le lendemain, père de deux enfants et marié à Kate…

Tous les ingrédients sont donc réunis : une histoire d’amour ratée, un personnage carriériste et mégalo, un réveillon de Noël en solitaire et, un « Ange Gardien » survenu de nulle part, qui propulse le héros dans une réalité alternative. Ainsi débute Family Man, par une introduction en chaîne. On nous présente sous forme d’interlude, les enjeux du film : ici, ce rendez-vous manqué avec l’amour. Puis, on enchaîne des plans sur le personnage principal. Brett Ratner procède par étape, ce qui lui offre la possibilité d’une vraie progression scénaristique. Il met donc en scène l’égoïsme, l’opulence, et la fourberie dans laquelle se conforte Jack depuis tant d’années, au travers d’images successives : sa relation avec les femmes, son appartement (dressing immense), sa voiture de luxe, et son travail, où il règne presque en tyran. Mais il dévoile aussi une autre facette de Jack, sa gentillesse (cf. le gardien d’immeuble), son courage (cf. le supermarché), l’empathie (cf. proposer de l’aide à Cash) et l’extrême solitude enfouie au fond de lui. Des contradictions qui permettent une attache émotionnelle. En effet, le spectateur est, dès lors, attaché à cet homme dont le malheur est d’être profondément seul, sans amour, sans famille avec laquelle passer les fêtes de Noël.
Vint alors l’instant magique, où tout bascule. Un réveil brutal dans un autre monde. Le cinéaste plonge son héros dans une inconnue, l’expose à ce que serait sa vie s’il était resté aux États-Unis avec Kate. Une quête vers la rédemption, mais pas seulement. Il s’agit aussi pour Jack de comprendre où se trouve la véritable richesse de l’Homme et, elle ne réside ni dans son dressing, ni dans sa voiture de luxe, ni dans un travail qui rapporte des millions. Là aussi, Brett Ratner reprend plan par plan ce changement : vêtements bas de gamme, voiture familiale d’occasion, travail peu enrichissant (selon lui). Il le confrontera ensuite à ce qu’il a perdu : vêtements de luxe, dîner dans des grands restaurants, anciens collègues, appartement en plein cœur de New-York. Un chemin parsemé de tentations. Ce n’est que lorsqu’il retrouvera tout ceci, dans cette nouvelle réalité, puis la sienne (réelle), qu’il concevra que tout ceci n’est que couche superficielle à la vie qu’il menait. Qu’il prendra finalement conscience que seul l’amour compte ! Que seule la famille est la clé d’une véritable réussite !

. Comment Brett Ratner filme cette autre dimension ?

La caméra est intime.
Elle caresse les personnages avec des plans rapprochés sur leur visage. Cela permet à Brett Ratner de mieux saisir les émotions qui habitent ou hantent ses protagonistes : leurs peurs, leurs doutes, leurs regrets, leurs sentiments sur l’instant T – et, par conséquent, d’autoriser le spectateur à rentrer dans les enjeux sentimentaux de Jack, d’en comprendre pleinement les origines et le défi auquel il devra faire face -.
La caméra capte également, en douceur, sans être un fardeau pour les acteurs, sans être intrusive, la pureté des déclarations d’amour, la sensualité des scènes d’amour, la sincérité des engueulades entre Jack et Kate ou le comique des situations (cf. les séquences entre Jack et ses enfants). En somme, elle s’infiltre dans le quotidien de cette famille pour en extraire l’authentique essence.

A contrario, elle peut s’éloigner.
Prendre du recul afin de laisser les protagonistes exister sans nous, spectateurs (cf. le dernier plan de la scène finale dans l’aéroport). L’espace se réduit alors entre nous et les héros du film. Ils sont projetés au-delà de l’intime, dans une sorte de confidentialité amoureuse, à laquelle on s’exclut, on s’efface volontiers, pour libérer un environnement personnel qui sera le leur à tout jamais…

Noël et les valeurs traditionnelles

Si tous ces films se déroulent à Noël, ce n’est pas anodin.
Noël, c’est quoi ? Au-delà de l’aspect religieux de cette fête, Noël est avant tout une fête familiale où l’on se réunit autour d’un dîner et de l’ouverture des cadeaux. C’est un moment de partage, de fraternité, d’amour. La famille est une des valeurs traditionnelles les plus importantes aux États-Unis. Avoir une famille, c’est réussir. Le couple Jack/Kate représente tout ce dont rêve l’américain type : un foyer, des enfants, des amis… D’ailleurs, Kate le souligne lorsque Jack lui propose de venir vivre dans cet appartement luxueux New-Yorkais pour impressionner ses voisins : « Ils nous envie déjà tous… ». Et pour cause, même s’ils ne roulent pas sur l’or, Jack et Kate ont tout : une belle et grande maison, des enfants formidables et des amis qui les apprécient.
Au départ, Jack considère ces détails comme la construction d’une vie de « beauf » : faire attention au moindre centime, les sorties avec les enfants pour acheter des chaussures notamment, les soirées entre amis, le bowling, les potes gênants… Toutefois, la somme de ces éléments constitue la VRAIE vie. Et il l’apprend. Il apprend à l’aimer. Finit par l’apprécier et la vouloir plus que tout au monde (cf. la seconde scène entre Jack et Cash dans la supérette).

Lorsqu’un cinéaste choisit un personnage tel que Jack, et le catapulte à cette période de l’année, c’est pour mettre en lumière l’extrême solitude dont il souffre. Jack souffre de ce manque d’affection, d’amour, surtout dans ces moments là, ces moments de fêtes annuelles. Secrètement, il rêve de fêter Noël en compagnie de femme et enfants. Son ange gardien ne lui montre finalement que ce qu’il savait déjà : que la famille est la véritable clé du bonheur !

Un Noël romantique

Au-delà de sa morale, Family Man est un chef-d’œuvre de Noël. Tendre, émouvant, romantique, c’est une authentique histoire d’amour qu’il nous est contée là. Séduisant dans sa mise en scène, fascinant dans son propos, grandiose dans son orchestration musicale et scénaristique, Family Man est un petit bonbon à savourer sans modération pour les fêtes de fin d’année. Et un espoir, peut-être, pour certains.
Oh ! Et il s’agit peut-être du meilleur film de Nicolas Cage. Sa performance dramatique dans Family Man est indéniablement la plus belle de toute sa carrière (avec Lord of War !). Pourquoi c’est culte ?, vous avez désormais la réponse !

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