RENCONTRE AVEC LA VOIX FRANÇAISE DE VIOLET EVERGARDEN, HELENA COPPEJANS

Le 16 décembre prochain, Eurozoom distribuera un nouveau long-métrage d’animation japonais très attendu : Violet Evergarden, le film réalisé par Taichi Ishidate.
Mon amour pour la série animée est si puissant, qu’il m’était impossible de ne pas aider à la promotion de la sortie du film. Humblement, voici ma petite contribution : une rencontre avec la voix française de Violet Evergarden, Helena Coppejans.

Comment êtes-vous arrivée sur le projet Violet Evergarden (séries & film) ?

Très simplement. La directrice de la série Violet Evergarden, Laurence César, a pensé à moi. Je n’ai même pas passé d’essais. Ils ont envoyé des bandes de voix et la production a validé ma voix. J’ai eu beaucoup de chance, c’est un beau cadeau. Cela a été vraiment rapide d’autant que c’est assez aléatoire. Parfois, il y a des projets moins gros pour lequel on va passer un énorme casting, parfois, ils font confiance directement à une personne comme ici.

Aviez-vous lu les « ligh novel » avant de prêter votre voix à l’héroïne ou avez-vous découvert le personnage au moment du doublage ?

Je ne les avais jamais lus. Avant d’enregistrer, j’ai eu le nom du projet. Donc, j’ai pu faire des recherches. Je m’intéresse toujours sur quoi je vais travailler. Mais j’ai découvert Violet réellement lors du premier enregistrement.

Qu’est-ce qui vous a séduit chez le personnage de Violet Evergarden ?

En premier, sa détermination. Elle a une détermination sans faille pour aller au bout de sa quête, elle ne lâche rien pour découvrir ce que signifie « Je vous aime », et va braver tous les obstacles avec une grande ténacité. Et puis, j’aime aussi sa pudeur, sa naïveté, c’est un personnage en reconstruction : une adolescente dont on s’est servi comme arme de guerre, qui ne ressentait rien et qui tente de comprendre ses sentiments, tout ça a un aspect romantique que j’aime énormément.
Cette force et ce romantisme qu’elle dégage, ce contraste, était vraiment intéressant à jouer.

Est-ce qu’il y a des points communs entre vous et Violet Evergarden ?

(rires) Oui, je me reconnais beaucoup dans ce personnage. Je suis quelqu’un de très romantique, avec un côté naïf, je crois à ce que l’on me dit, je crois en la bonté des gens, et je pense que Violet a ça aussi. Et, je suis assez déterminée quand je veux quelque chose (rires).
Mais ça a été assez facile pour moi d’incarner Violet dans un certain sens. Je la comprenais. Beaucoup de choses dans son histoire me faisaient écho. Donc, je me laissais aller et c’était un vrai plaisir de l’interpréter. C’était une force de me reconnaître en elle, afin que cette même force soit visible à l’écran.

Comment avez-vous travaillé votre voix, votre timbre, pour donner à Violet cette voix à la fois jeune, douce, et profondément mélancolique ? J’entends votre voix là et j’ai l’impression de parler à Violet…

(rires) J’ai dit que c’était facile mais ce n’est pas vrai. Violet est un personnage complexe. Il y a des séquences où elle n’éprouve aucune émotion et où il fallait quand même qu’il en ressorte des émotions. Car, malgré elle, Violet ressent des choses. Ces séquences-là n’étaient pas si évidentes à doubler. Je devais aller la trouver. Et pour trouver cette voix, on a pensé à toutes les caractéristiques lors de la première séance d’enregistrement. On a pris le temps de chercher la voix, ce qui était agréable par ailleurs, puisque nous n’avons pas toujours ce luxe. On a pris le temps pour penser à ce qui la caractérisait : sa jeunesse, le fait qu’elle n’éprouvait pas d’émotions – mais qu’il y avait malgré tout quelque chose en elle -, sa fragilité, son romantisme et, de là, nous avons fait des essais. On est resté dans le timbre de ma voix, mais avec davantage de légèreté. Il fallait garder à l’esprit qu’elle est très jeune, même si ça ne se voit pas parce qu’elle est tellement forte et a vécu des événements si dramatiques, si traumatisants. Mais voilà ce qu’on gardait en tête. Pour le reste, c’est un animé si beau, le graphisme, la musique, la manière de filmer Violet et son environnement, je me suis laissé emporter par le personnage. C’est aussi ça qui fait venir la voix de façon naturelle. Souvent, on me demande de faire des voix de personnages que j’ai doublé et je réponds que je ne peux pas le faire si je ne vois pas le personnage en question, son visage. Pour doubler, il faut vraiment être dans les yeux du personnage.

Vous parlez d’être dans les yeux du personnage pour pleinement l’incarner. Violet a un regard vraiment profond, mélange de tristesse, d’émerveillement et de douceur, et je comprends que vous ayez besoin de capter le regard pour éprouver, vous mettre dans sa peau…

Avant de débuter notre interview, j’ai regardé un épisode. Il est vrai que ses yeux brillent comme un bijou. D’ailleurs, comme le médaillon qu’elle porte à son cou. Et comme vous dites, tout transparaît. Je me laissais emporter par ses yeux. Ce que j’avais juste à garder en tête, c’était justement de trouver un équilibre entre, être guidée par ses yeux et ne pas me noyer totalement dedans, pour que l’émotion reste intérieure. C’était ça mon moteur, être menée par ses yeux, comprendre son émotion, et d’être toute en retenue. Je crois que c’est cela qui fait la beauté de Violet Evergarden, tout est en retenue. Et là où ça pourrait être cul-cul la praline dans le romantisme, c’est hyper délicat, hyper beau, parce qu’ils gardent cette réserve.

Violet Evergarden est une série émouvante, tragique, pleine de poésie et de tendresse, avez-vous un épisode, une scène, qui vous a particulièrement marquée dans la série ou dans le film Violet Evergarden, Éternité et la poupée de souvenirs automatiques ?

C’est une scène dans l’épisode 7, lorsqu’elle apprend que Gilbert est a priori mort et qu’il a été porté disparu. Je me souviens avoir pleuré en le doublant. C’est un épisode qui fait écho à Violet. Elle est chez un écrivain alcoolique qui a perdu sa femme et sa fille et elle l’aide à faire le deuil, alors qu’elle même est en deuil. À la toute fin de cet épisode, elle apprend que Gilbert est peut-être mort. J’ai pleuré. C’est magnifiquement amené. C’est la scène que j’ai préféré doubler, parce que c’est la plus intense. Puis, il y avait beaucoup de délicatesse dans cette séquence. On ne tombe pas dans quelque chose de lourd, mais de poétique.

Dans la première saison de Violet Evergarden, l’héroïne est à la recherche de la signification de la phrase « Je vous aime » . Si vous deviez lui donner la définition de cette phrase, que lui diriez-vous ?

C’est compliqué (rires). Je lui dirais qu’il est difficile de l’expliquer avec des mots, que c’est dans la sensation que l’on peut réellement comprendre ce que « Je vous aime » signifie. En écoutant les signes physiques qui peuvent se manifester, en écoutant son cœur (s’il bat plus vite), si on rougit. S’il se passe tout ça, on peut en déduire qu’un sentiment d’amour naît. Et de vivre sans contrôler, tout en étant honnête.
Je pense que Violet comprend, qu’elle le sait avec tout ce qu’elle a traversé, tout ce qu’elle vit de plus en plus et ce qu’elle éprouve au fil des épisodes. Elle a davantage d’émotions que lorsqu’on la rencontre pour la première fois. Il y a une vraie belle évolution, la doubler était vraiment intéressant car toutes ses émotions arrivaient au fur et à mesure. Mais espérons qu’elle trouve cet « amour » dont elle cherche la signification même si, pour moi, c’est déjà en elle.

Passer de la série au film, est-ce que cela change quelque chose dans votre manière de travailler ? (enregistrement, voix…).

Il n’y a pas de différence énorme. La seule différence c’est que lorsque je doublais le film, j’avais une vision plus globale de l’œuvre, les tenants et les aboutissants.
Quand on double la série, on a davantage le temps de faire évoluer le personnage. On double épisode par épisode, on a le temps d’apprécier, de voir l’évolution de Violet sous nos yeux. Il y a sur la série plus de découvertes et donc plus de possibilités dans l’interprétation. Tandis que sur le film, nous avions tout d’un seul trait.

Et puis, comme vous le disiez, vous aussi vous évoluez en même temps que l’héroïne…

Oui. Ce qui est agréable dans ce travail, de doubler épisode par épisode, c’est qu’on le fait dans l’ordre. Parfois, sur le film, on double des scènes qui sont mélangées et ne se suivent pas forcément. Sur la série, je pouvais évoluer, me laisser surprendre, comme elle.

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