LE DERNIER VOYAGE : PREMIER ATTERISSAGE SENSATIONNEL POUR ROMAIN QUIROT

* Attention mini-mini spoilers *


Il aura fallu plusieurs années au jeune réalisateur Romain Quirot pour peaufiner son film. Le résultat est là : une œuvre de science-fiction ambitieuse, ultra-référencée, mélange entre un décor post-apocalyptique Mad Maxien et des éléments voguant entre Blade Runner et Le Cinquième Élément, dans laquelle transpire toute l’affection de son auteur pour le 7ème art et sa préoccupation pour l’écologie.
Une réouverture des salles sous les meilleurs hospices avec Le Dernier Voyage, qui nous embarque dans un univers SF d’une grâce folle et des acteurs enjoués, enchantés de se retrouver au cœur de cette péripétie stupéfiante.

Le Monde Perdu

Comme tout film de science-fiction, une morale est à tirer sur notre manière d’appréhender notre monde, sa faune, sa flore et tout ce qui compose la vie. Dans Le Dernier Voyage, Romain Quirot évoque les ressources épuisées de notre planète, la « colonisation » d’une lune pour sa richesse et la disparition de toutes les espèces animales ainsi que des saisons (la pluie y est absente depuis des décennies). C’est d’ailleurs dans une scène au sein d’un cinéma en ruine, le fameux monde d’avant, que nos deux héros vont découvrir les splendeurs d’une vie animale révolue. Une séquence qui prête aujourd’hui à sourire, par ailleurs, alors que nos cinémas étaient fermés depuis près de six mois et, l’angoisse de voir des salles dans cet état était une émotion que nous partagions tous secrètement, intimement.
Mais ce lieu n’a pas été choisi au hasard. Ce « cinéma » est aussi présent sur l’affiche du film. Nous évoquions plus haut les références et les inspirations du réalisateur Romain Quirot sur Le Dernier Voyage. Son amour tout entier pour le 7ème art il l’évoque là, au sein de ce lieu mythique qui nous fait tant vibrer. S’il s’en sert pour transmettre son message écologique, c’est également un vecteur, un moyen d’exprimer que toute son œuvre est le fruit d’un amour passionnel pour toutes les productions qui ont pu être projetées devant ses yeux. C’est peut-être pour cela qu’on ressent autant de générosité dans ce film, car c’est la combinaison entre une envie sincère de réaliser une œuvre de science-fiction française marquante et l’hommage générationnel à tous ses créateurs qui l’ont fait rêver enfant. Son hommage on le perçoit dans chaque détails, chaque recoins de son long-métrage : la caractérisation et le look des personnages (les gardes-policiers), les accessoires (les gadgets high-tech, les panneaux publicitaires…), les voitures anciennes volantes ou encore les décors intérieurs ou extérieurs. Fin de la parenthèse. Revenons à notre sujet.

L’histoire se répète.
Après avoir saccagé, pillé toutes les ressources de sa propre planète, avoir subit les foudres de Mère Nature, l’homme n’apprend toujours pas de ses erreurs. Au lieu de réfléchir à sa condition, penser/créer un nouveau monde, sa quête de survie le pousse à commettre les mêmes actions qui ont causé sa perte. Cette Lune Rouge est finalement devenue l’allégorie de La Terre. Elle finit par se rebeller et devient une menace pour l’Humanité.
Un seul homme est capable de stopper la progression de la Lune Rouge, mais en a-t-il le désir ? Tout le propos réside là. Pourquoi ce refus ? Là, Romain Quirot surprend avec une fin inattendue, alors que Paul W.R poursuit un objectif très différent pendant toute la durée du film : retrouver une forêt. Sorte de paradis perdu qui, dans un monde devenu désertique, relève pour le coup de la pure science-fiction.

Une histoire de famille

Si Le Dernier Voyage est un film d’aventure SF, c’est avant tout une aventure familiale, un drame qui a touché toute la famille W.R depuis l’apparition de la Lune Rouge et la mort de leur mère. Tous ces événements vont ainsi déterminer la vie de chacun d’entre eux et les pousseront à agir de telle ou telle façon.
Pour appuyer son récit et ses enjeux dramaturgiques, Romain Quirot va utiliser les flashbacks. Une manière d’envelopper aussi son scénario d’un voile sombre, mystérieux, et d’alimenter sa chronique SF au travers de choix moraux, de dilemmes, que devront alors prendre les protagonistes dans le « futur ». D’ailleurs, la colorimétrie en noir et blanc – utilisée pour les flashbacks – renforce l’ampleur tragique des images qui défilent sous nos yeux, de cette histoire familiale bouleversante.

Si on veut être tatillon, on pourra reprocher à ces flashbacks d’être un point longuets, de s’étirer en longueur inutilement et de casser parfois le rythme du film. Mais très honnêtement, ce n’est qu’un détail. On ne boude jamais son plaisir devant Le Dernier Voyage, d’un lyrisme post-apocalyptique crasseux et enivrant.

Conclusion

Le Dernier Voyage est une aventure humaniste et familiale intense.
Romain Quirot délivre une œuvre SF ultra-référencée d’une grande qualité visuelle en y ajoutant sa petite patte personnelle, intuitive et originale. C’est beau, poétique et incroyablement charmant.
Le propos écologique au centre du film s’avère efficace, émouvant même, et offre des pistes de réflexions sur notre futur en perdition et sur tout ce que l’on pourrait perdre (pluie, animaux…).

Un bijou de la SF française, à ne louper sous aucun prétexte !



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