PLUS BELLE LA VIE : DISCUSSION À COEUR OUVERT AVEC FLORIAN LESIEUR ET TIM ROUSSEAU

Image : Affiche de leur premier court-métrage, AMOK, pour le Nikon Film Festival.

Durant le Festival de la Fiction de La Rochelle, les comédiens Florian Lesieur et Tim Rousseau, aussi amis dans la vie, se sont confiés à mon micro sur leur métier de comédien, leurs engagements, leurs inquiétudes, leurs espoirs, leur amour pour le cinéma mais aussi leur avenir en tant que réalisateur.

« Je pense que c’est important d’être engagé, que l’on soit acteur ou non » – Tim Rousseau.

Vous avez été tous les deux au cœur d’une intrigue assez forte et qui abordait le thème des violences conjugales. Il y a des scènes violentes, notamment entre Kilian et Betty. Vous appréhendiez de jouer des séquences comme celles-ci ?
Tim Rousseau : C’est spécial de faire ça. Mais j’adore aborder ce sujet, non seulement parce que ça s’éloigne totalement de qui je suis, mais parce que c’est aussi stimulant et intense. C’est aussi pour ça que l’on fait ce métier, pour vivre des émotions fortes. Le métier de comédien, c’est perdre ses plumes la journée, et se laisser la nuit pour qu’elles repoussent avant de les perdre de nouveau le lendemain. Passer d’une journée où on rigole, puis on se bagarre, avant de pleurer et de nouveau rigoler, ce jeu d’émotions est extrêmement fatiguant. Surtout dans des scènes où je dois frapper des filles, on n’en sort pas indemne. Mais une fois rentré chez soi, on est content du travail fourni. C’est jouissif d’avoir réussi à puiser dans ses émotions, dans ce qu’on a vécu, dans notre palette de jeu.

Florian Lesieur : J’étais heureux de pouvoir jouer des choses à l’opposé de ce que je suis dans la vraie vie. C’est la beauté du cinéma, c’est de pouvoir interpréter des rôles qui sont en contradiction avec nos valeurs. Je n’étais pas au cœur des scènes de violences mais en a découlé des séquences malgré tout très pesantes, notamment lorsqu’on a abordé le sujet de l’avortement. C’était dur, mais c’est toujours un plaisir d’incarner ce genre de personnages.

Est-ce qu’on pourrait vous définir comme des acteurs engagés ?

TR : Je pense que c’est important d’être engagé, que l’on soit acteur ou non. L’humanité manque cruellement d’engagement, aujourd’hui. Chacun doit trouver sa cause et la défendre jusqu’au bout, de s’y prêter pleinement.

FL : Notre influence est minime, mais nous avons quand même une dizaine de milliers de personnes qui nous suivent sur les réseaux. Si nous pouvons, grâce à cela, faire bouger les choses, faire bouger les consciences, nous le ferons. De mon côté, en tant qu’être humain, il y a des causes qui me touchent mais je considère ne pas être assez engagé. Des causes comme le climat ou les discriminations, par exemple. Le racisme, la manière dont on traite certains humains, les bavures policières, etc… Ce sont des choses qui m’écœure vraiment, ça me terrifie. C’est épidermique.

Image : Kilian et Betty se disputent.

« Prendre le melon, ça me terrifie » – Florian Lesieur.

Plus Belle la Vie vous a propulsé au rang de « vedette ». À 16-18 ans, comment avez-vous vécu cette notoriété soudaine et, de quelle manière affrontez-vous la pression du métier pour ne pas perdre pied ?
FL : Nous sommes en désaccord avec Tim sur ce sujet. J’ai un rapport avec la célébrité qui, je pense, est assez sain. Je savais également que ce métier imposerait une forme de notoriété, qu’on me reconnaîtrait dans la rue et que je subirais des critiques. L’un ne va pas sans l’autre. Je trouve ça agréable d’être reconnu, car c’est un retour sur ton travail, c’est une reconnaissance de mon travail. La Rochelle, par exemple, a été un moment de plaisir énorme et j’aurais pu continuer à faire maintes et maintes photos et autographes. Globalement, je garde les pieds sur Terre car je me dis qu’il me reste beaucoup de choses à accomplir. Je suis bien entouré et j’ai réellement réfléchi au sujet.

TR : Quand cette notoriété est arrivée, j’étais dans une période un peu délicate (déscolarisation…) et je commençais à me dire que ce n’était plus vraiment ce que je souhaitais. Comme le dit Florian, ça fait partie du job et on doit l’assumer. Ma technique, c’est de me dire que je ne suis pas acteur. Je reste humain avant de penser à être une célébrité. Ainsi, je ne risque pas de me perdre ou de prendre la grosse tête. L’humain n’est pas censé être regardé par d’autres êtres humains d’une manière aussi massive. Les êtres humains n’ont pas les épaules pour supporter le poids du regard de millions et de millions d’autres personnes. C’est pour cela que certains acteurs vrillent, prennent le melon, tombent en dépression…

FL : Moi, je ne suis pas sûr de ça… Mais prendre le melon, ça me terrifie. La prétention et l’arrogance, j’essaie de m’en éloigner le plus possible. J’en ai tellement peur, que j’en deviens le strict opposé. Ce qui me rend fou, c’est le cliché de l’acteur égocentrique. Je fais partie de cette nouvelle génération qui a envie d’arriver au sommet pour dire : « Vous voyez, il est possible d’être comédien et d’avoir la tête sur les épaules ». Je suis comédien de 8h à 19h. Ensuite, je suis juste Florian.

On dit souvent que Plus Belle la Vie est une école. En tant que jeunes comédiens, vous sentez que vous avez appris plus vite que les autres, plus vite que si vous aviez fait une école normale ?
TR : Dix fois plus vite. Techniquement, nous sommes déjà plus formés que ceux qui ont fait 5 ans d’études car nous côtoyons chaque jour les plateaux. La conscience technique du plateau que nous avons acquise est dingue. Au-delà du jeu et du fait que nous pouvons tourner jusqu’à 12 séquences par jour, nous avons désormais une conscience de l’image, du cadre, de la lumière, des placements et du vocabulaire alors que nous n’avons que 18 ans.

FL : C’est vrai que tourner une dizaine de scènes par jour, on l’on peut passer du rire aux larmes entre les deux, c’est une performance et cela nous permet d’acquérir une vraie rigueur et une réelle écoute. Il y a sûrement des acteurs qui ont fait plus de projets que nous, mais en termes de cadence, de ratio/jour, nous avons tourné 200 jours en 2 ans. C’est énorme. Donc, nous fréquentons plus de plateaux que la plupart d’entre eux à notre âge. tourner une dizaine de séquences par jour, en passant du rire aux larmes d’une scène à l’autre. C’est quelque chose. Cela nous a permis d’acquérir une vrai rigueur, une attention, une écoute particulière.

Image : L’amitié entre Noé et Kilian pourra-t-elle renaître ?

Ensuite quand nous avons du temps, nous nous baladons un peu entre les différents corps de métier technique, nous allons du cadre, au pointeur, à l’ingé son etc… Nous découvrons des choses avec eux. J’oubliais, ce qui fais la richesse de cette quotidienne c’est, l’équipe qui nous coache. Avoir des retours instantanés sur ce que tu viens de proposer, c’est tellement formateur.

« Ce qu’on a vécu est historique et nous sommes fiers d’avoir fait partie de cette aventure » – Florian Lesieur.

Comment vous avez vécu chacun l’arrêt de la série et, auriez-vous continué l’aventure si la série avait poursuivi sa diffusion ?
TR : Peut-être 2-3 ans supplémentaire, oui. Pour l’arrêt, je trouve ça triste. Mais c’est un mal pour un bien, c’est ce qu’il faut se dire.

FL : J’avais demandé d’arrêter la série il y a 4 mois et, en apprenant la fin, ils m’ont demandé de rester pour conclure. Je suis content que ça s’arrête pour moi. Mais très triste pour la série qui est un monument. Très triste aussi pour toutes les personnes qui se sont battues pendant 18 ans et qui souhaitaient rester. Ça me brise le cœur. Quand j’ai voulu arrêter, c’est que j’étais dans une période de trop plein, où je travaillais énormément. J’avais besoin d’un temps de pause. Quand je vois l’échéance du 29 septembre arriver, j’ai le cafard. Je suis persuadé que c’est pour le meilleur. Ce qu’on a vécu est historique et nous sommes fiers d’avoir fait partie de cette aventure. Maintenant, on profite à fond de chaque câlin, de chaque sourire, de chaque regard que ce soit avec les fans ou les équipes. Ça me brise le coeur.

Un duo de réalisateur prometteur

Vous formez tous les deux un duo de réalisateurs. D’où est née l’envie de réaliser des films et des longs-métrages ensemble ?
TR : Mon envie de réaliser remonte à mon plus jeune âge. Mais ce n’était pas que réaliser des films, c’était de réaliser des structures LEGO, des structures Kapla, écrire, faire des dessins. L’aspect créatif me stimulait. La volonté de réaliser un film est venue à Plus Belle la Vie, en voyant tous ces réalisateurs et tous ces gens s’activer autour.

FL : L’envie est arrivée assez tardivement et d’une discussion avec Tim. Je suis quelqu’un de créatif et j’adore écrire. Avec le théâtre, nous nous sommes mis en scène avec nos propres écritures, et c’est là que j’ai pris conscience qu’il y avait un truc à faire. Et personne ne peut mieux réaliser que moi, ce que j’écris. Techniquement, si, mais j’aime pouvoir mettre en image ce qui c’est passé dans ma tête, par moi-même. Ensuite, j’adore le monde de Tim et inversement et, à force de discussions, des nuits entières, nous nous sommes lancés. Le Nikon Film Festival nous a aussi motivé à franchir le pas. Puis, nous avons sorti Amok et Haïku arrive dans la foulée ainsi que d’autres créations. Nous faisons tout pour. Tim et moi sommes différents mais nous avons un point d’entente, où nous arrivons à trouver une osmose. On a envie de raconter les mêmes histoires.

« Je me dois de tirer profit de ce chaos intérieur, du côté néfaste de mon enfance » – Tim Rousseau.

Votre premier court-métrage s’appelle « Amok ». L’histoire de jeunes mal dans leur peau, avec pour certains des problèmes familiaux et qui, pour les ignorer, se plongent dans un monde de rêves, grâce à des écouteurs. Comment est née cette histoire ?
FL : C’était le thème du festival Nikon « Le Rêve ». Tout a ensuite découlé assez vite. Nous voulions que les rêves se déroulent dans les années 80 car nous aimons cette époque. Il y a tellement de choses à aller puiser dans ces années-là. On y a ajouté la danse, la musique et la dure réalité d’un père qui frappe son enfant. Nous voulions tout miser sur l’expérience du rêve et fabriquer l’histoire autour de ça. […] Le film est une métaphore. Ne pas fuir ses problèmes et les affronter. Les rêves ne nous aideront pas. Se cacher ne nous aidera pas, c’est ça l’idée qui traverse le film. On ne peut pas passer son temps à enfouir sous le tapis nos soucis. Il faut s’en occuper à un moment ou un autre.

TR : C’est un autre sujet mais souvent, on nous dit que pour régler notre chaos intérieur, il faut consulter, aller voir un psy. Je ne suis pas de cet avis. Pour un artiste, en tout cas, mais c’est personnel, je me dois de tirer profit de ce chaos intérieur, du côté néfaste de mon enfance, de ce que j’ai vécu avec mon père, mon petit frère… Le regret, c’est un très bon sentiment pour nourrir le jeu et la créativité. Je ne pourrais pas être comédien si je faisais une thérapie chaque semaine. Je ne comprendrais plus pourquoi je fais ce métier et je ne toucherais plus les gens de la même manière.

FL : On aura toujours une part de chaos en nous mais je pense qu’il y a des choses qu’on doit parfois régler. Je ne suis pas d’accord avec Tim. Pour ma part, lorsqu’un problème me pèse sur le crâne, j’en parle pour qu’il s’en aille. Ce qui restera, les cicatrices, les traces, c’est ça dont je me servirai pour mon jeu. Je préfère mettre de l’ordre dans ce qui va pas, plutôt que de me voir mourir à petit feu. Quoi qu’il arrive, je pourrai toujours nourrir mon jeu autrement.

C’est difficile de se lancer dans une première réalisation. Ça demande des moyens financiers, logistiques et humains. Comment êtes-vous parvenu à réussir ce pari ?
TR : Pour Amok, ce sont les contacts et les amitiés qui ont joué. Cela faisait deux ans que nous tournions sur Plus Belle et les équipes nous soutiennent. Un grand merci à eux, par ailleurs. Ce sont eux qui nous ont prêté tout le matériel (caméras…) et qui sont venus nous prêter main forte pour la technique et la réalisation. Pour l’argent, nous l’avons investi de notre propre poche. 1000 euros pour la nourriture, l’essence. Une fois sur place, il fallait que tout soit totalement défrayé pour qu’eux n’aient pas un centime à débourser.

FL : Sur le deuxième court-métrage que nous préparons, nous avons encore eu la confiance des gens. Ce qui est dingue, c’est que beaucoup de personnes qui, même sans nous connaître, voulaient participer. Certains pour nous prêter un logement, d’autres pour faire la cuisine, la régie. Il y a eu une entraide incroyable. Pour Haïku, nous avons lancé une campagne de crowdfunding et récolté 3500€. Un grand merci à tous les participants qui vont nous permettre de poursuivre l’aventure. Nous avons également et là encore, mis aussi de notre poche.

« Le cinéma nous inspire » – Florian Lesieur.

Réaliser est un exercice différent de la comédie. Côtoyer des techniciens sur Plus Belle, ça vous a aidé ?

TR : Nous n’avons pas encore tenu une caméra. Je ne prendrais pas le risque de casser la caméra de Plus Belle la Vie qui coûte 85 000 euros (rire). Néanmoins, il est vrai que nous avons appris beaucoup de choses à leur côté. Comme je le disais plus haut, on se nourrit de tout ce que l’on voit, de nos échanges avec les techniciens, de leurs conseils. C’était des instants précieux pour nous, pour cultiver notre curiosité et enrichir notre savoir-faire, notre vocabulaire technique.

FL : Cependant, nous savons ce qu’on veut à l’image. À force de voir des films aussi, on apprend. Désormais, je ne peux plus regarder un film sans mettre pause pour analyser un plan, une lumière, une proposition. Sans mettre pause pour relancer la scène et me concentrer sur le jeu, car ce que je viens de voir m’a bluffé. Le cinéma nous inspire. Là, nous aimerions travailler le noir et blanc pour notre prochain projet.

Image : Le clap de HAÏKU, leur second court-métrage. Actuellement en préparation.

Quelles sont vos inspirations ?
TR : J’aime beaucoup Xavier Dolan, Christopher Nolan… Les classiques. Cédric Klapish également, j’aime sa réalisation simple et épurée, c’est du cinéma moderne. Son cinéma me touche et je passe toujours un moment agréable devant l’un de ses films. Le cinéma vers lequel j’aimerais me diriger c’est un mix entre Marcel Pagnol et Jean-Bernard Marlin. Ça serait le rêve !

FL : Je rajouterais Quentin Tarantino et Clint Eastwood… Ce n’est pas très original mais ils sont impressionnants ! Je suis assez friand de cinéma français, c’est ce que je consomme le plus. J’aime beaucoup les propositions de Cédric Jimenez (Bac Nord) Yann Gozlan (Boîte Noire). Grâce à Tim et sa vision du cinéma, ainsi que la mienne, je pense qu’on peut réaliser de belles œuvres. Il va falloir être déterminé et patient.

Ce second-métrage, Haïku, quelle en sera l’histoire ?
FL : L’action se déroule sur une semaine, au cœur des Cévennes, dans un internat. On suit l’histoire de deux adolescents qui entretiennent une relation intense pendant cette courte période. Les deux, de nature solitaire, très différent l’un de l’autre, vont apprendre à percer leurs bulles pour se découvrir mutuellement. Ils vont noué un lien fort, un lien surprenant qui va venir les bousculer. Comme un premier amour d’été. Cette relation va se perdre entre amitié, tabou, découverte et poésie.
Si nous l’avons appelé « Haïku » c’est parce que leur relation nous fait penser au caractère expéditif et éphémère du poème japonais, au caractère poétique, intense et beau qu’il suscite.

Leur premier court-métrage, AMOK, est disponible sur leur compte Instagram : florian_lesieur et oh_tchim.

Vous pouvez retrouver mon interview avec la scénariste/dialoguiste de Plus Belle la Vie Pauline Rocafull et le dialoguiste Guillaume Desouhant ici.

Reportage : Dans les coulisses des auteurs de Plus Belle la Vie, ici.

Mon interview avec Léa Francois est à retrouver ici.

Action !

4 commentaires sur “PLUS BELLE LA VIE : DISCUSSION À COEUR OUVERT AVEC FLORIAN LESIEUR ET TIM ROUSSEAU

  1. On vous adore tous à la maison et on adore tout les intrigues aussi , vous êtes notre quotidien du soir notre deuxième famille pk nous retirer notre feuilleton préféré qu on suit depuit le début.

  2. Je suis totalement abasourdie par le talent de Tim, son jeu tellement juste… Il a un don incontestable, j’ai rarement vu un acteur de son âge aussi talentueux, il communique de façon incroyable les émotions du personnage, avec tellement de naturel. Tous les acteurs de Plus belle la vie sont très bons, mais il a quelque chose de plus, on croirait qu’il a une longue carrière derrière lui. Il est de la lignée des grands, c’est certain, pourvu que ce monde lui laisse la place qu’il mérite. Bravo Tim , je suis fan (malgré mes 61 ans…). Je lui souhaite une longue carrière cinématographique !

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