APACHES : L’ÉPOPÉE CINÉMATOGRAPHIQUE D’ALICE ISAAZ (INTERVIEW)

Crédit photo : Jérôme Dominé/ABACAPRESS.COM

Alice Isaaz fait partie de cette nouvelle génération de comédiens qui ose tout, qui s’affranchit des codes et des cases. À seulement 31 ans, elle s’est construite une filmographie riche, n’hésitant jamais à jongler entre la comédie, le drame, le thriller ou encore le film d’époque. La jeune actrice n’a peur de rien et sait tout jouer avec une assurance, une sensibilité et une intelligence précieuse.

Les femmes qu’Alice Isaaz incarne au cinéma sont toutes aussi exceptionnelles et rares, attachantes et fortes. Femme convoitée dans Fiston ou dans la merveilleuse comédie Play, femme humiliée dans Mademoiselle de Joncquières, femme battue dans Une Belle Course, ambitieuse dans Notre Dame, la part du Feu ou manipulatrice dans Les Couleurs de l’Incendie, Alice Isaaz parcourt le cinéma français dans une valse charmante, séduisante, qui nous emporte et nous entraîne. De ses regards, de son timbre de voix, de sa simplicité, se dégagent à la fois une forme de candeur rafraîchissante mais aussi une force de caractère enivrante.

Retour sur ce parcours atypique et sur son dernier film, Apaches, où elle incarne Billie, revenue se venger quinze ans plus tard, d’un gang parisien à l’origine de la mort de son grand frère.

« C’est toujours excitant de se demander s’il l’on va parvenir à jouer quelque chose qu’on n’avait jamais eu à interpréter auparavant »

Des rôles et des réalisateurs

Il n’y aucun faux pas dans la carrière d’Alice Isaaz, aucune fausse note, que des choix judicieux. Depuis son premier rôle au cinéma chez le jeune cinéaste de talent Ruben Alves en 2013 avec La Cage Dorée, elle enchaîne les rôles marquants, intenses, lui permettant de dévoiler une palette de jeu complète, des couleurs variées et des nuances profondes. Alors, comment Alice Isaaz choisit-elle ses rôles ? Plusieurs critères rentrent en ligne de compte : « Je lis le scénario et je vois, avant de m’intéresser plus en profondeur à mon personnage, si l’histoire me plaît. Je fonctionne au coup de cœur, à l’instinct aussi. Il faut que j’aie un réel désir pour le projet. Je ne me dis pas non plus, je viens de faire une comédie, je devrais désormais faire un thriller. J’évite de réfléchir comme ça. Puis, il y a la rencontre avec le metteur en scène qui joue énormément, comme le casting qui va m’entourer. Enfin, il faut que j’ai quelque chose à défendre avec le personnage et savoir comment je vais y trouver un plaisir dans le jeu, si le rôle va être challangeant. C’est toujours excitant de se demander s’il l’on va parvenir à jouer quelque chose qu’on n’avait jamais eu à interpréter auparavant. Les rôles « confortables », où il n’y a pas la petite crainte de se dire si on va y arriver ou non, c’est moins intéressant ».

Dans sa filmographie, des grands noms du cinéma. Elle tourne notamment sous l’œil des réalisateurs Jean-François Richet, auteur du diptyque sur Jacques Mesrine (L’instinct de la mort / L’Ennemi Public n° 1) et deux fois au côté de Christian Carion (En mai, fait ce qu’il te plaît et Une belle course). Puis, en 2016, avec l’un des cinéastes américains les plus réputés au monde, Paul Verhoeven, qui compte une salve de films cultes ayant bercé toute une génération de cinéphiles : RoboCop, Total Recall, Basic Instinct ou encore Starship Troopers.
De ses expériences, elle en retient des moments chaleureux et ne tarie pas d’éloges à leur sujet : « Ce sont trois personnalités qui, humainement et professionnellement, sont très différentes. Une des choses qui les relie, c’est l’amour du cinéma. J’ai accepté de tourner avec Jean-François Richet car ça m’amusait de faire un remake. Je ne l’avais jamais fait et le projet me donnait envie. Ainsi que sa filmographie. J’étais curieuse de le voir mettre en scène un film basé sur les sentiments, lui qui est généralement habitué aux thrillers et aux films d’action. Pour Christian, c’est le réalisateur le plus doux et le plus sensible avec qui j’ai collaboré. C’est sa sensibilité et sa bienveillance qui m’ont convaincue de me lancer les yeux fermés. Je me suis sentie en confiance. C’est un réalisateur surprenant […] Lorsqu’on m’a dit que j’allais passer des essais pour Paul Verhoeven, j’ai cru à un homonyme au départ (rires). C’était une évidence de dire oui ».

« Aujourd’hui, j’ai envie de faire davantage de films d’époque »

Dans le parcours d’Alice Isaaz, un aspect en ressort : les films d’époques. Depuis quelques années, la comédienne s’en est même fait une spécialité. En cinq ans, de Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret à Apaches de Romain Quirot, Alice Isaaz a joué dans 5 longs-métrages historiques couvrant presque deux siècles d’histoire, du 18ème siècle à la Seconde Guerre Mondiale en passant par les années 90. Une spécificité qui, au départ, n’était pourtant qu’un concours de circonstances : « Avec du recul, pour en avoir maintenant quelques-uns au compteur, je me rends compte que j’adore ça. Non seulement parce qu’il se passe quelque chose visuellement avec les costumes, les décors, mais on apprend aussi tellement. Et ça me fait rêver. Quand je rentre dans un costume, je ne me pose plus de questions. Je n’intellectualise plus, je ne cérébralise plus. Ça m’aide tout de suite à rentrer dans le personnage. Aujourd’hui, j’ai envie d’en faire de plus en plus ». 

« Je prendrais toujours un immense plaisir à revoir Play dans 10 ou 20 ans »

Elle confie d’ailleurs son amour pour le film d’Anthony Marciano, Play. Dans le film, elle y incarne Emma Valero, l’amour de jeunesse de Max Ifergan, interprété par Max Boublil. Une comédie attachante, émouvante, nostalgique, où l’on découvre à travers les yeux de Max et de sa caméra, sa vie adolescente, ses rêves, ses échecs et ses espoirs amoureux dont Emma est la plus belle des représentantes. Elle avoue : « Play fait partie de mes chouchous. Sûrement, parce que je suis le cœur de cible. Ce film est une vraie Madeleine de Proust, c’est pour ça que j’en suis si attachée. Je trouve le format hyper intéressant. C’est un film qui va très bien vieillir. Je prendrais toujours un immense plaisir à revoir Play dans 10 ou 20 ans. Tout simplement parce que ça me rappellera ma jeunesse. Puis, il a été admirablement réalisé par Anthony Marciano, qui a réussi à en faire un film auquel on croit. C’est grâce à sa manière de filmer, je pense, qu’il amène une autre dimension au film ».

Apaches, nouveau projet historique

Chez Romain Quirot, Alice Isaaz incarne Billie. Une jeune fille de la rue, accusée à tort du meurtre de son grand frère, assassiné par un dénommé Jésus, chef du gang des Apaches au sein du Paris des années 1900. Quinze ans plus tard, après avoir ruminé sa vengeance en prison, Billie intègre le gang avec pour seul objectif de tuer toutes les personnes liées à l’assassinat de son frère. Elle explique ce qui l’a convaincue d’accepter le rôle de Billie : « Quand j’ai lu le script d’Apaches, j’ai vraiment eu la sensation de lire un conte. Il y a un vrai univers chez lui. Et Billie est une vraie héroïne, ça m’a beaucoup plus. J’avais aussi vu ce qu’avait réussi à faire Romain sur Le Dernier Voyage avec un si petit budget. Je me suis dit que ce mec avait un vrai talent. Tous les éléments étaient réunis pour me faire accepter le rôle ».

Un rôle pour Alice Isaaz, où il y avait de surcroît quelque chose à défendre :

« J’aime Billie parce que c’est une femme forte, courageuse, bien que sensible avec une certaine fragilité. Je suis très attachée à la famille, je défends mon clan. C’est aussi ça qui m’a plu chez elle. Jusqu’au bout elle voudra venger son frère. Il y a quelque chose de sublime là-dedans, d’animal même. Se pose la question aussi : la vengeance mais à quel prix ? C’est beau sur ce que ça raconte de la vie. Puis, les décors, les lumières, tous ces éléments participent à la création de ce conte, de cet univers fantastique mais proche de ce qui se passe dans la vie ».

Crédit photo : TANDEM

« C’est un métier où nous ne sommes pas sans cesse en train d’intellectualiser et de fabriquer. Souvent, on se laisse porter par l’histoire et nos émotions »

Outre l’histoire de vengeance, Apaches est aussi une histoire d’amour. Au fur et à mesure que Billie fréquente les Apaches, elle se laisse charmer, séduire par Jésus, incarné par le comédien Niels Schneider (César du Meilleur Espoir en 2017 pour son rôle dans le film Diamant Noir d’Arthur Hahari). Alice Isaaz explique la manière dont ils ont construit cette relation déchirante, cette alchimie entre deux êtres que tout opposemais rongés par les mêmes désirs :

« Nous avons fait beaucoup de répétitions et de lectures, accompagné par Romain qui est un super directeur d’acteurs. C’est un homme qui aime les acteurs. Il souhaite vraiment qu’il y ait une rencontre entre le comédien et son personnage et il nous a poussé à fond dans cette direction. Romain a quelque chose de très fédérateur et souhaitait qu’il y ait une vraie ambiance de troupe sur le tournage. Et il est parvenu à créer ça, dès le premier jour du tournage. Avec Niels, nous nous connaissions un peu. Donc, nous nous sommes sentis en confiance assez rapidement. Et j’étais tellement heureuse de pouvoir jouer avec lui, enfin. Nous étions tous les deux dans ces bonnes dispositions que ce fut facile de créer cette relation. D’ailleurs, cet aspect du récit, ce drame amoureux, c’est aussi ce qui m’a convaincue d’accepter le rôle ». 

Crédit photo : TANDEM

Billie est un personnage complexe, qu’il faut incarner toute en nuance et en finesse. Toute la dramaturgie du récit repose en partie sur ses épaules et avec elle, la crédibilité de la narration. Un numéro d’équilibriste, d’autant qu’Alice Isaaz a, en parallèle, des scènes d’actions qu’il a fallu appréhender dans le jeu : « Nous avons eu des répétitions avec les cascadeurs pour les séquences physiques. Romain est là aussi pour nourrir nos propos, travailler en profondeur le background de nos personnages. Nous avons fait un travail sur le scénario entre chaque scène pour savoir dans quel état j’arrive, dans quel état je ressors. Je me suis appuyée là-dessus. Après, ça reste très instinctif. C’est un métier où nous ne sommes pas sans cesse en train d’intellectualiser et de fabriquer. Souvent, on se laisse porter par l’histoire et nos émotions ».

« Je suis ressortie du tournage épuisée mais heureuse »

Un tournage difficile

Apaches est un projet cinématographique rare et ambitieux. Comme tout projet de ce type, peu de moyens et des jours de tournage très courts. De ce fait, Apaches a été un tournage intense d’un point de vue physique, bien plus que celui de Notre-Dame, la part du feu (mini-série de Hervé Hadmar, actuellement sur Netflix) dans laquelle Alice Isaaz avait, là aussi, des séquences particulièrement rudes :

« De loin, Apaches est mon tournage le plus éprouvant, que ce soit émotionnellement et physiquement. Notamment parce que nous avions peu de jours de tournage donc, ce fut intense, dense, nous avons tourné en hiver et il faisait très froid. Sans compter les horaires compliquées et les scènes difficiles à jouer. On n’en ressort pas indemne. J’en suis ressortie épuisée (rires) mais heureuse. Néanmoins, ça n’a jamais été une contrainte ou une punition. Ça faisait partie du jeu et je le savais en m’engageant sur ce projet. Puis, c’était excitant d’être dans des conditions assez âpres ». 

Crédit photo : TANDEM

Elle souligne d’ailleurs une scène plutôt compliquée à appréhender dans le jeu, une scène en dans le style cinéma muet que souhaitait intégrer le réalisateur Romain Quirot à son film : « Ce n’était pas évident. Tous les mouvements devaient être exagérés. C’est totalement une autre façon de jouer. Nous avons mis du temps à trouver cette séquence. Mais c’était très amusant à tourner ».

Apaches sortira au cinéma le 29 mars. 

Vous pouvez retrouver ma critique de Apaches ici.
Vous pouvez retrouver mon interview avec le réalisateur Romain Quirot ici.

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