LA PLUS BELLE POUR ALLER DANSER : UNE HISTOIRE D’AMOUR VALSANTE

Victoria Bedos réalise son premier long-métrage, La plus belle pour aller danser. La scénariste de La Famille Bélier, succès critique de 2014, raconte ici les frasques d’une adolescente éperdument amoureuse, perdue entre son désir d’être aimée telle qu’elle est et sa soudaine notoriété en tant que Léo, une identité qu’elle s’est construite un peu malgré elle. Un récit tendre et émouvant que Victoria Bedos met en scène avec raffinement et élégance.

L’amour adolescent

Marie-Luce Bison a 14 ans est élevée par son père dans une joyeuse pension de famille pour seniors dont il est le directeur. Nouvelle dans son collège, Marie-Luce peine à se faire accepter des autres élèves. Pour parvenir à s’intégrer auprès de ses camarades de classe, elle s’incruste à une soirée habillée en homme. Ce soir-là, tout le monde la prend pour un garçon. Un garçon que l’on regarde et qui plaît. Et alors qu’elle se rapproche d’Emile (Loup Pinard) pendant la soirée, elle décide de continuer à le voir en tant que Léo, l’alter ego masculin qu’elle s’est créé. De ce mensonge naîtra une passion intime, fusionnelle, mais les mensonges finissent toujours pas être révélés…

Difficile de s’accepter lorsqu’on est une adolescente un peu différente des autres, désintéressée par la modernité, les réseaux sociaux ou encore la mode, et d’autant plus quand les filles populaires du collège mènent la danse sur tous ces sujets-là. Les chances de plaire alors au plus beau garçon de l’établissement diminuent fortement. L’adolescence est un passage rude, parfois violent. On se cherche, on se perd, on essaie de savoir qui on est, on échoue souvent, on ment quelque fois. On se construit, on tente des choses, on est têtu, on crie et on pleure beaucoup. Trop, peut-être. Victoria Bedos exprime tout ça dans La plus belle pour aller danser et cette histoire d’amour basée sur des sentiments sincères mais une identité mensongère.

Image : Emile (Loup Pinard) et Marie-Luce/Léo (Brune Moulin), un couple attendrissant.

Parce que dans la peau de Léo, Marie-Luce renaît. Elle se sent libre, aimée, désirée, joyeuse. Tout ce dont une adolescente puisse rêver. Se travestir est un exutoire pour Marie-Luce, un moyen de s’extirper de sa condition.

Cette charmante « revanche », Victoria Bedos la sublime par sa manière de filmer la comédienne Brune Moulin (Marie-Luce/Léo) avec une sensibilité et une douceur magnifique. Son visage dégage quelque chose d’angélique et il y a dans le regard de Brune Moulin une gentillesse pure, doublée d’une force insoupçonnable. Un joli mélange qui fait de cette héroïne, un personnage particulièrement attachant. Une quête d’identité que la réalisatrice aborde par l’angle du mal-être dans toute sa complexité. Le travestissement de Marie-Luce n’est qu’un tremplin pour amener une réflexion chez son personnage et la pousser, par la suite, à s’affirmer, à s’accepter.

Au sein de cette idylle, Victoria Bedos amorce un autre axe très important, nécessaire au développement de son héroïne. Une relation père/fille intense que les choix de Marie-Luce vont impacter. Veuf, Vincent Bisson (Philippe Katerine) doit composer avec sa souffrance et se noie dans son travail d’assistant familial pour ne pas être confronté à sa douleur et celle de sa fille. Faire comme si de rien n’était, esquiver, pour ne plus penser à ce feu qui ronge les parties les plus profondes de notre corps. Un papa absent qui, peu à peu, va devoir se confronter à ses démons intérieurs pour renouer avec l’enfant dont il a trop longtemps oublier la présence et les émotions.

Image : Philippe Katerine incarne un père de famille, encore traumatisé par la mort de sa femme.

Dans ce contexte, Victoria Bedos développe une atmosphère chaleureuse. Les résidents de cette maison pour seniors ( composés de Firmine Richard, Pierre Richard, Guy Marchand, Olivier Saladin…) offrent de délicieux moments de comédie, apporte une authentique tendresse à ce récit difficile au travers de savoureux dialogues (cf. Pierre Richard / Brune Moulin) mais aussi une énergie enivrante à la narration. En effet, sous ce toit, c’est une émulation de bonne humeur, d’agitation, de conflits, qui égayent, émerveillent ou émeuvent. Bien que les résidents aient des rôles très secondaires, chacun amène sa pierre à l’édifice dans la résolution des problématiques. Une aide précieuse pour Marie-Luce qui trouve en eux des alliés.

Conclusion

Avec La plus belle pour aller danser Victoria Bedos livre un petit conte enchanteur sur l’amour adolescent et l’acceptation de soi. Un film porté par la talentueuse Brune Moulin, véritable révélation. L’apprentie comédienne dévoile un jeu tout en subtilité, appuyé par un regard profond et un sourire ravageur. Elle forme, par ailleurs, un duo à la fois délicat et déchirant avec Philippe Katerine, méconnaissable en père de famille, qui doit comprendre et accepter les changements ainsi que les envies de sa fille. Saupoudrez le tout avec des seconds rôles rafraîchissants et vous obtenez un parfait équilibre entre une histoire d’amour onirique et une histoire familiale bouleversante.

La plus belle pour aller danser le 19 avril au cinéma.

– Mon interview avec la réalisatrice Victoria Bedos est à retrouver ici.
– Mon interview avec la comédienne Brune Moulin est à retrouver ici.

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