Dans une cohérence obsessive et une continuité filmographique, Yann Gozlan aborde les psychoses et les cauchemars irrationnels au cœur d’une histoire d’amour tragique et passionnelle. Un Basic Instinct à la narration Nolanienne fait de Visions un objet singulier, démesuré, où les songes semblent des évidences, et où le réel a des aspects chimériques. Où se terre la vérité ? La vérité est-elle la réalité ? La réalité n’est-elle pas un rêve ? Les rêves, des visions de la réalité ? Comment être sûr de ne pas halluciner ? De ne pas être manipulé ? Un thriller paranoïaque saisissant de technicité !
S’envoyer en l’air
Dès lors, Yann Gozlan engouffre le spectateur dans la folie de son héroïne. Il l’embarque dans les méandres de l’aliénation, au côté d’Estelle, en privilégiant une réalisation au plus proche de l’œil de l’actrice Diane Kruger, et de ses pensées.

Qui a kidnappé Ana ? Son mari, par jalousie ? Une ancienne amante ? Est-ce un complot mené par Guillaume et Ana contre Estelle ? Car cette soudaine réapparition d’Ana paraît suspecte. D’autant que Guillaume, médecin, fournit des médicaments (anormaux?) à Estelle pour l’aider à dormir. Quelles certitudes quand tout paraît flou, incompréhensible et que notre cerveau nous embrouille ? Véritable thriller schizophrénique, Visions s’amuse et s’évertue à poser des pièges narratifs dans son récit, dans son montage aussi bien déstabilisant, cauchemardesque que psychédélique, afin de perturber quiconque oserait s’aventurer dans cette idylle dont mêmes les sentiments amoureux et humains ont l’air suspects.

Le mari, en premier lieu, et son amour inconditionnel pour sa femme, ressemble à s’y méprendre à une forme d’amour comme seuls les pervers narcissiques ont le secret : « Personne ne t’aimera comme moi ». Tout est louche chez cet homme, à commencer par certaines attitudes et postures : « Il vaut mieux s‘inventer des histoires horribles plutôt que d’admettre qu’on s’est planté sur toute la ligne ». Alors, est-il réellement et sincèrement amoureux de sa femme, un mari vraiment et profondément gentil ? Ou bien cache-t-il autre chose ? Vous serez seul juge !
Le film repose sur du « paraître ». Sur une succession de questions qui rongent. C’est ce qui le rend viscéral, troublant, insaisissable. Sur un fil, constamment tendu, on ne peut que constater, subir, attendre le dénouement final. Visions a cette intelligence, ne jamais répondre aux questions en cours de route mais, au contraire, d’en rajouter. Une narration labyrinthique admirablement construite que Yann Gozlan maîtrise non sans virtuosité, ne perdant jamais de vue ses objectifs et sa ligne d’horizon.
Et puis, il y a le travail sur le son. Une des autres obsessions de Yann Gozlan, outre le paranormal, les comportements humains et leurs troubles. De Echo jusqu’à Boîte Noire, le réalisateur n’a eu de cesse de proposer des ambiances sonores percutantes, déconcertantes, afin de proposer des expériences cinématographiques uniques et des immersions totales dans la folie et la paranoïa, dans les conflits intérieurs que vivent les personnages. Visions n’échappe pas à cette règle d’or. Yann Gozlan compose un récit sonore en parfaite complétude de sa narration, une symbiose entre la musique et le son renforçant le caractère anxiogène du film. En effet, de cette osmose né un sentiment d’insécurité, d’inconfort, et accentuent cette atmosphère lourde, pesante, cette tension inquiétante et désarmante du scénario. La composition musicale et sonore s’insinue en nous, tel un poison, venant troubler nos sens ainsi que notre perception de la réalité.
Conclusion
Avec Visions, Yann Gozlan continue de traiter des thématiques qui lui sont chères à travers, ici, un drame amoureux particulièrement dérangeant, où la fiction et la réalité se mêlent, se percutent, se confrontent, sans parvenir à y déceler concrètement les limites de la vérité. Jusqu’à son cliffhanger, Nolanien, qui enfonce le clou. Les certitudes explosent lorsque Yann Gozlan expose son dernier plan. Toutes convictions s’évaporent. Le réalisateur remet en cause notre propre vision du film. À vous de vous faire votre interprétation !
Visions, le 6 septembre au cinéma.
