[INTERVIEW] – LA BELLE ÉTINCELLE (M6) : ENTRETIEN AVEC MÉLANIE DOUTEY ET LIONNEL ASTIER

La télévision plus forte que la politique ! Quand la création française donne la parole aux jeunes en situation de handicap, elle offre des moments lumineux et plein d’espoir. Après TF1 (Lycée Toulouse Lautrec) et France Télévisions (Les rencontres du papotin), M6 dévoilera le 5 octobre prochain « La Belle Étincelle ». Présenté en compétition au Festival de la Fiction de la Rochelle, le téléfilm d’Hervé Mimran s’inscrit dans cette continuité, une fiction puissante et émouvante sur le combat d’une mère pour réaliser le rêve de son fils : travailler dans un restaurant.

Quelles ont été vos motivations premières pour rejoindre ce magnifique projet ?
Lionnel Astier : C’est un sujet qui me touche personnellement, il me concerne. Puis, ça fait partie des beaux rôles de la télévision. C’est la force de la fiction. Nous pouvons parler de ces sujets-là à travers des documentaires mais, la fiction, elle vous fait rentrer dans la vie des gens, dans leur quotidien, dans l’émotion. Je trouve que c’est de la télévision nécessaire, utile.

Mélanie Doutey : C’est un film qui parle de l’inclusion. Le film participe à ce thème au point de travailler avec des jeunes en situation de handicap, jusqu’au lieu de travail, lui-même inclusif, au même titre que le thème du film. Travailler avec des jeunes fut une expérience magnifique. Puis, on traite le handicap d’un point de vue positif, le combat de cette mère incroyablement combative et forte, comme toutes les mamans. J’ai rencontré les parents des jeunes, qui sont des mères et des pères admirables.

« Ce fut un tournage exemplaire » – Lionnel Astier.

Vous avez tourné avec de vraies jeunes en situation de handicap. Est-ce que pour vous, cela a changé quelque chose dans le jeu ?

L.A : C’est la situation idéale. Être acteur demande d’être disponible à la situation, d’être concentré, d’être à l’écoute. Avec eux, c’était à 100%. Peut-être que ce que vous évoquez n’était pas prévu mais ce ne sont pas des accidents. Le tournage était particulier mais absolument pas déroutant. Il y avait un silence sur le plateau qu’on arrive jamais à avoir sur un tournage « normal », une concentration et un engagement permanent. La chose qu’on pourrait leur apprendre, c’est de faire des pauses. Car ils sont tout le temps à fond. Un tournage exemplaire. […] Les parents étaient présents sur le tournage et ça offrait une atmosphère familiale. D’un coup, nous sommes en présence de la sensibilité des gens, par les parents.

Parfois, les parents ne comprennent pas ce que font leurs enfants, ils ont peur, et nous devions les mettre à l’aise. J’espère que c’est cela qui donne une authenticité à l’image, que vous avez soulignée. On ne peut pas tricher ici. Sinon, on le voit immédiatement.

« Mon premier outil de travail a été mon instinct maternel » – Mélanie Doutey.

M.D : Le film se prêtait au naturel. Il y avait une zone d’imprévu qu’il fallait garder. Il y avait quelques improvisations sur le plateau et c’était un terrain de jeu incroyable car ça donnait lieu à des choses très spontanées qui sont arrivées. C’est pour cela que le film a ce ton naturel.
[…] J’ai rencontré les jeunes lors d’une lecture avec Bernard Campan. Gauthier, qui joue mon fils était présent, et il était très ému de rencontrer Bernard car c’est un fan des Inconnus. C’était une rencontre très touchante. En rencontrant ces jeunes, j’ai découvert que chaque personne en situation de handicap a un handicap qui lui est propre, une sensibilité qui lui est propre, c’était donc une lecture normale, je n’ai pas vu de grande différence. Sur le tournage, comme le disait Lionnel, il y avait une personne sensible au bruit et le réalisateur a demandé à ce que le plateau soit plutôt calme. Qu’il n’y ait pas de voix portée inutilement. Ça devrait être imposé sur tous les plateaux. Ça donnait place à une concentration collective et une écoute collective, propice au travail.

Parlez-nous de votre collaboration avec Gauthier Gagnière, qui joue votre fils…

M.D : Ça s’est fait naturellement. Nous nous sommes rencontrés sur le rire, le terrain de l’humour. J’ai rencontré ses parents, qui sont admirables et, de me voir en confiance avec eux, ça a créé des liens simples et humains. En outre, mon premier outil de travail a été mon instinct maternel. […] Gauthier a eu un parcours scolaire compliqué, douloureux. On a décelé son autisme tardivement. Il y a eu une incompréhension, puis un combat. Ça met en colère d’entendre tous ces discours-là, et qu’il n’y ait aucune réponse évidente à la manière de mieux intégrer ces jeunes. Forcément, ça aussi, ça m’a nourrie pour mon personnage. En France, on est nul. Nous devrions, à l’école, travailler avec des jeunes en situation de handicap. La différence ne devrait pas être tabou.

Je ne comprends pas que, dans le pays des Droits de l’Homme, nous n’ayons pas ce devoir social et civique d’introduire, de faire accepter la différence dès le plus jeune âge.

Crédit photo : Handicap.fr

Comment le réalisateur Hervé Mimran vous a guidés sur le tournage ?
L.A : Hervé savait ce qu’il voulait. Il était disponible et j’ai beaucoup aimé sa façon de filmer les choses. Parfois, il s’éloignait, parfois il se rapprochait. Il n’était jamais dans des plans convenus. J’ai aimé son regard sur les situations, au milieu des gens, des objets et c’est ce qui donne beaucoup de vie et de véracité au récit.

M.D : C’était une direction d’acteurs calme, posée, à l’écoute de chacun. La chance que nous avons eu, comme je le disais tout à l’heure, c’est qu’il a laissé place à de l’improvisation. Tous les acteurs étaient investis et, je pense qu’il a senti qu’il pouvait nous laisser improviser et se laisser gagner par une joie. Sur le plateau, il y avait des moments joyeux que nous avons vécus. Cette tendresse, il l’a gardée à l’image. Nous nous sommes tous engagés sur ce film avec les tripes et le cœur.

« Ils ont beaucoup à nous apprendre, notamment sur la vie » – Lionnel Astier.

Il y a de plus en plus de fictions et d’émissions de télévision qui mettent en lumière le handicap. C’est une évolution positive pour vous ?
M.D : Oui. Il faut qu’il y ait plus d’émissions et de fictions comme celles-ci. Surtout, la grande victoire serait que plus d’entreprises engagent des jeunes en situation de handicap, qu’il y ait plus d’accès pour eux au quotidien dans les rues, dans les villes, plus de dépistage – car c’est parfois beaucoup de temps de perdu. Je ne dis pas que c’est facile d’engager des jeunes en situation de handicap mais les répercussions sont si positives, qu’elles soient humaines, professionnelles, civiques, et les répercussions sur la famille et les proches ainsi que sur ces jeunes sont magiques.

L.A : En ce moment, je joue un spectacle avec Victoria Abril sur les transgenres. C’est important de familiariser les gens avec ça, qu’on fasse tomber les barrières. Ça fait partie des choses que je surveille et si je peux participer, je n’hésite pas. De plus, ce téléfilm montre à quel point ces handicaps ne sont pas un frein. Ils travaillent, ils sont efficaces, ils nous amènent une autre vision et, bien sûr qu’il faut les intégrer à nous mais nous devons aussi nous intégrer à eux. Ils ont beaucoup à nous apprendre, notamment sur la vie. […] La petite Angélique a dit tout à l’heure (pendant la conférence de presse) : « Il faut nous voir comme des personnes normales car nous sommes tous handicapés ». Elle a totalement raison. Nous avons tous des handicaps que nous masquons, qui finissent par se voir un jour ou l’autre. Eux, n’avancent pas masqués. Jamais. Nous, gens « normaux » nous avançons masqués, avec une pudeur. Ça ne s’oublie pas. […] J’espère qu’un jour, ils auront des premiers rôles, que nous les verrons vivre un quotidien, embrasser leur petit.e ami.e, etc… C’est insuffisant pour l’instant.

La Belle Étincelle, le 5 octobre su M6.

Synopsis :
Alors qu’il essuie une polémique ayant entaché son image, Philippe Lamarck, brillant chef étoilé au caractère compliqué, pousse la porte du restaurant La Belle Étincelle pour y prendre les commandes de la cuisine. Ce qu’il ne sait pas, c’est que ce restaurant n’est pas comme les autres… Virginie, la gérante, pour permettre à Noé, son fils atteint de troubles autistiques de réaliser son rêve et de devenir cuisinier, a monté un restaurant inclusif et embauché uniquement des jeunes porteurs de handicaps cognitifs.

Librement inspiré de l’histoire du restaurant éponyme situé dans le 15e arrondissement de Paris.

Casting : Bernard Campan, Mélanie Doutey, Lionnel Astier, Gauthier Gagnière, Laurent Bateau, Vincent Chalembert, Angélique Bridoux, Pierre Goldstein…

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