[INTERVIEW] – RACHID GUELLAZ, L’ACTEUR DU MOMENT

Crédit photo : Samir Decazza

Avec son physique imposant et sa bonhomie, Rachid Guellaz transperce l’écran. Dans chacun de ses rôles, l’acteur y apporte de sa personne, de son vécu, de son passé, un don de soi rare et précieux que Rachid Guellaz revendique. Et c’est peut-être pour ça qu’il est un comédien à l’ascension fulgurante, de par la vision de son métier, sa sensibilité et le choix de ses rôles, toujours pertinents, où il y défend des valeurs puissantes et authentiques.
En 2023, Rachid Guellaz n’a cessé d’être omniprésent au cinéma comme à la télévision, dans des incarnations toutes différentes les unes des autres. Et l’année n’est pas encore fini ! Ce n’est pour l’instant pas moins de 4 projets auxquels il participé. En avril dernier, vous avez pu le voir dans le film d’Andréa Bescond et Eric Metayer, « Quand tu seras grand » et, depuis le 18 septembre, sur CANAL +, dans la série évènement « 66-5 ». Il y interprète Karim Boutaleb, un trafiquant de Bobigny qui se confronte à une jeune avocate, Roxane, incarnée par Alice Isaaz. Prochainement, il sera à l’affiche de deux nouvelles séries, « Les Espions de la Terreur », production M6 sur les attentats du 13 novembre ainsi que la troisième saison de « Narvallo ». Puis, en novembre, Rachid Guellaz sera également dans film horrifique de Mathieu Turi, « Gueules Noires », au côté de Samuel Le Bihan, Thomas Solivères ou encore Amir El Kacem.

Un acteur à suivre et sur lequel il faudra composer dans les années à venir. Rencontre avec l’acteur du moment !

« Parfois, en plein entraînement, l’envie de devenir acteur revenait »

D’où vient votre envie de devenir comédien ?
Je devais avoir 6 ans quand « Harry Potter et l’École des Sorciers » est sorti en salles. Ma mère m’avait emmené au CGR de Tours, la ville dont je suis originaire, et j’ai été interpellé par ce que j’ai vu. Je me demandais comment ils étaient parvenus à faire tout ça. Ma mère m’a dit que ça s’appelait des effets spéciaux. Ma cousine avait un PC, ce qui était encore exceptionnel à l’époque, et je me rendais chez elle pour me renseigner sur le cinéma. J’ai commencé très tôt à regarder des making-of. C’est ça qui m’a donné envie d’entrer dans ce monde. Je me suis ensuite intéressé au cinéma français et des acteurs de ma génération. Sur mes premiers tournages, j’étais silhouette ou petit rôle, et je me baladais sur les plateaux pour poser plein de questions à tout le monde. Au départ donc, c’était une fascination autour de cette entreprise, de tous ces gens réunis pour créer une œuvre.

[…] J’ai suivi un cursus normal. Après le lycée, j’ai intégré un sport étude de judo. J’étais ceinture noire à 16 ans. J’ai fait un peu de haut niveau, en national et international. Quelques années plus tard, je suis monté sur Paris et je suis devenu professeur de Judo et, entre temps, éducateur spécialisé. Parfois, en plein entraînement, l’envie de devenir acteur revenait. Pourtant, je réalisais mon rêve, celui d’être judoka. Mais ce désir d’être comédien traversait souvent mon esprit. Alors, comme j’étais sur Paris, j’en ai profité pour faire des castings. Tout a démarré comme ça…

Qu’est-ce qui vous fait dire oui à un rôle ?
Ce sont des envies singulières à chaque fois. Ça peut être, en plus de l’histoire, les acteurs avec qui je vais jouer, la rencontre avec le réalisateur, suite à une discussion autour de son projet, ou le personnage qu’on me propose d’interpréter. Pour « Plaine Orientale » de Pierre Leccia, qui sortira l’année prochaine, c’était de tourner à Bastia. Je voulais découvrir la Corse et cet univers. Pour « Les Espions de la Terreur », c’était ce rôle, ce frère qui veut sauver son petit-frère à tout prix. Ce n’est jamais pour les mêmes raisons.

Parlez-nous de votre personnage, Karim Boutaleb, ce mafieux atypique que vous interprétez dans la série d’Anne Landois, « 66-5 »…

J’avais des doutes sur ce personnage de Karim Boutaleb, un malfrat, à Bobigny. Je venais de sortir du tournage de « Validé » et, même si Yamar n’était pas un malfrat, il y avait ce côté quartier, urbain. Je me suis posé la question de savoir si j’avais envie de retourner dans un projet de la sorte. J’ai alors réfléchi en amont à ce personnage pour lui donner des nuances. Lorsque j’ai parlé avec la réalisatrice des quatre premiers épisodes, j’ai proposé qu’il ait une couleur différente de ce qu’on peut voir à l’écran à savoir, un côté décalé, mais qui peut exister. Être terre-à-terre mais original. À l’époque, j’avais gardé ma coupe afro et je m’en suis servi. J’ai créé un petit look en m’inspirant légèrement de « Pulp Fiction » : longues vestes, manteau en cuir, chemises…

Crédit photo : Denis Manin – Sortilèges Productions / CANAL +

Le petit frère de Karim a un look très street et je trouvais ça amusant qu’il y ait un décalage entre les deux. La réalisatrice a accepté mes propositions. […] Karim a un certain humour. C’est une personne calme et sereine, limite souriant et condescendant. Dans son langage, il est soutenu. Il ne veut pas ressembler à son grand-frère, plus instinctif et sanguin. Je me suis imaginé que mon personnage ait vu son grand frère faire des erreurs et que Karim devait davantage avoir les codes, réfléchir avant d’agir. Karim est dans un show parce qu’il est sûr de lui. Et ça l’amuse, il y a comme une sorte d’excitation.

Ce que j’aime aussi dans cette série, c’est qu’on ne parle pas de la cité, pour parler de la cité. Là, le point de vue est cette jeune avocate qui est obligée de retourner dans l’endroit d’où elle vient. L’angle est différent. Les auteurs ont tenu à s’éloigner des clichés. D’autant plus en acceptant ce personnage loufoque comme le mien. D’ailleurs, il n’y pas que Karim. Le personnage de Bilal, bien habillé, petite chemise, propre sur lui. Tous les personnages sont stylés. Même dans le casting, ils ont cherché des gueules particulières qu’on ne voit pas partout.

Vous aviez déjà partagé l’affiche avec Alice Isaaz, dans le film « Play » d’Anthony Marciano… Parlez-nous de votre collaboration avec Alice Isaaz sur « 66-5 »…
Oui, c’était mes tout début avec « Play » (rire). J’étais silhouette. Nous avions un rapport simple et efficace. C’est une actrice humble. Sur le plateau, nous pouvions discuter, échanger, parler de ce que nous pourrions améliorer d’une prise à l’autre. Mais c’était marrant pour moi de me dire que, quelques années plutôt, je l’avais vu sur « Play », où elle avait le premier rôle, et de se retrouver ensemble ici. Elle en tant que premier rôle, et moi, dans un rôle plus conséquent. Ça montre que j’ai avancé.

« Quand on est comédien, on a envie de porter des sujets qui véhiculent des valeurs et des messages forts »

Prochainement, vous serez au casting de la série M6 « Les Espions de la Terreur », où l’on suit la traque des auteurs des attentats du 13 novembre. Vous incarnez le personnage de Saïd, un jeune homme qui va aider les services à cibler les terroristes à l’origine des ces tueries
Quand j’ai reçu le casting, je n’avais pas de scénario, rien. On m’a simplement dit que mon personnage veut sauver son petit-frère et apporter son aide aux flics en leur donnant des infos pour, qu’en contrepartie, il puisse récupérer son petit-frère. J’ai deyx petits frères et une petite sœur donc, ça m’a tout de suite touché. C’est d’ailleurs un rêve pour moi, jouer un rôle de grand frère mais avec un vrai rapport car ici, on ne se voit jamais. Avant même de lire le scénario et de rencontrer le réalisateur, c’est le courage de ce grand-frère qui m’a séduit et son audace pour aller de l’avant et risquer sa vie familiale pour sauver son petit-frère. Mon personnage, Saïd, a réellement existé mais pour ne pas compromettre son identité, les scénaristes lui ont façonné une identité fictionnelle. Il est inspiré de plusieurs sources et de plusieurs histoires. C’est toute une couture. C’est un personnage qui a beaucoup d’humour aussi. J’aime quand les personnages sont nuancés, quand ils ont de l’humour. Puis, c’est un homme qui a contribué à arrêter les auteurs des attentats du 13 novembre. Je trouve ça fou que ce type, qui vient de nul part, parvienne à aider les services de police à arrêter des terroristes. Quand on est comédien, on a envie de porter des sujets qui véhiculent des valeurs et des messages forts. Avec cette série-là, c’est le cas. […] Je suis content que cette série existe car elle nous apprend plein de choses sur les agents, les sources. Puis, elle va permettre aux gens d’être informé sur les coulisses et en savoir plus sur ces personnes de l’ombre qui ont participé à l’arrestation des auteurs des attentats.

Quand on découvre la série, on ne sait jamais si le personnage est avec ou contre la police…
Il est sincère. Il finit par se prendre pour un agent de la DGSI. C’est jamais mal-attentionné, c’est surtout maladroit car il a envie de bien faire. C’est pour cela qu’il fait des boulettes. Peut-être que de là, le spectateur se sent perdu et se demande s’il le fait exprès ou non. C’est une des premières choses que m’a dit Rodolphe Tissot, le réalisateur : « Saïd est sincère ».

Vous partagez toutes vos scènes avec Vincent Elbaz. C’était agréable de tourner avec lui ?
C’est un exemple de simplicité et d’humilité. J’ai rarement eu un rapport aussi simple avec un acteur. Nous nous étions rencontrés pour la première fois à la lecture du scénario. Nous avons de suite sympathisé. Je l’ai vu comme un tonton. Nous rigolions beaucoup. C’est un acteur très bienveillant.

Il y a une rencontre importante dans votre carrière, celle avec Franck Gastambide. Vous avez tourné « Validé » et « Medellin » ensemble. Racontez-nous votre rencontre avec lui…
J’avais un casting chez Mandarin Production pour un autre projet. J’étais arrivé 15 minutes en amont. Dans les locaux, il y avait une porte avec inscrit « Casting Validé ». J’y suis allé au culot. Il y avait le second réalisateur, David Diane, qui m’avait déjà vu en figuration sur « Nicky Larson ». C’était 5 jours de figuration, payé 600e dont je me suis servi pour payer les réparations de ma voiture.

J’ai alors passé les essais, juste après mon autre casting, et j’ai reçu un coup de fil de Franck qui m’a dit que j’étais validé (rire). Il a été gentil dès que nous nous sommes vus. Chaque fois que je tournais une scène, il venait me féliciter. Ça me mettait dans une grande confiance. Après ma dernière séquence, j’ai été lui dire que ça avait été un honneur de travailler avec lui et d’avoir participé à cette série. Pendant les essais, j’avais rappé. Il avait des images de moi en train de rapper et c’est pour cela que mon personnage, Yamar, rappe dans la saison 2. C’était incroyable de pouvoir enregistrer des sons dans un studio avec des professionnels de la musique. C’était une aventure incroyable.

Je le remercierai jamais assez pour ça. Un jour, il m’a rappelé pour faire un petit clin d’œil dans « Medellin ». J’ai accepté sans sourciller.

Le culot vous a offert une sacré opportunité…
Aujourd’hui, je ne le referais pas. J’appellerai mon agent avant. Chaque parcours est différent, authentique et singulier. Puis, il y a parfois des choses injustes. C’est particulier mais c’est ce qui m’excite aussi, c’est qu’on ne sait pas de quoi est fait demain.

« Quand il y a des choses similaires à ce que nous avons pu vivre, nous pouvons le mettre au profit du cinéma »

En début d’année, nous avons pu vous voir dans le film d’Andréa Bescond et Eric Metayer, « Quand tu seras grand ». Le cinéma social, c’est un cinéma que vous aimeriez défendre davantage ?
J’en discutais il y a peu avec mon agent, c’est effectivement un cinéma vers lequel j’aimerais tendre. En tant que comédien, nous aimons jouer dans des films au sein desquelles nous nous sentons concernés. J’ai été éducateur spécialisé et, dans le film d’Andréa et Eric, je fais un pion qui s’occupe des enfants. J’ai toujours travaillé au contrat des enfants et ça m’a touché. Quand il y a des choses similaires à ce que nous avons pu vivre, nous pouvons le mettre au profit du cinéma. C’était une belle expérience. Le fait de tourner en EHPAD avec des personnages âgées, aussi. Ma maman est aide-soignante, j’ai pu m’approprier son univers, mieux appréhender et comprendre les difficultés de son quotidien. Ce film raconte ça, les difficultés qu’ont les aides-soignantes, les infirmières, à faire leur métier. Porter des sujets comme celui-ci, c’est un régal.

Propos recueillis lors du Festival de la Fiction de La Rochelle.

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