[CRITIQUE] – SCHLITTER : UN PETIT SAW ENSANGLANTÉ À LA FRANÇAISE

Si toutes les chaînes de télé s’apprêtent à dégainer leurs plus beaux films de Noël, OCS proposera de son côté « Schlitter », un survival horrifique sous fond de drame familial au cœur de la forêt des Vosges. En diffusion dès le 1er décembre, le film de Pierre Mouchet reprend les codes des grands films d’horreur américains pour donner naissance à une œuvre oppressante et sanglante, à l’image de ses inspirations. Oui, cette année, le Père Noël du Grand Est se venge !

Synopsis :
Lucas et Mathias, 8 ans, fils de bûcherons de la forêt des Vosges, sont les meilleurs amis au monde. Un jour de pluie battante, le père de Lucas percute mortellement le petit Mathias à vélo. Assis à l’arrière de la voiture, Lucas assiste impuissant au drame et observe, sidéré, son père jeter dans un fossé le corps sans vie de son copain. Il lui suffit d’un regard pour comprendre qu’il devra à jamais garder le silence sur ce terrible accident.
Vingt ans plus tard…. De retour dans la région pour les obsèques de ses parents, Lucas, accompagné de sa copine et de son meilleur ami, croise le père de Mathias. Toujours rongé par la culpabilité, Lucas accepte finalement de rentrer boire un café chez le père de son défunt ami. Mais ses amis et lui ne s’en sortiront pas indemnes…

Une histoire de vengeance

Avant d’être une histoire de vengeance, « Schlitter » est avant tout un drame. Un drame familial, où le deuil n’est plus que l’expression d’un désir malsain. Après avoir perdu son fils dans un accident de voiture, sa femme rongée de l’intérieur par la mort d’un enfant qu’elle chérissait, un père de famille voit sa vie basculer dans l’horreur. Comment se relever ? Quel moteur pour continuer de vivre la mort peut-elle encore vous offrir ? La vengeance est la seule voie possible pour cet homme qui n’a désormais plus rien à perdre. Pendant vingt ans, le père de Mathias (Gilles David) préparera un plan machiavélique afin d’obtenir justice, celle de sa propre volonté. Une patience mise à rude épreuve lorsque la souffrance condamne chaque jour votre âme à la nuit.

L’occasion se présente lorsque Lucas revient dans les Vosges pour les obsèques de ses parents, décédés accidentellement dans un incendie. Lucas (Louka Meliava), dont le silence a été aussi la source du malheur de ce père, va devoir payer le prix de cette trahison. Accompagné par un ami (Côme Levin) et sa fiancée (Léna Lapres), les trois jeunes gens vont vivre une nuit de cauchemar tandis que leur hôte, qui semble être d’une profonde gentillesse, leur propose le gîte pour la soirée après que leur voiture soit mystérieusement tombée en panne.

C’est de là, au sein de cette réunion inopinée, que le réalisateur Pierre Mouchet bâtit progressivement une atmosphère pesante, qui contraint les personnages, et notamment Lucas, au malaise. Cette ambiance, elle se traduit dans la mise en scène par des silences, des mouvements lents, des cadres fixes où les personnages sont immobiles et des gros plans sur des visages où la gêne (Lucas), la malveillance (le père de Mathias), le doute et la peur s’intensifient au fur et à mesure que le temps passe. Une gestion du temps par ailleurs parfaitement maîtrisée pour un film d’une durée de 1 heure et 12 minutes. Tout s’enchaîne avec un rythme effréné, dès lors que le piège se met en place. Nous passons alors d’une tension lourde, entre âpreté et culpabilité, à une tension horrifique où le combat pour la survie se joue. De pièges en pièges, « Schlitter » crispe, contracte nos nerfs et nous met dans un état de stress jusqu’à en avoir des sueurs froides. Des sentiments que l’on retrouve dans des sagas telles que « Saw », où les punitions sont terribles et l’issue impossible à prédire. Car le film se dote également de rebondissements inattendus, qui amplifient la dramaturgie du récit et des personnages, et apportent des enjeux bien plus terrifiants.

L’environnement des Vosges est aussi un vecteur d’angoisse et crée ce sentiment d’insécurité au travers ces immenses bois où les cris résonnent dans le vide. Tout comme la maison du père de Mathias, isolée, que le réalisateur et son équipe ont conçue comme un véritable traquenard vivant. Une maison organique, dans laquelle il se dégage une froideur anxiogène. La photographie et la colorimétrie en font un lieu où le deuil, la mort et la douleur règnent en maîtres. Chaque élément rappelle le drame de ce père, chaque recoin appelle à la vengeance qu’elle soit torture psychologique ou torture physique.

La performance des comédiens accorde aussi une forte crédibilité à l’histoire. Pour capter le spectateur, il faut réellement sentir le danger qui les oppresse. En ça, Louka Meliava, Lena Lapres et Côme Levin sont plus que convaincants. Bernard Eylenbosch s’octroie un rôle de père (celui de Lucas) sans état d’âme, dont la violence verbale s’inscrit dans un jeu juste et, Gilles David, celui d’un père meurtri. Chez ce dernier, on lit dans son regard toute la détermination et sur son visage, toute la fureur de sa vengeance ruminée. Un acteur de grand talent qui transforme son personnage en une authentique faucheuse humaine. Effrayant !

Conclusion

Si les personnages prennent parfois des décisions idiotes (comme dans tous les films d’horreur), « Schlitter » n’en reste pas moins un film efficace, à la fois bouleversant dans son drame familial et monstrueux lorsqu’il bascule dans l’horreur. Un petit « Saw » à la française réussi, qui ravira les fans du genre ! Avec un budget très limité et un format court, Pierre Mouchet et son équipe n’ont rien à envier aux blockbusters américains et prouvent onc qu’avec peu de moyens, la France peut rivaliser, faire jeu égal avec Hollywood et même, osons-le dire, les surpasser.

« Schlitter » le 1er décembre sur OCS.

Casting : Louka Meliava, Gilles David de la Comédie-Française, Côme Levin, Lena Lapres, Bernard Eylenbosch, Marie-Paule Kumps…

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