[INTERVIEW] – LE NOUVEAU (M6) : DISCUSSION AVEC LE COMÉDIEN CHARLIE DUPONT : « Je trimballe un côté lunaire, terrien, presque agricole de l’éducation ou de la poésie foireuse, vaguement philosophe décalé »

Charlie Dupont et François-Xavier Demaison de nouveau réunis pour M6. Dans « Le Nouveau », ils incarnent respectivement Jean-Michel Delcourt, instituteur décalé aux méthodes pédagogiques singulières et Alexis Berthier, chef d’entreprise qui, suite à un AVC, doit réapprendre à lire et à écrire. Un téléfilm joyeux et sincère, dans lequel les deux amis s’amusent.
À l’occasion de sa diffusion dans quelques jours, le comédien et co-scénariste Charlie Dupont se confie sur la création du projet, des personnages, et sur les messages qu’il souhaitait véhiculer à travers ce téléfilm.

« Pour devenir un adulte heureux, il faudrait rester, d’une certaine manière, en contact avec l’enfant que nous avons été »

Pouvez-vous nous raconter la genèse de cette histoire, que vous avez co-écrit avec Vincent Solignac ?
Je suis dans mon bureau à Bruxelles, en haut de ma maison, et je regarde mon jardin. J’aperçois un type en train de couper un arbre chez le voisin, un élagueur qui grimpait dessus pour le dépiter en rondelles et le faire disparaître. Je me dis : « C’est un beau métier de grimper dans les arbres comme je le faisais étant enfant ». Pourquoi je ne ferais pas ça moi aussi ? C’était pendant le confinement et, vous le savez, à cette période nous étions tous en pleine remise en question : est-ce que j’arrête ce métier ? Est-ce que je ne partirais pas au Portugal pour pêcher des sardines ? Bref, j’étais dans un de ces moments où je me disais que je pourrais tout quitter pour vivre dans les arbres. Ça me rappelle l’histoire vraie qu’un ami m’avait racontée, celle d’un homme, chef d’entreprise qui, après avoir eu un AVC, a décidé de changer de vie car cet accident lui avait permis de se retrouver, de faire de sa vie ce qu’il voulait vraiment. Ainsi, pourquoi ne pourrais-je pas être élagueur ? Ça me trotte dans la tête et… illumination ! Pour devenir un adulte heureux, il faudrait rester, d’une certaine manière, en contact avec l’enfant que nous avons été. J’y crois beaucoup. Et donc, cette histoire d’AVC je la transpose et j’ai l’idée que le héros retourne à l’école avec des enfants. Ce qui leur remettrait face à son enfance à lui. J’appelle François-Xavier Demaison avec pas grand-chose de plus que ce que je vous ai raconté là et lui confie que ça pourrait être le pitch qu’on cherchait depuis longtemps pour se retrouver. De son côté, il cherchait à produire des projets autour du thème de l’éducation. Il me présente Vincent Solignac et ainsi débute l’aventure.

J’ai lu que vous vous vous étiez battu pour faire exister cette histoire. Qu’est-ce qui fut si difficile ?
Dans les processus créatifs, vous avez toujours peur que l’ADN de votre projet soit effiloché par la rudesse de la réalité. Il y a des dizaines d’exemples. Je vous en donne un. Le rôle de Binou (Noé Chabbat) est essentiel à l’histoire, c’est LE révélateur de l’enfance du personnage incarné par François-Xavier Demaison. Trois semaines avant le tournage, nous apprenons que les règles pour les enfants de la DDASS ont changé. Nous ne pouvons plus tourner avec des enfants sur les deux mois d’été (juillet-août). Trois semaines avant le début du tournage, nous avons pas loin d’un tiers des scènes de Binou que nous avons dû mettre dans la partition de la fille de François-Xavier, interprétée par ma fille Emma Dupont. C’est du bricolage.

« Il y a quelque chose de l’homme pressé chez François-Xavier »

Le récit raconte l’accident d’Alexis Berthier, chef d’entreprise qui, suite à un AVC, ne parvient plus à lire ni à écrire. Comment avez-vous pensé et construit ce personnage ?

Puisque nous sommes amis François-Xavier et moi et puisque ce film devait raconter une histoire d’amitié entre Jean-Michel et Alexis, nous voulions aussi montrer ce qu’on trimballe naturellement. François-Xavier, c’est un peu son histoire d’ancien homme d’affaires, banquier-fiscaliste, reconverti à la connerie, que tout le monde connaît et qu’il trimballe aujourd’hui avec lui. Il a toujours ce côté-là : il dirige un théâtre, il une marque de vin, il écrit un livre… Il y a quelque chose de l’homme pressé chez François-Xavier. Et moi, je trimballe un côté lunaire, terrien, presque agricole de l’éducation ou de la poésie foireuse, vaguement philosophe décalé. Nous construisons au plus proche pour rester le plus facilement sincère. C’était une démarche.

Vincent Solignac est très fort pour ça. C’est rare d’avoir des auteurs qui écrivent pour nous comédiens que, par bonheur, puisque moi aussi j’avais la casquette d’auteurs, je n’allais pas me priver d’écrire du sur-mesure. […] Dès lors, le personnage d’Alexis, nous l’avons construit assez près de ce qu’avait vécu François-Xavier dans sa vie. Après le 11 septembre, il revient à Bruxelles et change de vie. Deux ans plus tard, il est nominé comme Meilleur Acteur pour « Coluche ». Cet AVC, qui est de prime abord un accident négatif, va se révéler être une bonne chose.

On apprend effectivement qu’il est coincé entre son devoir et ses rêves… Il y a un message fort derrière ce téléfilm.Il y a quelque chose chez Jean-Michel d’un enfant qui n’a pas tout à fait grandi et, chez Alexis, d’un adulte qui est passé à côté de son enfance, qui a oublié d’être un enfant. C’est en cela qu’Alexis et Jean-Michel sont complémentaires. Ils s’apportent quelque chose. Cette fable-là me plaisait beaucoup à raconter, ce côté « pour être un adulte convenable n’oublie pas que tu as été un enfant ». Il y a beaucoup de merdes qui arrivent à l’échelle familiale ou géopolitique à cause de gens qui ont oublié qu’ils avaient été des enfants.

Alexis Berthier va croiser la route du jeune Binou. Une amitié va naître entre eux. Pourquoi avoir intégré ce personnage, attachant au demeurant, dans votre récit ?
Il était là depuis la première écriture, de la première page. C’est la rencontre avec cet enfant, presque surdoué, qui va permettre au personnage d’Alexis de se révéler à lui-même. Il est central. […] Noé Chabbat est exceptionnel ! C’était agréable de tourner avec lui. Pas d’angélisme cependant, tourner avec des enfants de 10 à 13 ans, c’était épuisant (rire). Les instituteurs ont beaucoup de mérite ! Heureusement, nous avions un magnifique réalisateur, Ludovic Colbeau-Justin qui a eu l’intelligence d’aller leur voler leur énergie quand elle était encore là. Donc, d’abord tourner sur eux. De fait, lorsqu’il arrivait sur nous, ça fait 4h qu’on leur donne la réplique derrière la caméra et nous n’en pouvons plus (rire). En même temps, c’est bien ainsi et nous n’allons pas nous plaindre. Ce fut pour le meilleur et pour le pire, une magnifique cours de récréation.

De votre côté, vous incarnez Jean-Michel Delcourt, professeur atypique. Encore un ! Parles-nous de ce personnage et de ce qu’il vient dénoncer.

Alexis dit que Jean-Michel « est le Bernard Lavillier de l’éducation » avec ses boucles d’oreilles. C’est un professeur qui a quitté son bled pour partir faire le tour du monde afin de ne plus avoir sous les yeux cette histoire d’amour qui naissait et grandissait entre Alexis et Adèle (Julie Gayet). C’était ça ou il pleurait toute sa vie. De fait, Jean-Michel se vit comme un grand aventurier. Il a travaillé dans des favelas et il a ramené ses techniques d’éducation qu’il s’est inventées autour du monde et les met aujourd’hui au service de la petite enfance dans une école de campagne. C’est un point commun avec Rousseau, (La faute à Rousseau), ils sont tous les deux obligés de revenir enseigner dans l’école de leur enfance. Je viens de m’en rendre compte. Il ramène une forme de liberté où l’enfant est au centre de la pédagogie.

Il ne s’agit pas de délivrer une matière aux enfants, mais de leur donner envie d’apprendre et de savoir ce qu’ils ont envie de devenir. Jean-Michel est aussi un professeur proche de la nature. […] Il se fait tirer par les cheveux par Alexis, le remet dans le droit de chemin, car Jean-Michel donne beaucoup de leçon, c’est une personne content de lui sur son côté « aventurier ». Et c’est toujours amusant à jouer.

« Ludovic, le réalisateur, a utilisé une réalisation sobre au service de la tendresse »

Le téléfilm allie parfaitement drame et comédie. J’aime demander aux scénaristes comment ils parviennent, à l’écriture, à combiner les deux genres. De quelle façon vous y êtes-vous pris ?
Je vais vous faire une réponse simple : c’est parce qu’il y a un auteur belge dans la bande. Nous avons une spécialité, celle de trimballer à la fois le rire et les larmes, nous sommes grands spécialistes en rire d’enterrement. Nous ne prenons pas notre propre mort au sérieux. Ça fait partie des combats que j’ai eu pour que la comédie et la gravité puissent exister au même moment. Dans la vie, l’un n’empêche pas l’autre. Et l’un arrive souvent avec l’autre. Nous pouvons hurler de rire alors que nous sommes en plein deuil. Une peau de banane peut surgir dans une journée de dépression profonde. […] Et le réalisateur été aussi dans ce combat-là. Ça aurait pu devenir une comédie « pouet-pouet » mais grâce à toute une équipe soudée, nous sommes parvenus à en faire une comédie familiale grave et drôle. Ludovic a été extraordinaire. Sa réalisation n’est jamais redondante avec la situation. Ce n’est pas parce qu’il y a une situation de comédie qu’il faut commencer à faire des effets de caméras qui soulignent « Attention, il faut rire ici ». Au contraire. Il a utilisé une réalisation sobre au service de la tendresse, au service des histoires d’amour et d’amitié, à l’intérieur desquelles la connerie peut exister.

« Le Nouveau », le 21 décembre sur M6.

Synopsis :
Alors que sa société de transports routiers est au bord de la faillite et que sa femme lui a demandé de quitter la maison, Alexis Berthier est victime d’un AVC qu’il croit sans conséquences, mais il s’aperçoit rapidement qu’il ne sait plus lire, ni écrire. Pour ne pas risquer de tout perdre en se présentant diminué devant ses collaborateurs, sa femme, Adèle et sa fille, Mathilde, il décide de se rééduquer dans le plus grand secret. Il reprend le chemin de l’école primaire et renoue avec son ami d’enfance : Jean-Michel Delcourt professeur des écoles à Coursan, leur village natal.

Alexis devient « le nouveau » de la petite école de campagne à classe unique qui va du CP au CM2. Ce retour au monde de l’enfance, le bon sens de Binou son nouvel ami de dix ans, et les méthodes originales d’enseignement de Jean-Michel vont bouleverser la vie d’Alexis, l’obliger à se remettre en question et réinventer sa vie professionnelle et amoureuse.

Casting : François Xavier-Demaison, Charlie Dupont, Julie Gayet, Noé Chabbat, Eleonor Le Pessot Colin, Emma Dupont, Justine Viotty, Mathilde Wambergue…

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