Édouard Pluvieux réalise « 14 jours pour aller mieux », une comédie vaudevillesque et truculente à l’orée entre la comédie sociale et la comédie dramatique. Un film qui s’amuse des clichés pour mettre en évidence une multitude de problèmes sociétaux, sans étouffer le spectateur. Brillant dans son approche, amusant dans sa forme, « 14 jours pour aller mieux » est certainement ce qui se fait de mieux en comédie française.
On est chez les tarés ?
Max (Maxime Gasteuil) est un cadre ambitieux et cartésien. Il ne pense qu’à sa carrière et à son futur mariage avec Nadège (Anne Serra), la fille du patron. Au bord du burn-out, il est embarqué de force par son beau-frère (Romain Lancry) et sous la menace de sa fiancée dans un stage de bien-être afin de se libérer du stress et de la pression. Un cauchemar pour Maxime qui va être confronté à des stagiaires lunaires. 14 jours au cours desquels ses principes et préjugés vont être soumis au régime de la zénitude et de la bienveillance.
Tandis que les burn-out sont de plus en plus fréquents dans un modèle de société où le travail et la performance priment sur le bien-être, où nous sommes constamment accrochés à notre téléphone, le sens de la vie s’oublie, s’efface, pour ne laisser que des êtres brisés. Le cinéma s’est interrogé logiquement sur ce fléau. Que ce soit « Hommes au bord de la crise de nerfs » d’Audrey Dana, « Ailleurs si j’y suis » de François Pirot ou encore « Adieu les cons » d’Albert Dupontel, la comédie française s’est donc naturellement emparé de ce phénomène ces dernières années, afin de questionner notre rapport au monde du travail, à ses absurdités, à son engrenage infernal. Dans ce mouvement, « 14 jours pour aller mieux » dépeint un héros broyé par l’envie de réussite, par le désir de s’extirper de sa condition, par l’appétit de rêver plus haut, jusqu’à en oublier l’essentiel : vivre. Et au travers de la comédie, le réalisateur Édouard Pluvieux réussit son pari : faire rire au dépend d’un héros à l’image de beaucoup de jeunes entrepreneur, en le confrontant à des personnages totalement décomplexés et libérés de ce système. Avec ses deux co-auteurs, Lionel Dutemple et Maxime Gasteuil, Edouard Pluvieux compose une narration remarquable, entre la cocasserie et la farce, et s’amuse avec tous les clichés du genre pour soulever les maux de notre société ainsi que les mal-êtres, souvent profonds, qui rongent de l’intérieur. Car si certains ne sont pas accros au travail comme Max, les autres membres du stage sont bel et bien minés par des problèmes intimes tout aussi importants, reflets d’une société malade et contraignante.

Autour de Maxime Gasteuil et Romain Lancry – duo exceptionnel avec un rythme d’une précision dingue – gravite une multitude de seconds rôles parfaitement caractérisés. Ils apportent au récit une force comique inépuisable et offrent alors des moments d’humour aussi surprenants qu’innatendus (peut-être gâchés par une bande-annonce trop gourmande) qui s’accumulent parfois avec des runing-gags désopilants. Surtout, et c’est souvent le souci des films choraux, personne n’est jamais laissé sur le bord de la route, notamment grâce à une mise en scène dynamique qui les laisse exister.
Ainsi, lorsque les personnages principaux sont au premier plan en pleine discussion, il n’est pas rare d’apercevoir en arrière-plan, un autre membre du groupe réaliser une action comique (corde à sauter, canoë kayak…). Cela renforce aussi l’idée d’un vrai film de groupe et la sensation d’être véritablement au cœur d’une retraite, où tout le monde co-existe. En somme, un authentique vaudeville dans lequel chaque rôle est important.
Des problèmes de « clitoris », à la bourgeoise déprimée, en passant par le faux prophète et le dragueur lourdingue, « 14 jours pour aller mieux » dévoile une palette de protagonistes hilarants et sensibles, détonants et émouvants, disjonctés mais profondément humains. Le tout porté par des comédiens (Estéban, Rosa Burstein, David Salles, Nader Boussandel…) exemplaires et justes.
De son côté, Zabou Breitman campe une cheffe de stage sans filtre – pour le plus grand bonheur de la comédie – au côté d’un Lionel Abelanski tendre et attachant. Et quel bonheur de revoir Bernard Farcy – trop rare au cinéma ces dernières années -, lui qui a bercé la jeunesse de beaucoup d’entre nous au début des années 2000 dans la saga des « Taxi ». L’ex-interprète du Commissaire Gilbert possède une puissance comique redoutable, qu’il délivre ici dans le rôle d’un père de famille survitaminé.
Les apparitions de guests ne sont en pas reste. Là aussi, ce sont des pièges tendus aux comédies. Toutefois, le film est d’une parfaite maîtrise dans son approche. Il n’y a aucune volonté de faire apparaître des guests dans le seul but d’intégrer des copains ou des gens dont on apprécie le travail, mais un vrai objectif artistique, à la fois pour bâtir des séquences fortes mais également pour donner au récit une plus grande ampleur comique. Ragnar le Breton, en policier qui rêve d’action à l’américaine, ou encore Redouane Bougheraba, dont la peur d’être tombé dans une secte se transforme en hystérie, ont leur moment de gloire dans deux scènes particulièrement savoureuses de drôlerie. De belles idées, une mise en scène calibrée et des comédiens investis, la clé d’une apparition réussie !
Conclusion
Comédie d’une rare intensité comique, « 14 jours pour aller mieux » séduit surtout par ses personnages attachants et tordants – sublimés par une réalisation récréative -, au centre d’une histoire rocambolesque rondement menée. Drôle certes, mais un film qui ose aussi, qui s’autorise toutes les folies et nous embarque sans peine dans ses extravagances et ses transgressions. Un vrai moment de comédie !
« 14 jours pour aller mieux », le 6 mars au cinéma.
Synopsis :
Maxime, cadre ambitieux et cartésien, ne pense qu’à sa carrière et à son futur mariage avec Nadège, la fille de son patron. Au bord du burn-out, seul à ne pas s’en rendre compte, il se retrouve embarqué par son futur beau-frère Romain au beau milieu de son pire cauchemar… Un stage de bien-être encadré par Clara et Luc, un couple de « clairvoyants », avec des stagiaires plus lunaires les uns que les autres.14 jours pour aller mieux, au cours desquels ses principes et préjugés vont être soumis au régime zénitude et bienveillance !
Casting : Maxime Gasteuil, Romain Lancry, Zabou Breitman, Bernard Farcy, Chantal Ladesou, Mihel Boujenah, Anne Serra, Estéban, Rosa Burstein, David Salles, Nader Boussandel, Lionel Abelanski, Ragnar Le Breton, Redouane Bougheraba…

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