[CRITIQUE] – SUR LA BRANCHE : DAPHNÉ PATAKIA ET BENOÎT POELVOORDE, UN DUO OBSESSIONNEL

Avec Sur la branche, la réalisatrice Marie Gavel-Weiss dessine le portrait d’une rencontre entre deux êtres humains imparfaits et obsessionnels et, dépeint à travers eux, toute la beauté des rencontres humaines hasardeuses. Un film organique, puissant et véritablement émouvant.

Synopsis :
Mimi a presque trente ans et rêve toujours à ce qu’elle pourrait faire quand elle sera grande. Alors qu’elle se décide à chercher du travail, elle fait la connaissance de Paul, un avocat sur la touche. Ensemble ils vont tenter de défendre Christophe, un petit arnaqueur qui clame son innocence. Si Paul voit dans cette affaire un moyen de se refaire, Mimi y voit, elle, une mission, un chemin vers la justice et la vérité.

« Je suis coincée à l’intérieur de moi-même… […] J’ai peur de la vie » prononce le personnage de Mimi (Daphné Patakia) enfermé dans les toilettes de Paul, un avocat en perdition. Alors qu’elle est venue chercher un dossier important chez lui pour le compte de son ex-femme, Mimi dévoile toute sa sensibilité mais aussi son caractère obtus et filou. De cette séquence, la cinéaste Marie Gavel-Weiss met en place un concours de circonstance digne des plus belles histoires de cinéma. Il y a dans cette scène, tout le sel des coïncidences de la vie et tous les ingrédients d’une introduction efficace : caractérisation des personnages, enjeux dramatiques, attachements émotionnels, affrontement entre deux caractères et personnalités opposées. Au fil de la narration, tous ces éléments se mêlent pour atteindre un paroxysme scénaristique que Marie Gavel-Weiss a su quadriller d’une écriture intelligente et raffinée.

Et quelle bonne idée que ce duo, tout en contraste. La nonchalance de Daphné Patakia, sa fragilité et sa force obsessionnelle qui la pousse à agir avec toute son humanité (parfois de façon disproportionnée, certes) épouse merveilleusement le caractère bougon d’un Benoît Poelvoorde casanier et outrancier, forcé de suivre cette jeune femme dans un périple pour la bonne cause. Les visages aussi, si nuancés, si différents et si proches à la fois dans leur espoirs et leurs douleurs. Celui de Daphné Patakia, presque fermé mais dont les grands yeux brillent d’intensité, de fureur et d’intelligence, est le reflet contraire du visage de Benoît Poelvoorde, sarcastique et truffé de tics d’une drôlerie absolue. De ce duo étrange se dégage finalement les mêmes angoisses et les mêmes obsessions : une peur de l’échec, un peur de l’abandon, une peur de la vie. Dès lors, il y a dans leur rencontre improbable, une amitié, une tendresse qui se noue au travers cette enquête complexe, une légèreté joyeuse que l’écriture de Marie Gavel-Weiss et de ses scénaristes enjolive d’un humour croustillant, fin, de situations cocasses et d’une touche saisissante d’émotions. Une rencontre où l’ex-avocat finira par être conquis par la « folie » charmante et excessive de Mimi, au point d’assumer lui-même sa propre fantaisie et d’embrasser ses propres excès, trop longtemps enfermé par un monde qui vous contient de toute imagination. Au point de se jeter à l’eau. Littéralement. Comme une renaissance. Comme un besoin irrésistible de changer de vie. La mer est le lieu de la confrontation entre la vie et la mort. Ce sont donc deux êtres à la croisée des chemins, morts jusqu’à présent, professionnellement et médicalement, qui renaissent. Ou plutôt, qui acceptent enfin d’être ce qu’ils sont.

Sur la branche est un objet cinématographique rare. Un cinéma « tranche de vie » – comme le récent Chien de la Casse de Jean-Baptiste Durand – où l’on suit des protagonistes sur une courte période de leur vie avec tout ce que cela implique de beau, de perturbant, de captivant.
Dans la mise en scène, les influences sont multiples. Entre une réalisation style Nouvelle Vague et la symétrie des cadres d’un Wes Anderson (voir image ci-gauche), Marie Gavel-Weiss s’octroie la liberté des genres dans un melting-pot soigné, précis et audacieux.

Sa caméra est douce, à l’image de son récit, de Mimi et de Paul, de sa morale et ce qu’elle dit de nous. Elle filme ses deux héros avec autant de délicatesse que d’amour pour Mimi et Paul, en virevoltant au gré d’une aventure qui changera leur vie à tous les deux. La caméra en guise de caresses, pour inciter le spectateur à les aimer, pour inviter le public à se plonger dans leur regard et à se retrouver dans leur histoire personnelle. Et ça fonctionne. On se prend d’affection pour ce duo attendrissant, un authentique duo de cinéma, où le principe simple du tandem se transcende en une alchimie envoûtante.

Conclusion

Petit bijou du 7ème art, Sur la branche est un délicieux moment de cinéma. Porté par un duo de comédiens surprenants et attachants, le film de Marie Gavel-Weiss pimente la banalité en une fantastique course contre-la-montre et la résolution d’une affaire mettant en scène un Raphaël Quenard qui continue de s’afficher comme un des grands acteurs de sa génération. Aussi pur qu’impulsif, Sur la branche est une belle preuve que les parcours libérateurs (du corps et de l’esprit) sont indissociables des histoires touchantes.

Sur la branche le 26 juillet au cinéma.