LE CAPITAINE CINEMAXX A VU UN AUTRE CAPITAINE * SPOILERS *
Depuis Doctor Strange en 2016 – et sans prendre en compte Avengers : Infinity War – je dois bien avouer, à mon grand désarroi, que Marvel Studios ne me fait plus rêver.
Spider-Man : Homecoming et Ant-Man & The Wasp étaient plaisants mais trop linéaires dans leurs compositions scénaristiques et bien trop fades dans leurs compositions scéniques pour être exaltants, Black Panther n’avait misé que sur son casting pour rentabiliser ses dépenses (et ça a marché !), au dépend d’un vrai propos politique tandis que le tournant humoristique de Thor : Ragnarok avait fait perdre toute crédibilité au Dieu de la Malice et au Dieu du Tonnerre, une stature divine que retrouvera, malgré tout, Thor, dans Infinity War. Merci aux frères Russo !
J’attendais donc avec impatience Captain Marvel, d’autant plus depuis un certain post-générique avec Nick Fury. Cependant, à force de présenter Captain Marvel comme la sauveuse de l’Humanité, on en devient forcément plus exigeant.
La femme la plus puissante de l’univers avait le devoir de nous faire saliver, de nous prouver qu’elle allait être à la hauteur des enjeux d’Avengers 4. Et pour ma part, ça n’est pas tout à fait le cas…
Un marketing oppressant
Là où Infinity War avait une communication maîtrisée, ne laissant entrevoir qu’un fragment infime de l’intrigue, allant même jusqu’à intégrer de fausses séquences (cf. les héros courant dans la forêt du Wakanda) et mentir sur certaines images (cf. le nombre de pierres sur le gant de Thanos face à Captain America), Captain Marvel est l’exact opposé.
Affiches en tout genre, bandes-annonces/spot TV à foison, featurettes, figurines pop révélant les réelles identités des personnages, au final, la quasi-totalité du film avait été spoilé, avec ça, difficile de surprendre.
Ce marketing poussif n’augurait donc rien de bon et je pressentais une production moyenne, à l’instar d’un Homecoming ou d’un Black Panther alors qu’avec une attente si forte autour d’un personnage, il fallait justement mettre le paquet et être plus subtil. Toutefois, l’envie de dévoiler au monde la première femme super-héroïne capable de vaincre Thanos lui-même, a pris le pas sur la raison, au point de déployer des banderoles : « Hé ! Regardez comme notre héroïne est badass, indépendante et forte ! ».

Captain, Ô mon Captain !
Et je ne me suis pas trompé. Captain Marvel est ce qu’il est là, un film introductif, sans ambition, sans enjeu majeur (coucou Ant-Man & The Wasp), au scénario décousu et aux dialogues écrits par un enfant de 2 ans, des dialogues superficiels à la limite de la caricature, à l’image des postures super-héroïques, au ralenti, de Brie Larson. Ridicule !
Bien-sûr, le film est divertissant, mais divertissant, ça ne suffit pas. Avec un budget de 152 millions de dollars, le spectateur est en droit d’attendre des intentions de réalisation plus abouties, une mise en scène plus folle, à l’image des Gardiens de la Galaxie (au budget quasi identique) qui, au moins, proposait des séquences d’actions marquantes avec une démarche esthétique sincère (cf.la rencontre/course-poursuite des Gardiens sur Xandar) ainsi qu’une véritable petite guerre sur Xandar en guise de bataille finale, colorée, vive, intense, avec ces vaisseaux de la Nova Corps s’emboitant pour faire bouclier/rempart au vaisseau de Ronan. Sublime !
Si je prends cette comparaison, c’est parce que Captain Marvel nous vendait « une guerre intergalactique entre deux races extra-terrestres », les Kree et les Skrulls, et qu’on a le sentiment de s’être fait arnaqué. En effet, le film esquive, se déroulant intégralement sur Terre, pour échapper à un travail trop compliqué. Cela limitant également les propositions sur les scènes d’action, notamment sur le conflit opposant les Kree et les Skrulls.
J’en demande peut-être trop, j’en suis conscient. Mais l’exigence doit primer sur la simple excitation de voir enfin un film de super-héroïne chez Marvel Studios. Lorsqu’on voit les scènes d’action de Captain Marvel, amateurisme est le premier mot qui vient à l’esprit.
Le film Marvel Studios ne dégage aucune ambition artistique et chorégraphique (cf. la scène du train, montée avec les pieds au passage) en plus d’un manque d’imagination (cf. la scène course-poursuite dans le désert entre Minn-Erva et Maria un copier/coller de Star Wars ou d’Independence Day, vive l’originalité !), est frustrant.
Peut-être le souci vient-il de la surpuissance du personnage. Comment mettre en scène une héroïne pratiquement invincible ?
Le scénario s’adapte. Si les scènes d’action étaient trop prévisibles en cas de conflit majeur, on le voit dans la séquence finale où cette dernière est capable de détruire une flotte entière de vaisseau (les Avengers n’ont donc aucun souci à se faire si Thanos réunit une armada de vaisseaux spatiaux), les scénaristes ont préféré miser sur une histoire humaine, pour échapper à ces séquences donc, qui n’auraient aucun intérêt. Néanmoins, cette histoire de famille manque de nuance est laisse sous entendre que les Kree sont les méchants et les Skrulls les gentils. Aucune nuance, tout est très manichéen. De plus, lorsqu’on a lu la Guerre Kree-Skrull et surtout Secret Invasion, on est forcément déçu du dénouement final. Les fans attendaient énormément des Skrulls et leur capacité à se métamorphoser, est une certaine déception peut être ressenti à ce niveau-là car, comme toujours, il faudra attendre un second opus pour obtenir les vrais prémices d’un affrontement entre les deux espèces.
Le côté surpuissant du personnage soulève aussi un autre problème, celui de l’identification.
Le point d’orgue d’un film, c’est son dernier acte, vous le savez. Voir un héros en difficulté, au bord de l’épuisement physique et moral, surmonter sa douleur et sa peine pour vaincre son ennemi, c’est palpitant et c’est ici que la tension dramatique atteint son paroxysme ou que le côté jouissif prend le dessus. Captain Marvel nous prive de ça, sous couvert d’une forme d’invisibilité, teintée de féminisme à deux francs six sous.
Mais pourquoi la femme la plus puissante de l’univers ne pourrait-elle pas avoir des failles physiques ? Pourquoi n’y a-t-il pas un ennemi capable de rivaliser avec elle (homme ou femme) ? C’est cela qu’on proposera à l’avenir dans Endgame ou Captain Marvel 2 et 3 ? Des longs-métrages sans enjeu car le féminisme interdit à une héroïne d’être faible dans les blockbusters de ce genre ? D’autant qu’il est plus difficile de s’identifier à ce type de personnage, qu’à une Black Widow, dont la vie est suspendue à un fil, à chaque combat qu’elle entreprend.
Carol Danvers a, bien entendu, un aspect humain et son amnésie la rend vulnérable aux yeux du public, mais ce n’est qu’une partie minime, très mal gérée au demeurant, peu crédible, car cette amnésie ne fait jamais d’elle une personne fragile, au vu de ses pouvoirs sans limite, qui compensent largement ce manque. Elle le sait, elle en joue et les rares moments d’émotion n’ont alors plus le même impact émotionnel.
Du féminisme ? Où ca ?
C’est parti pour se pignoler devant le grand féminisme ! Wonder Woman avait déjà eu son lot de phrases idiotes : « c’est un grand film féministe, Diana est arrogante, désinvolte et lance des pics aux hommes. » et c’est reparti avec Captain Marvel. Mais franchement, est-ce que les femmes ne méritent pas mieux que ces histoires de super-héroïnes bas de gamme ? Si je suis heureux que les choses bougent enfin, il faudrait penser à leur donner des rôles qui vont au-delà de certains clichés comme le présente souvent le film d’Anna Boden et Ryan Fleck.
Exemples. S’émanciper de son mentor, en refusant le combat et lui chargeant un rayon en pleine poitrine, ce n’est pas ce que j’appelle une émancipation mais une facilité scénaristique. Eviter l’affrontement est, en effet, un moyen de ne pas mettre en scène une héroïne faible, car, à mains nues, elle aurait sûrement été plus vulnérable (et donc moins attrayante ?). Faire prendre des postures à Brie Larson au ralenti, avec un air soi-disant cool, ça ne donne pas une image forte et indépendante de la Femme, c’est simplement risible.
Captain Marvel/Nick Fury
Comme tout le monde semble s’émerveiller sur le duo Captain Marvel/Nick Fury, je me permets d’y ajouter mon petit grain de sel. Si, effectivement, une certaine alchimie semble émaner de leur duo et qu’un dynamisme indéniable donne du peps à des scènes qui sont plutôt fadasses, je voudrais souligner l’insupportable jeu d’acteur de Samuel L. Jackson qui continue, inlassablement, de s’auto-caricaturer, jouant perpétuellement sur le même registre, sans une once de profondeur.
Quant à Brie Larson, cette dernière a encore du mal à croire qu’elle incarne un personnage si puissant et son interprétation est quelque peu risible, notamment ses expressions du visage, quand elle prend des postures badass (il y en a d’ailleurs beaucoup, beaucoup trop dans le film), elle a un charisme indiscutable, un potentiel à exploiter.

Miaou !
Goose est l’élément comique du show et, personnellement, il ne m’a pas dérangé outre mesure, comparé à quelques critiques, dont la présence leur a été insupportable.
Cela me permet une petite transition sur l’humour du film. Chaque Marvel a ses répliques, ses comiques de répétitions ou de situations, Captain Marvel n’y échappe pas. Toutefois, c’est peut-être un des rares Marvel dont l’humour est mal exploité, mal maîtrisé.
Pour en revenir à Goose et l’œil de Nick Fury, la désillusion est énorme. C’est peut-être l’une des situations comiques les plus bêtes (sans jeu de mot !) de l’histoire du MCU et enlève désormais toute crédibilité au personnage de Fury, dont l’incident ayant provoqué cette perte oculaire n’est pas d’origine héroïque. Plus la peine de jouer les mecs mystérieux et ultra-sérieux, tu n’es plus crédible mec !
En conclusion, Captain Marvel reste un produit formaté, qui n’a pas l’ambition d’un Gardiens de la Galaxie ou le courage d’un Doctor Strange, aux enjeux si peu captivants que le film en devient ennuyant.
Un Jude Law, inégal voire absent, des personnages secondaires (La Team de Yon-Rogg, Ronan, Coulson…) rebouter au rang de simples figurants et donc sous exploités, une héroïne tellement puissante qu’on finit par se détacher d’elle et des effets spéciaux parfois immondes (3 semaines après Alita : Battle Angel, ça pique les yeux), Captain Marvel est une déception, après une attente si élevée. Restera quelques moments comiques, quelques moments de bravoure et une scène post-générique des plus alléchantes – et je ne parle pas du chat – en somme, des babioles éphémères.

2 commentaires sur “CAPTAIN MARVEL : LE NOUVEAU PÉTARD MOUILLÉ DE MARVEL STUDIOS”
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