LE CAPITAINE CINEMAXX A VU UN FILM PAS BANAL : CONVOI EXCEPTIONNEL * SPOILERS *
Avant toutes choses, je précise, pour les nouveaux lecteurs, que je ne suis pas un grand adepte des comédies françaises et, jusqu’à l’année dernière, je n’en voyais que très peu. Car, force est de constater que lorsqu’on est journaliste cinéma, il faut s’intéresser à la multitude des œuvres offertes par le cinéma, être ouvert d’esprit, ne pas avoir d’a un priori et par conséquent, le cinéma de Bertrand Blier m’était encore inconnu.
La bande-annonce de Convoi Exceptionnel m’intriguait au plus haut point et le film est à l’image de celle-ci : mystérieux.
VIE & MORT
L’univers du film est assez spécial. Convoi Exceptionnel brouille les codes du cinéma, ne s’embarrasse pas d’une grande scène d’exposition afin de présenter les personnages principaux, ne plante jamais réellement le décor, le lieu, l’époque et le film débute alors avec : Je suis Foster, Je suis Taupin, suivons le scénario.
À la frontière entre la vie et la mort, les protagonistes évoluent donc dans un monde étrange, où des questions existentielles les poursuivent : Qu’est-ce que la Vie ? Qu’est-ce que la Mort ? À plusieurs reprises, on pourrait penser que les personnages sont dans une sorte de coma, où ces derniers revivent certains de leurs plus grands regrets (cf. la scène entre Clavier et Lamy) tandis que la scène suivante va nous replonger brutalement dans une réalité vraie (cf. la scène où les auteurs décident de tuer Taupin). Et les exemples de ces « va-et-vient » constants sont nombreux. Cette balade incessante perturbe, dérange, nous précipite dans un imaginaire indomptable, jusqu’à cette fin, où les rôles entre Foster et Taupin sont inversés, brisant l’image qu’on se faisait jusqu’à maintenant, des deux héros.
Bertrand Blier prend d’ailleurs un malin plaisir à déconstruire ces personnages. Outre Taupin et Foster, les protagonistes ne sont jamais définis dans un rôle, il n’y a ni gentil, ni méchant, juste des vagabonds en quête d’histoire, dont les scénaristes s’amusent à attribuer des rôles différents à l’instar de Farid Rahouadj, passant d’une fille paumée, à femme mariée, puis chanteuse de cabaret, avant de finir « assassinée ». Les scénaristes ne sont pas en reste, la showrunneuse, interprétée par Audrey Dana, n’a jamais réellement le contrôle et s’embourbe pas à pas dans une équation inconnue comme si Blier, à travers son film, lui disait d’une manière arrogante : « C’est moi l’auteur des histoires, vous n’aurez aucun répit. ».
Malgré une narration un peu fouillie, des choix scénaristiques sans réponses (pourquoi quelques-uns ont un scénario et d’autres pas ?) et des séquences qui s’enchaînent parfois sans cohérence entre elles, le spectacle n’en reste pas moins jouissif grâce, notamment, à des dialogues savoureux, des répliques à la fois étranges, drôles, tendres, poétiques et dramatiques.
Certaines sont écrites sous forme de monologues (cf. Alexandra Lamy, Foster expliquant pourquoi il est devenu clochard, etc.), d’autres sortent de nulle part (cf. Taupin et ses recettes de cuisine), donnant un charme inqualifiable à ce Convoi Exceptionnel.
Bertrand Blier se permet même une satire du monde de la production, au travers le personnage du producteur, incarné par Guy Marchand. Émouvant.

LE LIBRE-ARBITRE
Si les interprétations du film seront diverses, Convoi Exceptionnel dépeint, selon moi, une problématique métaphysique : notre destin, est-il à l’avance déterminé par le Grand Livre de la Vie (ici symbolisé par les scénaristes) ou, au contraire, a-t-on le libre-arbitre sur notre propre destinée, sur nos propres choix ?
Exemple : Si je suis à une intersection et que je prends à droite, est-ce que cela était déjà écrit ou bien, ai-je choisi ce chemin de mon libre-arbitre ?
Pour Bertrand Blier, il semblerait que nous ayons le choix de nos décisions, c’est en tout cas ce que laisse sous-entendre la longue tirade de Christian Clavier, lorsqu’il explique à Taupin comment ce dernier en est arrivé à dormir dehors ou, comme dirait Depardieu : « J’improvise ».
Car si personne ne rédige les scènes et les actes de notre vie sur Terre alors, nous ne sommes que des improvisateurs, jouant notre propre partition ainsi, rejeter la faute sur une quelconque Divinité ayant le pouvoir sur toutes nos options, serait encore plus risible que d’aller prier pour obtenir des faveurs ou une meilleure vie.
LA CONCLUSION DU CAPITAINE CINEMAXX
Avec Convoi Exceptionnel, Blier déconstruit le cinéma classique, brise le quatrième mur, semble alterner plusieurs réalités dans une seule et même réalité, déboussolant le spectateur sur sa perception de la composition scénaristique d’un film, sur sa vision du 7ème art, de la vie, de la mort, du monde.
Convoi Exceptionnel, c’est une production ambiguë -, le réalisateur sait-il lui-même où il va ? -, toutefois, cette narration bizarroïde en fait une œuvre singulière, qui ne laissera personne indifférent et, le cinéma, c’est aussi ça, sortir le spectateur de sa zone de confort pour l’interpeller, l’interroger. Vous avez dit Inception ?

Votre Analyse est très intelligente et par bien des endroits si juste .
Cela fait du bien . Merci
Merci énormément 😮