M6 a-t-elle trouvé son nouveau héros ? Avec « Brigade Anonyme », Eric Cantona campe Castaneda, un père de famille, ancien mafieux qui, accompagné par des inconnus, résout des affaires de disparitions inquiétantes. Quand la Police manque de temps et de moyens, lorsqu’elle est enfermée dans des procédures trop contraignantes, la Brigade Anonyme intervient. Une série sous haute tension, portée par la caméra dynamique de Julien Seri. Poignant et haletant !
Eric Cantona est Castaneda
« Brigade Anonyme » est librement inspiré de l’histoire vraie de Béor. Après la disparition de sa fille, Béor remue ciel et terre pour la retrouver. Grâce à la puissance des réseaux sociaux et à la solidarité de sa famille, de ses amis ainsi que de parfaits inconnus, il retrouve sa fille quatre jours plus tard, en bonne santé. De sa tragique histoire, il fonde « Les Disparus Anonymes », un collectif qui, lorsque la Police ne peut intervenir par manque de temps ou de moyens, enquête sur les disparitions d’enfants.
Aujourd’hui, M6 s’empare de ce récit effroyable mais plein d’espoir afin de composer sa nouvelle fiction événement, dans laquelle Eric Cantona interprète le rôle de Castaneda, ancien hors-la-loi et père au grand cœur. Un soir, sa fille ne rentre pas à la maison. Tandis que le commissariat est en sous-effectif, il décide de prendre les choses en mains : avec Nass (Arié Elmaleh), son meilleur ami, et Charlie (Marilyn Lima), la surveillante scolaire du lycée d’Alia (Célia Lebrument), il va sillonner la région et enquêter à sa manière.
Le premier épisode de « Brigade Anonyme » reprend ainsi les grandes lignes de ce récit incroyable, et pose les bases d’une fiction engageante, confirmée par un second épisode tout aussi absorbant. Les scénaristes (Déborah Hadjedj-Jarmon, Cécile Berger, Blanche Bigot, Florian Spitzer et Bruno Lecigne) ont conçu des enquêtes simples mais terriblement efficaces. Ils s’autorisent même quelques rebondissements bien sentis, n’allant jamais vers une facilité trop évidente et pour conserver l’essence de ce qui fait notre humanité, à la fois dans sa part la plus obscure et la plus lumineuse.

Habilement, « Brigade Anonyme » tisse, en parallèle, une sous-intrigue mystérieuse. Avec un passé tel que le sien, Castaneda a des ennemis, des ennemis qui semblent lui en vouloir, jusqu’aux forces de l’ordre en la personne de Florence Malherbe (Héléna Noguerra) dont l’intérêt pour lui est troublant. Dès lors, la série tricote, par touches, une histoire plus grande, plus ténébreuse, de laquelle découlent des questionnements qui perturbent autant qu’ils intriguent. Eric Cantona en impose, par ailleurs, dans ce rôle taillé sur mesure pour lui. Dans cette carrure d’homme a priori robuste au caractère insaisissable, implacable, abrupt, des failles se libèrent, et Eric Cantona y dévoile une interprétation délicate, authentique, à l’écoute des victimes.
De leurs côtés, l’hilarant Arié Elmaleh et la comédienne Marilyn Lima (sublime dans « Une sirène à Paris ») apportent une touche de fraîcheur et de légèreté à une fiction souvent dure, et en total opposition à la froideur parfois brute d’un Castaneda, un supplément d’âme qui fait l’atout charme de « Brigade Anonyme ». Ses deux catalyseurs à la tempête qu’est Castenada, séduisent également par leur sensibilité, leur intelligence et leur perspective d’enquêteurs novices. Un joli trio, complété par la présence de Célia Lebrument (Alia Castenada), jeune comédienne brillante. Si elle joue une fois encore « la fille de », elle se démarque néanmoins par un jeu franc et assuré.
La nouvelle réalisation de Julien Seri
Après l’émouvant « Je suis né à 17 ans » et la réalisation de quelques épisodes d’« Astrid et Raphaëlle », Julien Seri est à la tête d’une nouvelle escouade pittoresque. Avec « Brigade Anonyme » Julien Seri dépoussière le genre des enquêtes de disparitions. Avec une caméra (et un montage) énergique, additionnée à une mise en scène envolée à l’image de son héros fonceur et sauvage, le cinéaste parvient à donner une force vibrante et émotionnelle à la narration de ces épisodes. Une force captée à travers l’œil des personnages, qui se démènent par une attitude engagée, au côté d’un Castaneda féroce.

Dans les réalisations de Julien Seri, l’humain est toujours au cœur de ses préoccupations. « Brigade Anonyme » n’y fait pas exception. Sur des productions où les jours de tournage sont comptés, millimétrés, il privilégie la sincérité des émotions, une esthétique de mise en scène authentique, et laisse une place importante à la spontanéité. C’est vivant, naturel et pourtant précis et juste. Et parce qu’un réalisateur et aussi un directeur d’acteurs, Julien Seri sait tirer partie des qualités et des défauts de ses comédiens et, c’est peut-être pour ça que chacune de ses séries est puissante, parce qu’il va au-delà de la technicité pour une approche plus viscérale. Il y insuffle plutôt de la générosité et de l’empathie. Au côté de ses acteurs, « Brigade Anonyme » devient alors une véritable bombe émotionnelle !
Conclusion
Deux épisodes convaincants, inspirés, façonnés par une équipe impliquée. Les scénaristes de « Brigade Anonyme » et Julien Seri offrent à cette histoire vraie une adaptation sobre, intelligente et particulièrement humaine. Portée par des comédiens extraordinaires, la série a toutes les caractéristiques nécessaires pour devenir la prochaine grande fiction d’M6.
Entretien avec Julien SERI
« La vérité, c’est ce qui m’a guidé sur ce tournage »
C’est une série qui a du rythme dans la réalisation et le montage, c’est très dynamique, pas que dans l’action d’ailleurs. « Brigade Anonyme », vous l’avez-voulue ainsi dans une énergie qui évolue crescendo ?
Chaque épisode est timé par un décompte et nous savons que les 72 premières heures sont capitales, avant de retrouver un gamin disparu. Le but était donc de faire une série tendue, sur le fil, pleine d’émotions. La série est toujours sur la brèche, notamment parce que Castaneda est entre le héros et l’ anti-héros. Il fait beaucoup de choses qui lui sont normalement interdites. C’est ce qu’a fait Béor. S’il a réussi à retrouver autant d’enfants, c’est parce que ses méthodes outre-passent parfois la légalité. Si la police doit frapper à la porte, lui il la défonce à coup d’épaules. Nous avons repris ça pour Castaneda. C’est ce qui procure effectivement ce rythme haletant […] J’ai essayé avec le temps que j’avais d’inculquer un souffle. Peut-être pas un ouragan comme sur un « Taken » mais déjà un souffle. Je voulais également que chaque geste, chaque mot, chaque coup donné soit crédible. Que Castaneda soit un vrai héros du quotidien.
Vous portez toujours un regard humain sur vos productions et vos personnages. Avec cette série, ça l’est encore davantage ?
Oui car nous parlons de disparitions d’enfants, de parents déchirés devant l’horreur. J’ai donc tout mis sur l’humain. Nous ne pouvions pas faire « Taken » en termes d’action mais nous pouvions, grâce aux acteurs, nous rapprocher de moments bouleversants de vérité. La vérité, c’est ce qui m’a guidé sur ce tournage.
Vous avez souvent été sur des projets mettant en scène des héros atypiques que ce soit avec Nicolas Valeyre (« Le Remplaçant », Astrid (« Astrid et Raphaëlle ») ou ici Castaneda. Qu’est ce que vous aimez chez tous ces personnages ?

Ils ne rentrent pas dans le moule. Nous sommes dans une société où tout le monde doit être conforme et moi, si tous les héros se ressemblent, ils m’ennuient. J’aime les personnages qui ont des failles, je n’aime pas les protagonistes trop lisses. J’aime quand ça gratte. Avec Cantona, l’avantage, c’est que nous avons ça tout de suite. Le personnage de Castaneda a un passé de voyou, il a fait de la prison. Pourtant, c’est un père aimant, il aime profondément sa fille. Je voulais jouer sur ces contrastes, montrer qu’il est capable de secouer un mec s’il le faut pour retrouver sa fille mais capable, dans le même temps, de s’effondrer en larmes en pensant à elle. Ce sont ces héros-là qui nous touchent le plus, je pense. Derrière la musculature de Castaneda, il y a un cœur. C’est un personnage touchant.
Et comment vous leur « rendez hommage » à travers votre réalisation ?
J’essaie de les regarder avec un regard humain et je ne les traite pas comme des super-héros mais comme des gens normaux capables de par leur volonté de faire des choses incroyables. Je les regarde à hauteur d’homme, même si parfois je me permets un plan contre-plongée après qu’il a réalisé une action folle et que je souhaite le valoriser. Toutefois et avant tout, toujours regarder ces personnages-là à hauteur d’homme. C’est le plus important, d’autant plus pour les rapprocher des téléspectateurs, les faire s’attacher à ces héros, les aider à s’identifier à eux.
Est-ce que vous voyez dans « Brigade Anonyme » une continuité dans votre travail de réalisateur ?
C’est moi qui tient la caméra donc je suppose que oui. Néanmoins, un réalisateur de série ne fait pas SON film. Je le dis toujours, nous ne sommes qu’invités à participer à une aventure, invités à amener notre regard sur quelque chose mais, au final, ce n’est pas notre film. Je travaille pour une chaîne de télé, je travaille pour une boîte de production et, j’essaie de faire en sorte qu’ils soient contents du travail que je vais leur fournir. Si j’avais fait ma série à moi, elle serait peut-être différente. C’est ça qui est intéressant en télévision et que je faisais aussi en publicité, c’est que nous sommes constamment en équilibre entre travailler pour les autres, sans jamais se trahir. Ce n’est pas simple, il y a parfois des concessions qu’il faut faire. J’ai envie de dire que la série à mon ADN mais elle a également l’adn de la production ainsi que de la chaîne.
[…] Je suis un chef-d’orchestre, je fais jouer la partition à ma manière mais ce n’est pas la mienne.
« Gagner la confiance de quelqu’un, ce n’est pas difficile, il suffit d’être honnête »
Vous aimez aussi les grands gaillards. Philippe Bas, Joey Starr et aujourd’hui Eric Cantona. Qu’est-ce qui te touche chez ces acteurs ?
Derrière leur physique imposant, leur voix charismatique, se cachent des mecs d’une gentillesse et d’une sincérité rare. Ce sont des acteurs qui, s’ils sentent que tu les aimes et que tu ne les trahiras pas, te suivront au bout du monde. J’aime tourner avec eux. Et c’est pareil avec les comédiennes avec qui j’ai tourné telles que Isabelle Nanty, Sara Mortensen, Lola Dewaere. Sur un plateau, je peux vous dire que quand Isabelle Nanty parle, tout le monde se tait (rire). Ce sont des femmes qui savent se faire respecter.
[…] Si ces personnes savent que vous serez là pour elles, que vous allez les accompagner et non pas vous servir d’elles, vous gagnez leur confiance facilement. Pour rejoindre ce que je disais tout à l’heure, lorsque je débarque sur une série, je ne fais pas mon film.

Je dois alors les amener dans mon univers à moi. Et quand elles se sentent accompagnées, elles s’abandonnent à vous sans trahir leur personnage. Ces acteurs et actrices savent aussi que je ne viens pas cachetonner comme le font certains. Moi je dis que j’ai la chance de faire ce métier, que c’est un métier incroyable dès lors, je n’ai pas envie de travailler pour cachetonner. Si j’accepte une série, je me défonce. Je me mets au service d’une production et des acteurs. Et j’ai envie de vivre pleinement cette aventure à leur côté. Gagner la confiance de quelqu’un, ce n’est pas difficile, il suffit d’être honnête. Honnête aujourd’hui, c’est presque un gros mot.
Parlez-nous de ta collaboration avec Cantona sur « Brigade Anonyme »…
Nous nous parlons peu. D’un regard, nous nous comprenons. Il y a un côté animal, où nous n’avons pas besoin de parler des heures. J’avais la sensation d’avoir trois boutons, le bouton du volume, le bouton du grave et le bouton des aiguës et j’avais simplement à les manipuler. Eric avait bossé en amont, il connaissait son personnage de Castaneda et il savait où il souhaitait l’emmener. Je prenais en compte ce qu’il me disait, nous faisions les choses ensemble. Je n’impose jamais rien aux acteurs, je les accompagne.
Il y a aussi Arié Elmaleh et Marilyn Lima qui accompagnent Castaneda dans ses enquêtes. Pourquoi ces deux comédiens en particulier ?
Il nous fallait de très bons comédiens et deux comédiens qui n’avaient rien à voir l’un avec l’autre. Sur le papier, Arié et Marilyn, ça ne fonctionne pas. Comme leur première scène au QG. Tout les oppose. C’était donc parfait. Marilyn, c’est une boule d’énergie, c’est un sourire constant. Arié, il sait vous faire rire avec trois fois rien : un regard, un relevé de sourcils, une vanne sortie de nulle part. Il est très fort ! Nous avons l’avantage avec cette série, nous avons des Stradivarius. Mes journées étaient faciles. Avec eux, je n’ai jamais fait d’heures supplémentaires. Je rendais des heures. Ce sont des acteurs incroyables. Tous, y compris Myriam Boye, Héléna Noguerra ou Célia Lebrument. Célia est toute jeune, et c’est déjà une future grande actrice. Elle a une carrière de dingue devant elle. Dans « Syndrome E », elle est sublime.
Vous pouvez retrouver mon interview avec Célia Lebrument ici.
« Brigade Anonyme » le 26 mars sur M6.
Synopsis :
Ancien hors-la-loi, personnalité hors-norme et père au grand coeur, Castaneda n’a pas toujours été du bon côté de la vie. Aujourd’hui, il n’a qu’un seul objectif : donner le meilleur à sa fille. Pour cela, il enchaîne les petits boulots et fait tout pour rentrer dans le rang. Mais quand sa fille disparaît, il s’affranchit des règles pour la retrouver. Les premières heures sont décisives et les commissariats en sous-effectifs alors Castaneda va enquêter à sa manière : entouré de gens comme lui, des anonymes, sans passe-droits ni diplômes, ils vont sillonner la campagne pour traquer le ravisseur. Antisystème, rois de la débrouille et proches des gens, et si Castaneda et son équipe étaient les mieux placés pour la retrouver ?
Casting : Eric Cantona, Marilyn Lima, Arié Elmaleh, Héléna Noguerra, Célia Lebrument, Myriam Boyer…

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