Avant son prochain flm « Qu’importe la distance », le réalisateur Léo Fontaine conclut avec « Jeunesse, mon amour » un arc de plusieurs œuvres sur la jeunesse et l’amour. Au cœur d’une maison d’enfance de l’un d’entre eux, 7 jeunes adultes, anciens camarades de lycée, tentent de raviver les liens et l’esprit de leur groupe. Un après-midi où les souvenirs mais également les non-dits refont surface. Un film sur la nostalgie et les amitiés perdues, poignant !
Les amitiés sont-elles vouées à disparaître ?

Ils étaient meilleurs amis au lycée et ont aujourd’hui 25-30 ans. Leur route se sont séparés, chacun ayant désormais fait sa vie de son côté. Lorsque Dim (Dimitri Decaux) décide de vendre la maison de ses parents, il réunit sur place tous ses anciens camarades pour passer un ultime moment ensemble, en souvenir du bon vieux temps. Un dernier round nostalgique, émouvant, où nous assistons en premier lieu à de tendres retrouvailles et à quelques anecdotes charmantes sur la création de leur groupe et des événements clés de leur amitié. Des tranches de vies racontées en pagaille, entre chahut et sourires, entre éclats de rires, vérités et révélations. À tour de rôle, les membres du groupe se confient sur leur nouvelle vie dans un tourbillon de dialogues vivants, dansants, puissants, parcourus par une mélancolie lancinante, celle du passé.
Au fur et à mesure que les confessions alimentent les échanges, d’autres, à l’image d’Alban (Yves-Batek Mendy), toujours amoureux de sa belle Lila (Manon Bresch), en couple aujourd’hui avec Matt (Mathieu Lucci), s’engouffre dans une tristesse solitaire, dans la vision d’un futur qu’il aurait pu posséder. Une amertume d’autant plus profonde et déchirante qu’Alban et Manon étaient jadis le Roi et la Reine du lycée. Car le film est aussi une histoire d’amour non-résolue, une histoire d’amour inachevée entre deux êtres qui sont aimés passionnément, au point que cette affection fut immortaliser sur leur peau, laquelle trouvera son dénouement dans un final viscéral de larmes et de dilemmes…

Tout bascule dans la seconde partie du film, qui se déroule lors d’une balade en forêt. Tandis que le chien de Dim s’égare, et qu’une énorme engueulade met à mal la petite troupe déjà fragile, chacun part de son côté ou forme un duo pour retrouver l’animal. Les amitiés sont alors mises à rude épreuve, réduisant le récit à une question simple : après plusieurs années, peut-on de nouveau recréer des liens forts de fraternité, malgré les rancœurs, malgré les colères, malgré non-dits ? Et que faire lorsque les sentiments amoureux sont encore imprégnés, gravés au fond de vous ? Une balade sous forme d’exploration intérieure et d’observation que la réalisation transcende par des choix audacieux. Parce que les visages sont le moteur essentiel de la transmission des émotions, et que les regards en disent davantage que les mots, le cinéaste utilise le gros plan pour véhiculer les pensées de ses héros, des plans souvent fixes accompagnées par des silences.
Des silences tantôt introspectifs, tantôt pesants, tantôt bouleversants. Notamment dans ce dernier acte, où la résolution d’un triangle amoureux tragique passe d’abord par les yeux.
Il y a également une photographie, des cadres sur la nature quasi oniriques, réalisés à l’unisson de ce qui habite les personnages à l’instant T.
Conclusion
Léo Fontaine filme cette jeunesse avec simplicité mais une poésie visuelle éclatante, renforçant l’authenticité des échanges ainsi que la véracité et la beauté des sentiments éprouvés. Une histoire d’amitié et d’amour parfaitement retranscrite, qui nous plonge aussi dans la réminiscence de nos propres souvenirs d’adolescent et nous confronte à un ressenti que nous avons tous vécu, l’éloignement et la perte d’amis/amies après le lycée.
« Jeunesse, mon amour » est une déclaration passionnelle au passé qui, bien que le dénouement ne soit pas ce qu’on avait imaginé, nous a néanmoins fait vivre des expériences inoubliables et a forgé ce que nous sommes. Un film comme un état des lieux qui trouvera un écho en chacun de nous.
« Jeunesse, mon amour », le 8 mai au cinéma.
Casting : Manon Bresch, Matthieu Lucci, Dimitri Decaux, Yves Batek Mendy, Clémence Boisnard, Inas Chanti, Victor Bonnel, Johan Heldenbergh…
