Les comédies musicales en France se font rares, et voilà que surgit de l’hiver 2024 « Joli, joli », un long-métrage du genre signé de l’auteur-compositeur-réalisateur Diastème. Au cœur de cette comédie musicale, une histoire d’amour entre une star montante du cinéma, interprétée par la chanteuse Clara Luciani et un écrivain fauché, incarné par l’acteur William Lebghil. Un duo étonnant, tendre et émouvant qui donne envie d’aimer !
La vie en chanson
Un soir d’hiver, une jeune star du 7ème art rencontre un écrivain en panne d’inspiration dans un bar. C’est le coup de foudre. Mais les circonstances de la vie, personnifiées disons-le clairement par Laura Felpin, les séparent. Jusqu’au jour où un producteur de cinéma (José Garcia) demande à cet auteur qui a tout perdu de lui écrire un film, une histoire d’amour dont la tête d’affiche sera celle qu’il a aimé.
Scénario classique de la comédie musicale romantique mais raconté avec des atouts qui englobe le film d’un charme irrésistible. Que ce soit la caractérisation des personnages, attachants et d’une tendresse dans ce que l’être humain a de plus beau, ou ce que le film raconte d’une époque aussi éclectique, colorée mais également difficile pour la condition des femmes ou des LGBT, « Joli, joli » a la puissance émotionnelle des grandes œuvres musicales. Il y a, au sein de récit, une fable à la condition humaine particulièrement belle, celle d’une quête de l’amour parfois complexe, douloureuse et tragique. Tous les amours y sont représentés : les âmes sœurs, les amours soudains (cf. José Garcia et Jeanne Rosa), les amours impossibles (cf. Vincent Dedienne / Grégoire Ludig), dans ce grand spectacle foudroyant de rires, de larmes et surtout de musiques. Car qui dit comédie musicale, dit musique.

Pour orchestrer la bande-originale de « Joli, joli », la production a fait appel au compositeur césarisé, Alexandre Beaupain. Il signe des titres qui illustrent en miroir les situations que vivent les personnages et traduisent leurs émotions intimes avec une grande justesse entre mélancolie, douceur et angélisme (cf. la scène où Clara chante sous la neige est une séquence irréelle de beauté). Parfois, on y retrouve des chansons portées vers l’humour comme celle chantée par Thomas VDB au début du film. Un régal !
Une bande-originale aussi enivrante que vibrante, où Alexandre Beaupain a su capter toute la fragilité de l’âme humaine, sa sournoiserie autant que sa nostalgie, ses contradictions autant que sa volonté d’aimer et d’espérer.
Côté réalisation, Diastème et son équipe (déco, costume…) sont parvenus à donner vie aux années 70 dans un film chargé de couleurs et de vie. Au cœur de cette représentation picturale, les couleurs, notamment des costumes, ont les rôles de synonymes et permettent ainsi, au premier regard, de saisir instantanément la personnalité de tel ou tel personnage. « La La Land » avait ce don, « Joli joli » l’a aussi, ce pouvoir de dévoiler le caractère d’un protagoniste, son état émotionnel ou sa position dans le film. Sorte de carte d’identité imagée.
S’il y a beaucoup de fantaisie sur les couleurs (décoration, costumes, lumières…), la mise en scène, elle, est rigoureuse. Des plans cadrés, quasi-géométriques, aux inspirations Andersoniennes, qui apportent une nuance et font un parallèle antinomique entre l’ordre à l’image et le chaos intérieur de l’être humain, des héros et héroïnes du long-métrage. Une rigidité désordonnée, sublimée par une mise en scène pointue sur le déplacement des personnages dans lequel chaque geste, chaque position dans l’espace est donc choisi avec soin.

Diastème utilise, dans le même temps, des effets de style comme les jeux d’ombres, rappelant certains films en noir et blanc qui jouaient de ces contrastes. Une déclaration d’amour à un cinéma qui l’a sans doute influencé mais pas seulement… Ces séquences sont la représentation fabuleuse d’un travail d’orfèvre afin de chambouler les perspectives et les points de vue, jouer avec les sensations et les sens. Pour preuve, cette déclaration entre Vincent Dedienne et Grégoire Ludig, en rapport direct avec les images défilant derrière, où le noir et le blanc renforcent les ténèbres d’une époque et d’un milieu qui veut les séparer à tout prix.
Comme des fantômes dans un monde qui ne les considèrent pas. Un monde qui veut les invisibiliser.
Le film se déroulant dans la période hivernale, la neige est omniprésente. Pourtant, dans ces effusions de flocons et cette photographie glaciale, il y a quelque chose de chaleureux, de réconfortant, comme un espoir que seul l’amour peut offrir. Un espoir comme un rayon de soleil qui se pose délicatement sur les personnages, par une caméra dont la sensibilité est à l’image de celle du réalisateur pour ses acteurs et actrices. Parce que pour parler d’amour il faut savoir aimer, le cinéaste les filmer par le biais d’un amour sincère pour eux et son histoire en laquelle il croit profondément. Et c’est peut-être pour ça que « Joli joli » nous embarque si facilement dans son histoire, dans cette romance aux allures d’illusions, parce que Diastème a une foi inébranlable en son récit.
Casting 5 étoiles !

De prime abord, on ne penserait pas à William Lebghil, Laura Felpin, Vincent Dedienne, Grégoire Ludig ou Thomas VDB pour pousser la chansonnette. Si certains avaient déjà cette fibre musicale en eux, la comédie musicale est pourtant un monde à part. Qu’à cela ne tienne, à chacune de leur interprétation musicale, se dégage une authentique vibration poétique. Lebghil et Dedienne, par exemple, ont une vulnérabilité dans leur voix, qui nous émeut en un souffle émotionnel puissant.
Rarement William Lebghil nous aura autant touché. Tandis que Laura Felpin, Grégoire Ludig ou José Garcia portent une voix tragi-comique souriante et touchante.
Pour son premier rôle, Clara Luciani crève l’écran. Son timbre de voix, délicieux et innocent, alloue au film des moments de grâce féerique. De plus, elle impose une présence séduisante par un jeu naturel qui sied parfaitement à la comédie musicale. Une actrice est née !
Conclusion
Comédie musicale entraînante et attendrissante, « Joli joli » est le cadeau idéal des fêtes de fin d’année. Avec son (ou ses) histoire d’amour agréable et sa BO exceptionnelle, le cinéma français pourrait faire un retour fracassant dans le monde de la comédie musicale.
« Joli, joli » le 25 décembre au cinéma.
Synopsis
De Paris à Rome dans les années 70, le destin d’un écrivain fauché percute celui d’une star montante du cinéma. Leur chemin vers l’amour sera semé d’embuches, de quiproquos et rebondissements. Une comédie musicale et tourbillonnante !
Casting : Clara Luciani, William Lebghil, José Garcia, Vincent Dedienne, Grégoire Ludig, Laura Felpin, Thomas VDB, Jeanne Serra, Victor Belmondo, Alban Lenoir…
