Le Capitaine Cinemaxx a vu – LA FORME DE L’EAU * SPOILERS *
Le nouveau film de Guillermo del Toro, nommée dans 13 catégories cette année aux Oscars, crée l’événement, tandis qu’il fait face dans le même temps à des accusations de plagiat. Cependant, avec La Forme de l’Eau, le cinéaste mexicain continue d’explorer les relations entre humains et créatures extraordinaires, une cohérence filmique qu’on ne pourra pas lui enlever. En effet, que ce soit dans Le Labyrinthe de Pan, Dragons ou Hellboy, Guillermo Del Toro a toujours aimé mettre en avant ce genre de rapport, où l’homme est confronté à un imaginaire qui le dépasse, à tel point qu’on ne sait jamais vraiment si ses longs-métrages se déroulent dans notre monde ou un monde complètement fictif. Et La Forme de l’Eau à cette même ambiguïté. Car si l’environnement extérieur, la géographie des lieux, le contexte historique et les objets paraissent totalement être ceux de notre monde, les décors intérieurs, la féerie/poésie musicale et la mise en scène de créatures hors du commun laissent à penser que le contraire. C’est aussi pour cela que j’admire autant la filmographie de Del Toro, cette facilité avec laquelle il peut nous faire croire que tout est possible, même dans la routine morose de notre monde, que la fiction n’est jamais très loin de nous, si on sait regarder au-delà des frontières visuelles que notre cerveau dissimule. Comme le fait le personnage d’Élisa.
La Forme de l’Eau est donc un film entre deux eaux, entre deux mondes, racontant l’histoire d’une jeune femme de ménage, Élisa, qui tombe amoureuse d’un homme-amphibien, incarné par l’homme aux mille visages, Doug Jones. C’est dans un contexte de Guerre Froide que l’action à lieu, dans un complexe militaire gouvernemental top-secret de Baltimore, où le Colonel Richard Strickland mène des expériences sur la créature, afin de prendre l’avantage sur la conquête spatiale, alors que les Russes ont déjà envoyé un chien et un homme dans l’espace. Un scénario somme toute banal, mais La Forme de l’Eau à des atouts qui le rend unique. Tout d’abord, c’est un film sur la communication. Le personnage d’Élisa étant muette, c’est donc à travers des gestes (le langage des signes), mais aussi à travers le regard que les liens entre elle et l’Homme-Amphibien se créent. Et c’est toute l’interprétation de Sally Hawkins et Doug Jones qui donne la puissance à cette relation et la pureté qui s’en dégage. Des sentiments intimistes liés à la beauté morale, mais également du corps. La nudité est en effet est quelque chose de très présent chez le personnage d’Élisa, tout comme la sexualité. C’est d’ailleurs, assez étrange, ces fortes pulsions sexuelles, qui parsèment le film. Cependant, le réalisateur se sert du thème de la sexualité intelligemment, à la fois comme élément comique et comme élément malsain. Deux contraires provoquant un je-ne-sais-quoi d’assez perturbant, notamment l’aisance avec laquelle Guillermo passe de l’un à l’autre.

Ensuite, la réalisation. Du grand Del Toro ! Et c’est la proéminence de vert qui va ici caractériser son œuvre. Le vert (et ses nuances), couleur de l’espérance. Que ce soient les décors, les vêtements des personnages, l’eau dans laquelle est plongée l’Amphibien… le vert parcours la vie des personnages. Pour chacun, le vert est un espoir. Pour Élisa, l’espérance d’une vie amoureuse et plus trépidante, pour Giles, l’espérance de retrouver son travail perdu (une de ses peintures devra d’ailleurs passer du rouge au vert), pour le Colonel Richard Strickland, l’espérance de la reconnaissance, pour le Général Hoyt, l’espérance de surpasser les Russes etc, etc… La Forme de l’Eau est donc un film sur l’espoir, mais aussi sur la différence. Une ode à la différence pour être plus précis. Toutefois, cet hymne à la différence m’a un peu dérouté, à tel point qu’il m’a parfois fait sortir du film. Car si la relation entre Élisa et l’Homme-Amphibien est touchante et sincère, cette même relation n’a pas provoqué en moi les sentiments que Del Toro cherchait à transmettre. Je n’ai trouvé à cette relation, parfois, aucune crédibilité. Non pas dans le jeu, mais dans la mise en scène. L’amour entre eux, était peut-être de trop, se limiter à une amitié profonde m’aurait sûrement davantage plonger, émotionnellement, dans leur relation fusionnelle. Mais ici, c’est surtout une question de sensibilité et l’essentiel, c’est de retenir que malgré la différence, chaque être humain peut aimer, sans aucune limite, au-delà d’un physique, d’une contrainte, d’une immoralité sociétale.
Pour finir, j’ai trouvé la fin du film un peu facile et pas d’une grande originalité. Les Happy-Ending m’ennuient un peu. Cependant, la séquence finale du film est sublimissime. Élisa possède des griffures, trois, sur le cou, de chaque côté, il me semble, et l’Homme-Amphibien va les transformer en branchies pour qu’elle puisse vivre avec lui dans l’Océan. Il n’y a d’ailleurs aucune explication sur la provenance de ces cicatrices, comme si le Destin les avait placées là pour cette finalité. Comme si Del Toro nous disait, Dieu à un rôle pour chacun de nous.
En conclusion, La Forme de l’Eau mérite bien ses 13 oscars, et on retiendra surtout la création de Del Toro pour sa justesse dans la mise en scène, la photographie de Dan Laustsen, les décors de Nigel Churcher et la musique poétique d’Alexandre Desplat, qui est capable du meilleur, comme du pire et, heureusement pour le film, ici, c’était pour le meilleur. Pour le reste, comme je le disais plus haut, cela sera question de sensibilité, de ressenti, propre à chacun.

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