Aux quatre coins du monde, d’étranges phénomènes océaniques bouleversent la société. L’humanité paie des années d’insouciance, après avoir pollué les océans et déréglé son climat sans penser aux conséquences. Des scientifiques découvrent qu’une force mystérieuse est à l’œuvre et utilise les créatures marines pour mener une guerre contre l’Humanité. D’où vient-elle ? Peut-on inverser le processus ? La Terre vit-elle ses derniers jours ? Une course contre la montre s’engage pour sauver ce qui peut encore l’être.
Adaptée du roman « The swarm » de Frank Schätzing, Abysses est la série événement à ne pas manquer. Diffusée à partir du 5 juin sur France 2, la mini-série de huit épisodes est ambitieuse. Coproduction européenne (France, Allemagne, Italie…) et internationale (Japon), Abysses s’appuie également sur des partenaires de premier plan dont le producteur de Game of Thrones, Frank Doegler, un des initiateurs du projet. Un grand nom de la télévision. De quoi convaincre et plonger les yeux fermés dans les profondeurs marines, à ses côtés.
Vivre en harmonie avec les océans
Il y a quelques jours, nous apprenions avec effroi qu’une meute d’orques avait attaqué plusieurs bateaux en mer au large des côtes espagnoles et portugaises, menée par une orque probablement traumatisée après une collision avec l’un d’entre eux. L’adage « Quand la réalité dépasse la fiction » n’aura dès lors jamais été aussi véridique. Car, c’est ainsi que débute Abysses, par une série d’attaques sur des bateaux touristiques avec, à son bord, des familles venues admirer les baleines. Tout autour du globe, les océans et les animaux marins semblent se rebeller contre l’Homme. La narration de la série se décline alors sur tous les continents, exposant plusieurs protagonistes, scientifiques pour la plupart. Chacun sera confronté à un événement qui les mènera à se réunir, avant de comprendre que tous les phénomènes auxquels ils font face sont liés.

Abysses est une série verbeuse et très technique. Trop peut-être. Écrite avec l’aide du professeur Antje Boetius de l’Institut Alfred-Wegener pour la recherche polaire et marine et le Dr Jon Copley, professeur d’exploration océanique à l’Université de Southampton, Abysses compte énormément de scènes « scientifiques ». Et bien que les scénaristes ont réussi à composer des dialogues compréhensifs pour ne pas perdre le grand public, le téléspectateur risque toutefois de décrocher tant la série est bavarde. Elle se noie parfois en explication, au lieu d’aller au plus simple. Quelques longueurs scénaristiques évitables et, c’est sûrement son défaut principal.
D’autant que l’aspect scientifique éclipse, à regret, l’aspect politique que devrait prendre par moment le récit. Si on nous explique que l’ampleur des catastrophes met un coup d’arrêt à la navigation maritime et le forage de pétrole, jamais Abysses ne nous révèle comment la politique et la société s’organisent autour de ces attaques et de quelle manière la population réagit à ces phénomènes et aux nouvelles mesures gouvernementales prises dans ces circonstances.
Néanmoins, ce qu’ils projettent en bavasseries, la série le compense par une tension permanente, à la fois par les découvertes qui sont réalisées tout du long des huit épisodes, mais aussi par cette menace inconnue qui met en péril la société humaine dans son ensemble. Tout ceci est accentué à travers des séquences catastrophes impressionnantes (tsunamis, attaques de crabes en Afrique, eau contaminée par un homard à Paris…), renforçant davantage cette sensation oppressante que le monde s’écroule sous nos pieds et qu’une nouvelle menace peut surgir des abysses à tout instant, n’importe où sur Terre. Si les VFX laissent à désirer, le projet séduit par son sujet, traité de façon passionnante – malgré sa technicité – mettant en scène des personnages terriblement touchants par leurs attaches émotionnelles et dramaturgiques (famille, couple, sacrifice…).
La série se permet même de casser certaines caricatures, comme celle du milliardaire prêt à tout pour poursuivre son business par appât du gain. Takuya Kimura interprète ici Mifune, un entrepreneur à la tête d’une des plus grandes entreprises mondiales, touché par la rébellion des océans et de ses habitants aquatiques « C’est grâce aux richesses des océans que j’ai pu faire fortune, la moindre des choses est de l’aider en retour ». C’est lui qui initiera avec ses fonds personnels une expédition en Antarctique pour tenter de sauver le monde, contre l’avis de quelques dirigeants de financer cette opération.

Abysses, c’est aussi des propositions fortes. Son dernier acte, notamment, dévoile des scènes hallucinantes et magiques. La série prend ici une tournure fantastique, rappelant la beauté des liens entre la Nature et « l’Homme » que l’on pouvait voir dans Avatar : La voie de l’eau. Parce que le message d’Abysses réside là, dans les profondeurs de notre propre humanité. « Si les océans meurent, nous mourrons » assène un des protagonistes. Cela, nous l’oublions trop souvent. Et la série nous le rappelle, nous rappelle qu’une prise de conscience est nécessaire pour sauver notre espèce et notre planète. Notre survie dépend d’un équilibre fragile.
Conclusion
Thriller éco-fantastique de science-fiction, Abysses est une série ambitieuse avec des qualités indéniables. Si elle se tergiverse un peu trop dans son approche scientifique, elle offre de véritables moments d’angoisses, de tensions et d’émotions.
Elle dévoile aussi une vision plus large de la complexité des océans et de sa structure, mêlant ainsi dans sa narration documentaire et fiction.. Un vrai plus pour permettre au spectateur une réflexion passionnante/intéressante sur notre rapport aux océans et aux créatures marines.
