Il n’y a pas d’âge pour jouer au mannequin. Pour sauver son hôtel et ses employés, Michel (Thierry Lhermitte) accepte de poser comme mannequin pour des marques. Et si pour être heureux, il ne fallait pas lâcher prise et tourner la page, s’ouvrir à de nouveaux horizons ?
Après avoir remporté le Grand Prix au Festival de l’Alpe d’Huez en 2017 avec « La Finale », le réalisateur Robin Sykes revient avec une nouvelle comédie, Sexygénaires, mettant en scène un Thierry Lhermitte irrésistible et un Patrick Timsit toujours aussi drôle.
Vieillir en toute simplicité…
Au bord de la faillite, Michel, directeur d’un grand hôtel, est obligé de demander de l’aide à son vieil ami, Denis, directeur d’un restaurant « Les deux amis », dans lequel Michel avait des parts. Malheureusement, Denis a vendu et, pour subvenir à ses besoins, est modèle senior pour la publicité. Il prête son image pour des produits destinés aux personnes âgées. Lors d’un shooting photo où il accompagne Denis, une agente de mannequin (Zineb Triki) le repère. Rapidement, Michel devient à son tour mannequin et se voit offrir des opportunités dans le luxe. Sans perdre de vue son objectif, Michel se demande peu à peu où tout ceci va le mener, alors qu’il retrouve une femme qu’il n’avait pas revue depuis plusieurs années et dont il tombe amoureux.

Avec Sexygénaires, le réalisateur Robyn Sykes interpelle sur notre rapport au corps, sur les changements liés à l’âge et de cette quête, parfois obnubilante, de vouloir « rester dans le coup ». Dans le traitement narratif du film, il y a quelque chose de doux, de très tendre, porté à la fois par un Thierry Lhermitte maladroit, naïf et sexy. De la tendresse mais aussi beaucoup de sincérité chez ce héros au grand cœur qui plonge dans un monde inconnu, dans lequel il ne se retrouve pas. Car au-delà de l’aspect pécunier, le monde de la mode et de la publicité est un environnement surfait, hypocrite, aliénant. Lui, dont la seule préoccupation est de sauver ce pour quoi il s’est battu toute sa vie, ne parvient pas à trouver sa place.
Comédie et drame existentiel s’épousent alors dans une explosion de scènes hilarantes mais aussi de séquences particulièrement émouvantes : « Je trouvais tout ça très marrant, à l’écriture. En même temps, il y avait un vrai drame derrière et des choses à défendre sur tout ce que vous avez cité. Il est vrai que ce milieu de mannequin senior est un peu ridicule, il faut bien le dire. […] Puis, j’avais très envie de retravailler avec Robin après La Finale. Le tournage avait été idéal. C’est un formidable réalisateur » affirme Thierry Lhermitte.
Lorsque Michel accompagne Denis sur le tournage d’une publicité, il est approché par une jeune agente de mannequin, Manon, incarnée par Zineb Triki. Elle est d’abord séduite par ses yeux bleus intenses et profonds. Et lorsqu’on lui demande si ses yeux sont un atout, un moyen pour lui d’attirer la caméra, il ne semble pas avoir conscience de la puissance de son regard : « Pour être honnête, je ne fais pas attention à ça. Je ne sais pas non plus si les réalisateurs et les réalisatrices qui me filment/m’ont filmé pensent également à capter ça chez moi. Vous savez, quand je joue la comédie, ma principale préoccupation c’est d’être dans la bonne intention, dans le sens de ce que je raconte, de la situation ainsi que des sentiments du personnage. Je ne me préoccupe de rien d’autre ».

S’installe entre Manon et Michel, une certaine proximité. Car au-delà du regard, elle est également séduite par la gentillesse que dégage Michel. Une relation amoureuse naît, affectueuse, mais éphémère. La différence d’âge est évidemment une des causes de cette rupture mais surtout une prise de conscience chez Michel. Il n’en reste pas moins qu’à l’écran, ce duo touche. Elle compte d’ailleurs parmi les plus belles séquences du film : « Leur relation est respectueuse, tendre. Je pense que c’est pour cela qu’elle émeut. Il n’y a rien de plus beau que la tendresse entre deux êtres. De ce fait, il n’y avait rien à préparer avec Zineb parce que c’était très plaisant à jouer. C’était simple. C’est une petite amourette qui n’a pas d’avenir. Ils le savent. Et leur séparation est élégante ».
Rester jeune à tout prix…
De son côté, le film développe l’amitié entre Michel et Denis. Le personnage interprété par Patrick Timsit – dont le sens de la comédie et du rythme n’est plus à prouver – joue un meilleur ami un peu lourdaud, père de famille, qui se rêve en grand mannequin séducteur. Il est l’allégorie de la peur de vieillir. Néanmoins, au-delà d’interroger sur la vieillesse, le film présente avec Denis une vision d’acceptation. S’accepter tel que l’on est, que « le temps passe, que le corps vieillit et que nous nous n’y pouvons rien », comme le confie Thierry Lhermitte. Fataliste mais réaliste. La seule solution, accepter, lâcher prise et se réinventer. Parce que si « nous ne pouvons plus faire les mêmes choses à 70 ans qu’à 20 ans », la vie ne s’arrête pas pour autant. Aimer, spécifiquement, est à nouveau possible…

Thierry Lhermitte et Patrick Timsit se connaissent bien. Ce n’est pas leur première collaboration ensemble. Un Indien dans la ville d’Hervé Palud (1994), L’Américain de Patrick Timisit (2000) ou encore Alors on danse de Michelle Laroque (2021), depuis plusieurs années, les deux comédiens ont noué une solide amitié, au point de partager un tatouage en commun. Avec Sexygénaires, il partage de nouveau l’écran : « Sur le tournage, on rigole, on discute. Chaque fois que l’on se retrouve pour tourner, c’est comme une longue discussion que l’on reprend avec beaucoup de complicité, d’amitié et d’admiration mutuelle. Patrick est un acteur généreux. C’est un vrai camarade de jeu ».
Comédie française
Thierry Lhermitte est un monument du 7ème art français. Les Bronzés, Le Dîner de Cons, Le Père Noël est une ordure, Un Indien dans la Ville, Les Ripoux, des œuvres cinématographiques qui resteront dans le cinéma comme des objets filmiques intemporels. Thierry Lhermitte aura marqué des générations de cinéphiles. Rares sont les comédiens pouvant se vanter d’une telle carrière et de compter dans sa filmographie autant de comédies cultes. Malgré ça, il y a toujours une humilité chez l’interprète de Pierre Brochant : « Ça fait plaisir. Ce n’est que de la bienveillance et je suis content d’apporter du bonheur aux gens. Je suis heureux que les gens continuent d’apprécier ces films et que les jeunes les découvrent encore aujourd’hui. Surtout pour un truc aussi bizarre que Le Père Noël est une ordure. C’est un film très particulier ».
La comédie française est souvent raillée sur les réseaux sociaux. Il n’est pas anodin de voir des commentaires peu élogieux sur l’état de la comédie en France. Pourtant, la comédie française est une des meilleures au monde. Ces quinze dernières années, plusieurs films ont réalisé des scores impressionnants au box-office et ont atteint le statut de films cultes dont Bienvenue chez Chtis, La Famille Bélier et Intouchables. Les films de Philippe Lacheau connaissent eux aussi un grand succès et des cinéastes comme Quentin Dupieux viennent toujours bouleverser la comédie par ses prises de position artistique et scénaristique. Notons aussi quelques films de grande qualité tels que L’Arnacoeur de Pascal Chaumeil, Le Grand Bain de Gilles Lellouche, Le sens de la fête d’Eric Toledano et Olivier Nakache, Orange Sanguine de Jean-Christophe Meurisse ou plus récemment L’Innocent de Louis Garrel. Véritablement et indéniablement, nous avons des offres qualitatives. Thierry Lhermitte dévoile son regard sur le sujet : « À toutes les époques, il y a eu des comédies bonnes et moins bonnes. Certaines restent, d’autres non. C’est un peu l’histoire qui dit ça parce qu’il y a des films très circonstanciels qui sont d’un moment, d’une mode et d’autres qui sont hors mode et restent longtemps après. Mais la comédie française maintient un bon niveau d’excellence. C’est un fait. Nous avons des auteurs et des réalisateurs qui offrent de très belles comédies […] La recette d’une bonne comédie, c’est une bonne histoire. Ensuite, des bons acteurs, des bons dialogues et des bonnes situations. Nous sommes plus exigeants dans une comédie que dans un drame. Une comédie qui ne fait pas rire c’est une catastrophe, alors qu’un drame qui ne fait pas pleurer c’est intéressant ».
Sexygénaires, le 14 juin au cinéma.
