EDMOND : 7 QUESTION À ALEXIS MICHALIK, LE RÉALISATEUR DU FILM

Actuellement au cinéma, Edmond est un projet de 15 ans, porté par le comédien Alexis Michalik.
Pour le Capitaine Cinemaxx, le cinéaste de 36 ans revient sur le parcours incroyable de ce projet fou, mettant en scène le dramaturge Edmond Rostand, créateur de la pièce de théâtre : Cyrano de Bergerac. Comment cette pièce, qui fût un des succès théâtraux les plus importants de la fin du XIXème siècle, a-t-elle été pensée, c’est tout le propos du film qu’a souhaité mettre en scène Alexis Michalik.

Parlez nous un peu d’Edmond et du processus créatif de ce film.

Avant d’être une pièce de théâtre, il se trouve qu’Edmond était déjà un film puisque ça fait 15 ans que je rêve de le porter sur grand écran. Il y a 5-6 ans de ça, j’en ai parlé à une boite de production, Légende, qui était vraiment emballée par le projet et m’a demandé d’écrire un script. Je l’ai écris mais, malheureusement, ça n’a pas vu le jour. Parce que c’était un film sur le théâtre, un film en costumes, très compliqué. Du coup, au bout de 2-3 ans à monter ce film, je suis retourné les voir en leur disant que j’aimerais beaucoup en faire une pièce de théâtre, ce à quoi ils ont répondu positivement. On a alors monté la pièce avec 12 acteurs, sans tête d’affiche et, elle a tellement marché, qu’on a pu trouver des financements pour le long-métrage. Donc à la base, c’est un scénario devenu une pièce. Il n’y avait alors pas trop de mal pour l’adapter au cinéma puisque moi, je l’avais toujours en tête pour ce format là.

Pourquoi ne pas avoir choisi les comédiens de la pièce, pour reprendre leur rôle sur l’adaptation cinématographique ?

Pour les mêmes raisons. Car j’imaginais un film et quand j’ai monté la pièce, j’ai choisi des comédiens pour cette pièce-là. Ensuite, il s’est trouvé que Edmond a tellement bien marché, qu’ils sont partis en tournée l’année d’après, une tournée très intense, au point qu’ils n’étaient pas disponibles pour venir tourner dans le film. J’ai donc fait appel à d’autres comédiens. Sauf un seul, qui avait un alternant, Jean-Michel Martial (Honoré, le tenancier).

Edmond raconte comment le jeune Rostand, poète raté, va réussir l’exploit d’écrire un chef d’œuvre, Cyrano de Bergerac, en trois semaines. Cette histoire est-elle tirée de faits réels ? Et, y a-t-il des scènes que vous avez rajouté pour votre récit ? Car lorsqu’on regarde votre film, on a l’impression que son inspiration lui tombe dessus par le plus grand des hasards. Je pense notamment à la tirade du nez, qui naît (sans jeu de mots) de sa discussion avec Coquelin, par exemple.

C’est une fiction réaliste, c’est-à-dire que ce n’est pas stricto sensu l’histoire telle qu’elle existe. Mon but, n’était pas de faire un documentaire. Moi, je raconte des histoires, je joue entre la fiction et la réalité, c’est ce que je fais au théâtre et ce que je fais aussi au cinéma. Maintenant, j’ai pris beaucoup moins de liberté avec l’histoire d’Edmond Rostand que lui n’en a pris avec l’histoire de Cyrano de Bergerac, puisque ce dernier a vraiment existé, mais n’a pas du tout vécu les évènements que vit Cyrano dans la pièce. Et comme c’est un hommage aussi à Cyrano, mon objectif était de mettre le même rapport à la fiction et à la réalité. Il y a plein d’éléments vrais, il y a pleins d’éléments faux, lesquels ? Ça vous verrez, toutefois, il y a des choses encore plus dingues dans la réalité.
Par contre, les personnages de Coquelin, Sarah Bernhardt, Maria Legault, Edmond, ont vraiment existé. Et puis, d’autres ont été inventé, comme Honoré, comme la petite muse, Jeanne, ou comme d’une certaine manière, Léo qui, eux, servent à faire l’intrigue et à mettre Cyrano dans Edmond.

Au début du film, il y a une phrase assez marquante d’Edmond, celle où, dépité, il confie à sa femme, en rentrant, que dans dix ans le « cinéma » aura remplacé le théâtre. Vous qui côtoyez les deux mondes, est-ce qu’il y a une part de vérité dans la phrase d’Edmond ?

Non pas du tout. Mais je peux comprendre qu’à ce moment-là lui en ait peur. Au moment où il voit le cinéma arriver il se dit : : « C‘est la mort du théâtre annoncé », évidemment, ça ne l’est pas, car le théâtre en a vu d’autres. Le théâtre existe maintenant depuis près de 2000 ans, tandis que le cinéma est un art jeune. Le théâtre existera toujours. C’est ce qui coûte le moins cher à faire et le plus simple à monter. Il suffit d’avoir des acteurs, un texte, du public et on peut jouer. On a pas besoin de plus. En revanche, là où ça a évolué, c’est qu’au 19ème siècle, il n’y avait pas de concurrence pour le théâtre, il n’y avait pas de cinéma, pas de télé, pas d’internet, pas de Netflix, rien, donc le divertissement populaire par excellence c’était le théâtre. Tout le monde y allait. Et à la fin du 19ème siècle, c’est un peu le chant du cygne de cette époque dorée, à Paris en tout cas et, Cyrano, c’était un peu la dernière superproduction théâtrale.

Une autre réplique m’a interpellé, c’est la réponse d’Edmond à la remarque du personnage incarné par Tom Leeb, Léo Volny, lors d’une scène de dispute et qui lui lance : « Tu es complètement dérangé », ce à quoi Rostand lui répond alors : « Mais je suis auteur ».
Pour être écrivain, il faut forcément avoir l’âme dérangée, selon vous ?

Oui, après c’est un bon mot en réalité. Tous les écrivains ne sont pas dérangés. Cependant, c’est rigolo de se dire que pour écrire, il faut forcément être un peu fou. En fait, il faut forcément avoir l’égo de s’imaginer que ce qu’on raconte, peut intéressé quelqu’un. Il faut quand même avoir un gros ego pour ça. Cela dit, Sartre confiait :  « Il n’y a pas de génie sans égo » donc, non, tous les auteurs ne doivent pas obligatoirement avoir l’âme dérangée, mais ça aide.

Dans Edmond, la pièce est produite par deux producteurs, Ange et Marcel Fleury. Comment arrive t-on à rendre drôles et touchants, des proxénètes ? (rire).
Et pour rebondir sur la question 3, est-ce que se sont des personnages qui ont réellement existé ?

(rires)
Je voulais que ce soit des bandits d’opérette. Ce ne sont pas des vrais méchants, ce sont des businessmen, qui gèrent leurs affaires. Mais à l’époque, le proxénétisme n’était pas interdit et ils ont leur maison. Maintenant, le but c’était surtout d’en faire un duo comique, qui soit un peu truculent.
Après, les Fleury ont vraiment existé. Les frères Fleury ont produit cette pièce. Néanmoins, comme je n’avais aucune information sur eux, j’ai préféré inventer des personnages, qui sont devenus des bandits corses, des tenanciers de bordels.

La fin du film est sublime, elle se conclut par le dernier acte, avec la mort de Cyrano. Cette scène est assez spéciale puisqu’elle est filmée comme et dans un décor de pièce de théâtre puis, comme et dans un décor de cinéma, pourquoi ce choix artistique étonnant ?

Ce que je veux exprimer à cet instant précis, c’est que le public est tellement dans la pièce qu’il en oublie qu’il est au théâtre. Dans la pièce Edmond, au théâtre, on joue Cyrano et à ce moment-là, il n’y a plus d’Edmond, on est juste dans la pièce. Comme on est au cinéma, il fallait que je trouve un moyen de faire comprendre cette mise en abyme, faire comprendre le fait que le spectateur plonge dans la pièce et comment faire autrement que d’en faire un film, tout simplement.

PARIS, FRANCE – 12 FÉVRIER: Portrait Jean Piat, sociétaire de la Comedie-Francaise, durant la pièce Cyrano de Bergerac, le 12 février 1964, à Paris, France.

La question bonus

Jean Piat, qui est décédé en septembre dernier, a incarné Cyrano de Bergerac. On a une petite pensée pour cet immense acteur. Pour vous, quel aura été la meilleure incarnation de Cyrano, que ce soit au théâtre, à la télévision ou au cinéma ? Et pourquoi ?

J’en ai plein que j’adore. Depardieu, Vuillermoz, au théâtre, Jean Piat, bien-sûr, que je n’ai jamais vu malheureusement, car j’étais trop jeune. J’adore Daniel Sorrano dans sa dramatique mais moi, mon Cyrano, c’est un Cyrano idéal.
J’ai découvert la pièce en la lisant, avant de la voir et donc, je pense que je m’en suis fait une image un peu diffuse, qui est un mélange de tous ces gens. Encore une fois, c’est difficile de l’exprimer. Un personnage n’est pas un acteur, un personnage, c’est un personnage et, justement, il est fait pour être joué par plein de comédiens différents. Sarah Bernhardt jouait Cyrano, il y a un acteur japonnais qui joue Cyrano depuis 50 ans maintenant, je crois, etc… Alors, mon Cyrano préféré, c’est Cyrano.

Merci à Alexis Michalik pour cet entretien.
Vous pouvez retrouver ma critique du film Edmond, ici.

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