FESTIVAL DE LA FICTION 2021 – L’ENFANT DE PERSONNE : L’HISTOIRE BOULEVERSANTE DE LYES LOUFFOK (+ INTERVIEW AVEC LE RÉALISATEUR AKIM ISKER)

Synopsis : Lyes est brutalement arraché à Émilie, la mère d’accueil qui l’a recueilli bébé, et qui désirait l’adopter. L’enfant se retrouve ainsi confronté à la violence des foyers de l’ASE, qui refuse de couper le lien avec la mère biologique, pourtant incapable de s’occuper de lui. Agathe, la sœur d’Émilie, n’a jamais abandonné l’enfant. Elle va se battre contre le système pour tenter de maintenir un lien avec lui, décidée à le recueillir chez elle pour l’aider à se reconstruire.

Interview du réalisateur Akim Isker

L’enfant de personne est une adaptation du témoignage éponyme de Lyes Louffok, publié en 2014 aux Éditions Flammarion. Présenté en compétition au Festival de la Fiction 2021 de La Rochelle, le téléfilm de France Télévisions est une œuvre tragique et émouvante.
Le réalisateur Akim Isker nous parle de la naissance du projet et la raison pour laquelle il en accepté la réalisation : « J’avais réalisé une mini-série à l’époque pour France 2 avec le producteur de chez Capa Drama, Arnaud Figaret. Un homme d’une douceur et d’une tendresse essentiel à la fabrication de notre art et de notre métier. Nous avons gardé contact et on cherchait un nouveau projet ensemble. Il m’a fait livre un livre que je connaissais pas, celui de Lyes Louffok. Je l’ai lu et ça m’a bouleversé. Je fais partie de ces gens qui ont un rapport avec l’enfance, avec la protection de l’enfance et de ses libertés, où j’ai la certitude que c’est un moment de vie qu’il faut protéger. France 2 s’est ensuite engagé dans le projet et, avec deux scénaristes, nous avons travaillé tous ensemble car ce n’est pas chose aisée que d’adapter le cœur d’un tel récit. »
Akim Isker nous parle de ces difficultés d’adapter, de retranscrire un roman pour le format télévisuel : « Les difficultés sont souvent les mêmes. On ne peut pas tout dire et il faut donc aller chercher des choses, disons, plus cinématographiques. Il va également falloir faire naître une émotion particulière pour donner la parole à ses enfants. Je suis donc aller chercher ce qu’il me semblait être derrière les lignes de Lyes et s’approchait le plus de ce que peut ressentir l’enfant. Ce qui est difficile, ensuite, c’est de faire le tri, de faire des choix, d’être fidèle et ne pas magnifier l’histoire de Lyes en cherchant à sublimer de l’émotion. Puis, de faire ressortir en 1H30 quelque chose d’aussi puissant dans un bouquin qui nous a touché. ».

Face à la réalité

Pour être fidèle au récit de Lyes Louffok (image ci-gauche) et à la réalité des faits, le réalisateur a rencontré le jeune homme et plusieurs enfants placés en foyer.
Des échanges essentiels pour son travail, en amont du tournage : « Rencontrer Lyes était une condition sine qua non. […] Quand je l’ai rencontré, je l’ai écouté pendant de longues minutes à différents rendez-vous et je me suis nourris de ce qu’il me racontait. Après m’être nourris de ces discussions, il a fallu faire le tour des foyers. Rencontrer des enfants et du personnel. J’ai mélangé mon travail préparatoire avec un casting « sauvage ». Je voulais pour ce film, qu’on aille chercher des acteurs qui étaient des enfants placés ou qui pouvait se rapprocher de ce que je voulais dire. J’ai fait un lien avec toutes ses personnes avec qui j’ai pu échanger. […] Quand le tournage a débuté, j’ai dit à tout le monde casting + équipe technique de faire ce film avec le cœur. ».

L’enfant de personne est un téléfilm dur, composé de séquences poignantes, choquantes. Une manière de mieux comprendre les enjeux et d’interpeller les pouvoirs publics sur la situation dans les ASE : « Ce film a évidemment cet objectif. Mais avant tout d’interpeller les êtres humains, les hommes et les femmes, qui ont le pouvoir de faire bouger les choses. On n’a pas non plus fait exprès de mettre des scènes violentes pour ça. J’ai trop d’exemples, en dehors de Lyes, extrêmement graves qui se passe dans les foyers et qui sont de la responsabilités de l’Etat ainsi que de nous tous, citoyens français. Je ne pouvais donc pas édulcorer mon propos, ma réalisation. Ce n’est pas des effets styles. J’avais la volonté sincère d’être fidèle à ce qu’a vécu Lyes. D’ailleurs, ce n’est pas un film sur Lyes mais sur les enfants placés. On ne sert du parcours de Lyes pour raconter ça. Ces scènes-là, violentes, sont importantes pour montrer la souffrance réelles de ces jeunes. Le film est dur mais mon but était de le rendre le plus doux possible, le plus réel dans la douceur d’un enfant. C’est peut-être pour ça que la dureté en ressort, car je ne voulais pas faire un film violent, démonstratif ou coup de poing. Au final, le film est d’autant plus dur en adoptant le point de vue de l’enfant. ».

Casting

Pour composer le casting de L’enfant de personne, Isabelle Carré, Nawell Madani et Andréa Bescond. Des choix de cœur pour Akim Isker : « Isabelle est une femme que j’adore. J’ai toujours été bouleversé par ses personnages. Je pense notamment « Se souvenir des belles choses », un film qui m’avait beaucoup touché. Quand on est réalisateur, on a des envies et les miennes étaient de tourner avec Isabelle. Nawell est une super actrice. Elle a une maturité et une intelligence mais aussi un parcours de vie qui me paraissait coller à merveille avec cette personne qu’est Myriam dans la vraie vie (personnage qu’incarne Nawell Madani). J’étais ravi quand elle a dit oui. […] Andrea Bescond est une femme engagée. Au départ, elle n’était pas libre du tout mais elle tenait vraiment à venir jouer et elle est venue. ».

Concernant le reste du casting et les trois acteurs incarnant le rôle de Lyes de l’enfance jusqu’à la fin de l’adolescence, Akim Isker s’est entouré de deux professionnels pour aller chercher des enfants au sein même des foyers et dans les quartiers populaires : « Deux personnes m’ont aidé pour faire ce casting sauvage : Mohamed Belhamar, directeur de casting et spécialisé dans la recherche de profil particulier et non-professionnel et Ludmilla Florent. Cette dernière à fait le tour des foyers, contacté des foyers partout en France, et m’a aidé à chercher ces enfants. J’ai également demandé à Lyes si c’était une bonne idée de choisir des enfants placés pour jouer dans le téléfilm et il m’a répondu que c’était une excellente idée et même essentiel. J’avais peur que ces jeunes ressassent leurs souffrances et Lyes m’a rassuré en me confiant que ça allait mettre de la lumière sur eux, leur donner de l’amour et que ça sera toujours ça de prit. Ils sont une dizaine au total.

Cependant, j’ai décidé assez vite de ne pas donner les trois rôles de Lyes à des enfants placés. Ce fut une recherche dans les quartiers populaires. Je savais que je ne trouverais pas ce que je voulais dans une agence artistique normal. J’avais besoin de trouver cette douceur, cette colère, cette puissance de regard et d’humanité chez un enfant qui ne tricherai pas avec ces émotions-là. On a cherché longtemps et nous sommes tombés sur eux, qui ont un raccord parfait dans l’évolution. Il fallait que je fasse monter cette douceur, cette naïveté qui devient un véritable enfer. Sans compter une lueur dans la douceur et l’intelligence de cet enfant. ».

AVIS

Un cri de rage et d’amour

L’enfant de personne est un téléfilm qui ne triche pas. Son histoire, si authentique, nous confronte à une réalité, un enfer, au travers un récit viscéral qui nous entraîne au cœur de la violence des foyers mais aussi de la violence humaine. Car Lyes ne sera pas confronté qu’à la brutalité d’un environnement, il sera également opposé à celle d’individus méprisants et méprisables dont des éducateurs non-formés, incapable de gérer leur propre colère intérieure.
Ce téléfilm, basé sur des faits réels, dévoile alors les défaillances d’une justice, lente, et d’un système à bout de souffle, presque irrécupérable, qui broie des jeunes enfants et leurs désirs. Il y a, bien entendu, un manque flagrant de moyens et de personnels formés, des infrastructures insalubres à rénover, mais il y a surtout un manque de perspective pour ces jeunes et peu d’humanité de la part des personnes censées les protéger. On ne leur offre aucun avenir, ni même l’amour qu’ils mériteraient et on ne prend jamais en considération leurs envies profondes. Ne règnent là-bas, dans ces lieux maudits, que le chaos, la rage et les insultes, qui vous changent à jamais. On le voit notamment à travers la transformation de Lyes. Le téléfilm se déroulant sur plusieurs années, on perçoit les changements de comportements de ce petit garçon pourtant innocent à son arrivée, et ça de manière frontale, avec un montage brutal.
On souffre alors autant que lui, on ressent sa douleur, sa colère, ses craintes. C’est la réalisation d’Akim Isker, abrupte, vive et intime qui permet cela. Sa caméra flirte avec les visages, les émotions, pour immerger émotionnellement le spectateur dans l’histoire de ces jeunes abandonnés.

L’enfant de personne ne laisse donc aucun répit. Les drames s’enchaînent, nos sentiments sont chamboulés, balancés de Charybe en Scylla et les larmes coulent… intensément.
Une puissance jusque dans les dialogues, oscillant entre la gentillesse d’une femme prête à tout pour récupérer son « fils », la tendresse de l’amitié, l’inhumanité d’autres enfants et le dégoût.

En somme, L’enfant de personne séduit et bouleverse par sa vérité, sa retranscription fidèle des difficultés auxquelles les enfants et l’ASE sont confrontés et l’interprétation des comédiens et des comédiennes, sincères et précis.

L’enfant de personne, bientôt diffusé sur France Télévisions.

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