Le 21 février prochain, CANAL + diffusera la seconde saison de sa création originale : OVNI(S).
De la genèse du projet à la construction scénaristique des épisodes, en passant par la fabrication des décors, le choix des couleurs et les événements qui nous attendent pour cette saison 2, le co-créateur de la série Martin Douaire se confie sur une des productions les plus loufoques et enthousiasmante de ces dernière et son avenir…
Pouvez-vous nous rappeler la naissance du projet OVNI(S) ?
L’histoire est venue d’une découverte, complètement fortuite lors d’un trajet en taxi. J’avais des atomes crochus avec les histoires d’OVNI et ce chauffeur de taxi me donne cette information selon laquelle nous étions le seul pays au monde à avoir mis un service officiel sur les soucoupes volantes : le GEPAN. C’était étonnant pour moi de la part d’un pays comme le nôtre, hyper rationaliste. De plus, à part la Soupe aux Choux ou autres productions de science-fiction, les histoires d’OVNIS ne sont pas réellement ancrées dans notre culture. Tous ces éléments m’ont donné envie de creuser, de faire des recherches. Puis, ce que je trouvais intéressant avec cet organisme, c’est cette vocation d’informer, d’être transparent, d’être aux services des gens qui ont fait des observations qu’ils ne comprennent pas. J’étais stimulé par ça. […] C’était une période où j’étais jeune dans ma carrière. Je ne savais pas que je voulais être scénariste. Et j’avais cette idée dans le coin de mon bureau. Lorsque j’ai fait ma formation à la FEMIS, j’ai rencontré Clémence Dargent. Nous devions créer ensemble une série pour un travail de fin d’études. En parlant de ce sujet, on s’est rapidement dit qu’il y avait quelque chose qui nous plaisait beaucoup. Notamment sur ce personnage pris entre deux feux, à un moment de la crise de la quarantaine, – c’est d’ailleurs de là aussi qu’est partie l’idée de la fusée qui explose au début de la saison 1 – et qui se retrouve dans un univers qui n’est pas le sien, à devoir résoudre des mystères OVNIS alors qu’il s’agit, en réalité, la plupart du temps, de choses plus humaines, plus ténues, plus décalées. Tout ça nous parlait. Après une lecture publique de notre projet, une cheffe de projet chez CANAL + est venue nous voir. L’histoire que nous avions présentée l’intéressait. On s’est rencontré, on s’est parlé et nous avons évoqué nos envies, ce que nous aimerions développer, approfondir. […] Il nous a fallu 3-4 ans pour écrire la première saison. C’est long, mais c’est un délai relativement normal pour une création originale sur CANAL +.
Traiter ce sujet des OVNIS avec un aspect humoristique, c’était une des caractéristiques présente dès le début du projet ?
Pas forcément. Au début, nous trouvions cela difficile de conjuguer l’humour avec les OVNIS. Ça peut vite tourner les choses en ridicule ou aller chercher dans la parodie, la pastiche et, ce n’est pas exactement ce que nous voulions faire. Cependant, nous savions qu’il y avait la possibilité de faire une comédie empathique et sincère à lier avec un phénomène fantastique qui, tout en étant décalé, serait pris au sérieux, aussi bien dans son côté déroutant que pour ses manifestations incongrues. L’objectif n’était pas d’être parodique par rapport au fantastique. C’est l’aspect sur lequel on s’est rejoint avec CANAL +. Nos intentions étaient d’être déroutant mais sincère, avec un « déboussolement » des personnages et des spectateurs qui ne soient pas juste plaqués parce qu’on est dans un registre de comédie et qu’on ne prend pas les choses au sérieux. On cherchait plus du décalage, de la nouveauté. Néanmoins, oui, notre langage avec Clémence est d’aller humainement chercher de la comédie dans les histoires qu’on raconte. Il y avait donc ce ton humoristique, mais avec ces nuances que je viens d’énumérer.
La composition scénaristique de la saison 1 est intéressante à analyser. Pas à pas, le récit bascule vraiment la science-fiction que vous assumez ensuite pleinement et encore plus dans la saison 2. Comment avez-vous pensé cela à l’époque, et comment allez-vous poursuivre cela dans la saison 2 ?

Dans la saison 1, nous avions un schéma classique avec un personnage totalement sceptique et qui, progressivement, va s’affranchir de sa propre rationalité. On va alors jouer avec la notion de doute tout au long de la saison 1. Un doute qui doit, par petites touches, pour des questions intellectuelles, émotionnelles, commencer à pénétrer en lui jusqu’à ce qu’il bascule de l’autre côté avec un garde-fou et cet événement à la fin de la saison où il voit un OVNI sous LSD. Ça crée toujours une espèce d’élément de doute et on joue là-dessus.
Par la suite, commencer à avoir un langage en ironie dramatique avec le spectateur, en leur montrant des Inuits au Groenland alors qu’en réalité, ils sont sur une autre planète (cliffhanger). Là on assume totalement notre position.
On rentre ainsi dans la deuxième saison, de manière très différente. Nous savons qu’on est dans un monde fantastique, on sait que d’autres mondes existent et on sait qu’ils sont habités. Nous n’étions plus du tout dans le même processus d’écriture. Nous n’étions plus dans le positionnement où l’on posait des questions, où l’on mettait en scène le doute. Nous devions, sur le plan du langage fantastique, donner des réponses aux spectateurs et avancer clairement dans le fantastique. Ce fût très difficile. Jouer avec l’ambiguïté était plaisant et on avait fini par apprendre à le faire tandis qu’assumer un fantastique, ne pas perdre les gens en route et le nourrir suffisamment pour que le spectateur sente que l’histoire avance, c’est un exercice avec un autre type de difficulté. Au départ, on se contentait de poser des questions et mettre en place des mystères, mais nous savions, nous avions le devoir dans la seconde saison, de les résoudre et donner des réponses à ce que nous avions mis en place. C’était une nécessité.
C’est le défi, parvenir à se renouveler…
Complètement. Nous ne savions pas comment notre fantastique allait être perçu avant la diffusion. Puis, nous ne faisons pas véritablement de soucoupes volantes, pas vraiment d’extra-terrestres, c’est différent de ce qu’on peut voir dans d’autres séries de SF sur les OVNIS. Nous, nous sommes davantage dans une sorte de trouée poétique, d’un langage plus inspiré de Boris Vian que de Spielberg. Ce langage fantastique particulier, c’est celui qu’on voulait défendre. Et comme nous n’avions plus l’effet surprise dans la saison 2, nous devions creuser et montrer que nos intentions étaient, à la base, intéressantes. Et, en approfondissant les choses, découvrir d’autres sources d’intérêt que de se laisser surprendre.
Il y a une phrase qui m’a interpellé, c’est votre envie de faire « une comédie empathique et sincère ». Dans la seconde saison (sans spoilers), vous développez davantage cet aspect-là, les relations humaines, amoureuses, amicales, familiales au travers des questionnements sur l’héritage ou la filiale. C’était important pour vous ?

Fondamental. La série est avant tout sur ça. Notre intention, dès le départ, était de réaliser une série de personnages au service duquel est le fantastique. Non pas l’inverse. Quand on élabore nos histoires, avant de penser à la mythologie dans laquelle on veut s’inscrire, on ne part que des histoires des personnages qu’on a envie de raconter. Une des notions de la saison 2, c’est le « contact ». Humainement, les personnages se sont mis des murs, on parle d’éloignement, de distance et il y avait aussi le besoin de raconter le rapprochement entre deux choses éloignées l’une de l’autre. Nous avons écrit cette seconde saison durant le confinement. Inconsciemment, cette envie est peut-être née de là (rire).
On cherchait à prendre ces éléments qui sont les grands thèmes de la rencontre extra-terrestre pour essayer de leur donner des traductions humaines donc, le contact et les origines de la vie.
Vous avez choisi de placer l’histoire dans les années 70, pourquoi cette époque-ci ?
On voulait vraiment être aux origines du GEPAN, être historiquement au cœur de sa genèse. Ce qui nous intéressait aussi, c’était de savoir pourquoi ce bureau était né dans les années 70 ? C’était un moment de l’histoire qu’on trouvait particulier à la fois sur le plan de la croyance, de l’enthousiasme, mais aussi dans la capacité des gens à s’autoriser à être naïfs, dans le bon sens du terme. Ils n’étaient pas désabusés, ils ne condamnaient pas une idée différente. Il y avait également une émulation de la vie, de la société, du regard vers le futur, qui était au cœur de ce que nous voulions raconter : un monde de rêveurs. Ça marchait assez bien. Clémence et moi, nous ne connaissions pas cette génération, mais comme c’était la génération, la vie, et la genèse de nos parents, il y avait une très forte envie de se frotter à ce qu’avait été leurs histoires, leurs couleurs. Puis, de la réinterpréter et de rêver dedans, de l’explorer.
Cette époque est visuellement intéressante, que ce soit au niveau des costumes, des couleurs et des décors. Un décor en particulier rassemble les ambitions visuelles de la série, celui du bureau au GEPAN, où se retrouve toute l’équipe de Didier Mathure. Ce lieu est vraiment un personnage à part entière. On sent que tout a été soigneusement pensé : les couleurs, le placement des meubles, les petits accessoires ici et là. Comment justement avez-vous imaginé et conçu ce décor ?

On l’a nourri de références. Nous pensions aux bandes-dessinées de l’époque avec des couleurs de Gaston Lagaffe, par exemple. Les deux chefs décoratrices ont pensé tous les détails. Dans la tête de tout le monde, il y avait le même élan. Comme nous étions dans une série de science-fiction un peu expérimentale où les personnages inventent une nouvelle discipline scientifique et donc, on retrouve des posters de soucoupes volantes et, en même temps, des échantillons de plein de petites choses, des grosses gourdes isothermes bleues ou des packs de galettes Mont Saint-Michel. Ils sont allés chercher dans tout un tas de mélange entre un club de randonnées, de sciences, et un endroit où il y a des moyens high-tech, pour donner la singularité de cet endroit qui a déjà une fonction très particulière.
Dans les représentations des bureaux de Franquin, les chefs déco avaient repris les mêmes couleurs de dossiers qu’ils avaient empilés sur le bureau de Gaston Lagaffe. On retrouve plein de références comme ça à la bande-dessinée.
On retrouvera ce décor dans la saison 2, bien entendu. Si on souhaitait raconter une histoire de personnages comme je vous le disais, c’était aussi de conter l’histoire de ce bureau. Le bureau est quelque chose d’assez central. C’est le pilier de la série, la raison centrale de l’existence d’OVNI(S).
Pour revenir sur les couleurs, on sent qu’elles sont importantes dans OVNI(S)…
On joue beaucoup avec les couleurs. On a tout de suite senti que la série serait colorée, que la série serait très visuelle, notamment parce que le GEPAN travaille avec des échantillons de couleurs, avec des instruments comme les spectres chromatiques, etc.. La couleur rose est omniprésente dans OVNI(S), c’était en somme notre fil conducteur. Elle nous a guidés pour des éléments que vous verrez dans la saison 2. La plupart de nos phénomènes sont colorés roses, c’est la couleur signature de notre fantastique, et la couleur de la magie dans la série, qui sont, oui, importantes. Dans le jeu, aussi. […] Quand on est bébé, on commence à jouer avec les couleurs et c’est un langage premier qui est au cœur de la grammaire fantastique qui se développe avec les extra-terrestres, au-delà de l’aspect décoratif.

OVNI(S) est une série très référencée. C’était aussi un moyen pour vous de vous amuser pendant les séances d’écriture ?
Bien sûr. Après, tout l’enjeu, c’était de ne pas se laisser tétaniser par tout ça. Mais le ton d’OVNI(S) est suffisamment libre. Cependant, ça crée un double langage intéressant. Comme les événements fantastiques fonctionnent sur les références personnelles des personnages, ça finit par s’intégrer parfaitement à la grammaire générale de la série. C’est comme ça qu’on les manie. Rappeler qu’on s’appuie sur toutes nos références cinématographiques, pour être dans un post-moderne de ça. On ne va pas redire la même chose, donc, on les digère et on essaie de trouver une prolongation onirique ou humoristique en partant d’elles.
Le début de cette seconde saison s’ouvre dans une centrale nucléaire. Beaucoup de gens ont rapporté des cas OVNIS autour de sites nucléaires en France et bons nombres de théories sur pourquoi les OVNIS les survoleraient. Vous vous êtes servis de cela pour construire le début de cette seconde saison ?
On ne s’attarde pas trop dessus même si l’exploration des grandes névroses françaises concernant le nucléaire nous fascinait. De plus, ces névroses continuent d’être une chose paradoxale entre culture du secret, excellence scientifique, avec des angles morts effrayants et, où se greffent des fantasmes. Puis, les années 70 c’est la grande époque du nucléaire. Ça nous a paru extrêmement organique comme lien. Nous voulions vraiment parler de ça, et une envie de trouver un cadre qui serait retentissant pour que l’équipe de Mathure se reconstitue (autour de ça).
Ensuite, il y a une l’idée que les extra-terrestres se manifestent en lien avec la manipulation de l’énergie, de l’atome, les bombes nucléaires, et qu’ils seraient là pour nous avertir de nos expériences. On ne prend pas position sur ces théories. La centre nucléaire n’est ici qu’un lieu pour mettre en lumière notre rapport avec l’immersion de quelque chose que l’on ne comprend pas (ici, la Barbe à Papa) : faut-il le dire, le cacher, faire semblant d’avoir une réponse, assumer de ne pas en avoir, est-ce qu’on s’en débarrasse en priant que ça ne revienne pas ? Ces aspects-là nous intéressaient beaucoup dans le décorum du nucléaire français.
AVIS (sans spoilers)
Synopsis :
Depuis que Didier Mathure a vu de ses propres yeux un ovni, il sillonne, en vain, la France à la recherche de nouvelles apparitions. Alors qu’il s’apprête à tout arrêter, un phénomène étrange se produit dans une centrale nucléaire. Un défi pour l’équipe du GEPAN, -Didier, Marcel, Rémy et Véra-, dépassée par ce mystère qui attise tous les fantasmes. Pour Didier, c’est sûr : une intelligence venue d’ailleurs cherche à établir le contact. Et il va tout faire pour essayer de lui répondre, à moins que Claire Carmignac du Ministère de l’Énergie ne l’en empêche…

Nouveau statut quo pour les héros d’OVNI(S). Depuis la fin de la saison une, chacun poursuit désormais son petit bonhomme(-vert) de chemin. Mais un incident au sein d’une centrale nucléaire va conduire nos héros à retravailler ensemble pour résoudre un mystère alien peu banal.
Avec ce nouvel arrimage, Martin Douaire et Clémence Dargent n’avaient qu’un seul objectif : réussir à se renouveler. Pari réussi. Nos deux martiens de la télévision française nous offrent sur un plateau d’argent, une seconde saison plus délirante, plus enivrante, où ils assument désormais pleinement l’aspect science-fiction/fantastique de leur réalisation et rédige un conte scientifique et humoristique séduisant et plein de charme.
Il y a, dans cette saison 2, une envie, une volonté d’aller plus loin, à la fois dans l’absurde mais aussi dans l’émotion. Car si OVNI(S) – Partie 2 dévoile des séquences de rires absolus, au travers une mise en scène farfelues et des idées totalement barrées, les deux scénaristes délivrent aussi des moments intimes d’une grande envergure. En effet, les relations familiales et amoureuses des personnages s’approfondissent. Car OVNI(S), c’est avant tout une aventure humaine. Ainsi, Martin Douaire et Clémence Dargent exposent et développent des interrogations liées aux thèmes de l’héritage, de la filiation, du sens de l’amour et de nos désirs profonds. Ils résolvent le tout avec une véritable réflexion, et une résonance avec notre époque actuelle.
Œuvre ultra-référencée, OVNI(S) continue de nous surprendre par son écriture extravagante et insolite, sa folie, mais également sa tendresse et sa douceur. Une bulle de rires et d’émotions, dans laquelle Martin Douaire et Clémence Dargent prennent des risques pour transformer après le succès incontestable de la saison 1.
Alors, embarquez dans l’OVNIBUS, installez-vous confortablement et laissez vous transporter par Didier Mathure et son équipe au sein d’une épopée extraordinaire, à la frontière de l’irréel et de l’incongru.
La saison 2 d’OVNI(S) sera diffusée le 21 février prochain sur CANAL +.
