YELLOWJACKETS : PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS

Synopsis : En 1996, une équipe de footballeuses du New Jersey se rend à Seattle pour un tournoi national. En survolant le Canada, leur avion s’écrase en pleine nature et les membres de l’équipe doivent survivre pendant dix-neuf mois. La série raconte leurs tentatives de survie tout en suivant leur vie actuelle en 2021.

Diffusée sur Showtime aux USA et en France sur CANAL + depuis le 3 mars dernier, Yellowjackets est une série créée par Ashely Lyle et Bart Nickerson.Mélange entre Lost et Pretty Little Liars, Yellowjackets est une conjugaison habile entre le survival, l’horreur et le thriller. La série, qui joue sur deux temporalités, brouille les pistes sur la véracité des événements s’étant déroulés en 1996 et l’authenticité des personnages, en réutilisant les codes du genre avec intelligence.
Que s’est-il vraiment passé dans cette forêt en 1996 ? Quelle est cette secte qui se cache au sein de cet forêt ? Que veut-elle aux survivantes 20 ans après ? Autant de questions qui parsèmeront les dix épisodes que composent la première saison de la série Yellowjackets.

1996 : Survivre ou mourir

Les premières secondes de l’épisode 1, tonitruantes, imposent le ton. Une séquence inquiétante, « gore », où une survivante tombe dans un traquenard tendu par ses camarades de classe. De cet acte abominable, l’écran se gèle sur son cadavre et un collier. Aucun visage n’est dévoilé. Aucune identité n’est révélée. Une scène d’ouverture d’une violence inouïe, où la neige paraît engloutir tout espoir. Puis, la caméra se fixe en gros plan sur le sourire glacial d’une des jeunes filles, visiblement heureuse que son piège ait fonctionné. Un air de cannibalisme règne alors dans ce grand froid canadien. La faim semble avoir pris le contrôle sur toute logique, tout raisonnement, toute humanité. Les filles ont-elles basculé dans le sordide ? D’autant qu’un étrange logo, comparable à celui d’une secte, est divulgué dans un second gros plan énigmatique. Ont-elles été entraînées par un quelconque groupe de cannibales déjà présent sur place ? Où en sont-elles à l’origine ?

Les flash-backs de 1996 constituent l’aspect « sensationnaliste » de la série.
La forêt révèle la part sombre des jeunes étudiantes, leurs véritables personnalités, leurs sentiments profonds mais aussi leur débrouillardise face au danger et la manière de transformer leurs peurs en actions. Tromperies, mensonges, jalousies, tensions amicales et amoureuses, tout explose au grand jour, au fur et à mesure que la forêt se fait oppressante, menaçante. Elle écrase les héroïnes, les broie, jusqu’à leur faire perdre la tête. La forêt est comme une entité vivante, capable de corrompre tout individu.

La série est conçue sur un tempo en crescendo. Plus les filles passent de temps dans cette forêt aux airs pourtant chaleureux, plus les sujets sensibles aux divisions naissent et alimentent les conflits. Sur ce point, c’est une réussite. Ashley Lyle et Bart Nickerson ont un sens indéniable du rythme dans leur écriture et font intervenir des éléments modernes (féminisme, sexualité, avortement…) pour toucher, immerger émotionnellement le téléspectateur dans ces affrontements verbaux. Néanmoins, le côté « survival » est parfois mis à part, au détriment de ces joutes verbales et l’exploration des relations humaines, qui restent le point fort de la série. En effet, tout paraît souvent évident ou facile. Les filles trouvent rapidement de quoi s’abriter, parviennent à chasser sans la moindre difficulté et les blessés sont soignés avec une facilité déconcertante. Les promesses d’un vrai survival ne sont pas toutes tenues, tout comme les matériaux horrifiques ne sont pas suffisamment exploités.

Image : Petit stage entre copine pour apprendre à dépecer un cerf, organisé par Yannick Jadot.
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Quelques longueurs et un basculement dans l’horreur qui survient trop tardivement. Cette sensation, elle se ressent entre les épisodes 5 et 8, véritable ventre mou de la série. Mais Lost avait aussi ses facilités scénaristiques et les menaces « fantastiques » n’intervenaient, elles aussi, qu’en fin de saison. Il faut savoir raison gardé, il y a malgré tout assez de matière pour maintenir une tension palpable dans ces flashbacks.

2021 : le secret caché des survivantes

Dans cette seconde temporalité, nous suivons quatre des survivantes : Misty (Christina Ricci), Natalie (Juliette Lewis), Taissa (Tawny Cypress) et Shauna (Melanie Lynskey). Chacune mène sa vie à son rythme, en composant avec leurs secrets. Misty est désormais infirmière dans un EHPAD, et semble parfois prendre un malin plaisir au sadisme avec ses patients. Natalie, ancienne alcoolique revient dans sa ville natale pour élucider un mystère lié à leur passé et croisera de nouveau la route de ses camarades de classe dont Taissa, mère de famille lesbienne et occupée par des élections municipales. Mais aussi Shauna, dont la vie est somme toute banale jusqu’à sa rencontre avec un étranger du nom d’Adam.
La série introduit ainsi des thrillers familiaux, intensifiés par l’arrivée d’un mystérieux maître chanteur. Le dénouement de cette partie étonnera mais laissera peut-être un goût amer, tant la résolution est aussi inentendue qu’improbable. Toutefois, et c’est la force de Yellowjackets, la série prend un contre-pied une nouvelle fois imprévisible. En effet, l’intégralité de l’histoire est relancée par un accident, une découverte macabre et des dernières minutes haletantes, où les questions seront encore plus nombreuses qu’au départ… Une succession efficace de cliffhangers, qui conduira inéluctablement à vouloir découvrir la seconde saison déjà prévue par Showtime.

Pour en revenir sur le côté thriller de la série, Yellowjackets sème parfaitement le doute sur l’intention des héroïnes, leur rapport aux autres, les secrets qui les unissent, et joue ingénieusement sur toutes ces ambiguïtés. Le personnage de Misty est celui sur lequel Ashely Lyle et Bart Nickerson s’appuient pour créer une véritable atmosphère de méfiance, notamment après le premier plan de la série et ce sourire affamé qu’elle nous offre. Il faut dire que l’interprétation des deux actrices (Sammi Hanratty / Christina Ricci), magistrale, apporte une dramaturgie au personnage qui accentue le mystère autour d’elles et de leurs actes passés. Ce sont, sans conteste, les deux révélations de Yellowjackets !

Image : La Girls-Band adulte de Yellowjackest – De gauche à droite, Shauna (Melanie Lynskey), Taissa (Tawny Cypress), Natalie (Juliette Lewis) et Misty (Christina Ricci).

Une structure narrative captivante où, là aussi, des éléments horrifiques viennent se greffer au récit. Les hallucinations (?) et absences dont Taïssa est victime sont troublantes, d’autant qu’elles s’attaquent également à son petit garçon. Dans le passé comme dans le présent, Taïssa est en proie à des visions d’horreur qui alimentent le scénario entre ésotérisme et occultisme. Une obscurité et une entité voilent le bonheur de sa famille. Un moyen pour contenir de nouveaux enjeux et, pour Ashely Lyle et Bart Nickerson, de maintenir continuellement la pression sur le spectateur.

Conclusion

Série intelligente au mélange des genres déroutants, Yellowjackets possède toutes les qualités d’un bon survival. Si on regrettera que toutes nos interrogations restent en suspend après le final de la saison une (la série est peu avare en réponses), la création d’Ashely Lyle et Bart Nickerson séduit par son scénario ensorcelant et ses personnages très bien caractérisés. Ils sont le pilier de Yellowjackets et, sans une bonne caractérisation, des enjeux personnels forts et des passés nébuleux, la série n’aurait sûrement pas eu le même effet.

Merci à CANAL +, qui m’a permis de visionner les 10 épisodes en avant-première.