Le 12 avril dernier s’est tenu l’avant-première du nouveau film de Philippe Guillard : J’adore ce que vous faites avec Gérard Lanvin et Artus. Une comédie charmante et hilarante, qui a enchanté le public Rochelais.
Au cours de cet événement organisé par le CGR Les Minimes, le réalisateur Philippe Guillard et le comédien Artus se sont confiés à mon micro sur l’écriture du film, les improvisations lors du tournage et la manière dont l’humoriste a abordé son premier rôle au cinéma.
Synopsis : Alors que Gérard Lanvin s’apprête à tourner l’un des films les plus importants de sa carrière dans le sud de la France, son chemin croise celui de Momo Zapareto… Pour son plus grand regret. Car Momo est fan, très fan, trop fan ! Pour Gérard, le cauchemar ne fait que commencer…
« J’adore ce que vous faites », une comédie sur la popularité
Quand une star du cinéma français rencontre un de ses plus grands fans, comment l’un et l’autre réagiraient-ils ? Surtout si ce dernier est vraiment lourd, très lourd. Le point de départ de ce scénario saugrenu, le réalisateur Philippe Guillard l’a imaginé suite à un constat et une anecdote qu’il nous raconte : « L’idée du film est né deux choses : la première, c’est que cela fait un petit moment désormais que je tourne en promotion avec Gérard Lanvin et que j’ai pu constater sa cote de popularité. J’ai assisté à des scènes qui pouvaient amener à de la comédie. La seconde est une anecdote. Un jour, j’emmène Gérard voir un match de rugby. Il voulait partir un peu avant la fin du match pour ne pas qu’on le reconnaisse et que ce ne soit pas la cohue dans le stade. Malheureusement, il n’a pas pu trouver de taxi dehors. Ce sont des policiers qui l’ont aidé en arrêtant une voiture de mec de banlieue. Les personnes se sont retrouvées avec Gérard Lanvin dans leur voiture pour l’amener à Paris. Au début, ils ne l’ont pas reconnu mais quand ils ont compris que c’était Gérard Lanvin assis avec eux, ils ont décidé de faire tout le tour du quartier et de l’amener à leur cité. Pour eux qui avaient vu Le Boulet, c’était Moltese, leur personnage préféré. Il est arrivé à Paris deux heures après (rire). Ce sont ces deux choses qui m’ont donné envie de faire un film sur la popularité et celle de Gérard Lanvin car, pour moi, c’est un des acteurs les plus populaires dans le cinéma français ».
Si Gérard Lanvin était l’évidence pour incarner son propre rôle à l’écran, Philippe Guillard n’avait pas forcément le nom d’Artus en tête à l’écriture du script. L’auteur de « Papi-sitter » avait même une autre idée, assez savoureuse : « J’ai hésité à ce que ce soit une femme dans le rôle d’Artus. Je pensais le confier à Blanche Gardin. Mais je ne sais pas écrire pour les filles. Alors, je suis resté sur un homme ».

Puis, Artus s’est rapidement imposé. Les deux hommes partageant en outre, une passion commune : « Avec mon producteur, on a vite évoqué Artus. Quand je l’ai rencontré, outre le fait qu’on a parlé de rugby en buvant des bières, instinctivement, je le voyais attachant et capable de jouer le boulet. Artus est très drôle. Drôle et attachant, on ne peut pas faire mieux ». Deux éléments que l’on retrouve tout au long du film. Le personnage d’Artus, Momo, est à la fois ce fan inconditionnel et maladroit, un peu lourdingue, mais sensible qui doit composer avec une histoire passée tragique. Un rôle qu’Artus à su épaissir grâce à ses talents d’humoriste : « À l’écriture, j’ai mis de la base. Après, sur le tournage, Artus est rentré dans la base que j’avais écrite et l’a faite exploser pour amener le personnage vers son univers à lui. Je l’ai laissé faire parce que ses propositions étaient drôles et pertinentes. Bien plus, parfois, que ce que j’avais écrit. Je l’ai laissé en liberté totale, notamment sur les dialogues et les gags. Il a une proportion à inventer des choses extrêmement surprenantes sur l’instant. Ça fait aussi la qualité du film ».
Une grande partie du long-métrage repose sur les épaules d’Artus. Il impose un rythme, une dynamique qui contraste avec le calme de Gérard Lanvin. Cependant, le duo et la comédie du film fonctionne par ce contraste et grâce au regard de Gérard Lanvin comme le confie Philippe Guillard : « Gérard a très bien suivi le rythme d’Artus. Et c’est tout le propos du film. Il fallait qu’Artus soit l’énergie et ça tombe bien puisqu’il en a à revendre. Et puis, c’est tout le truc du Clown Blanc et de l’Auguste. Dans un duo, on ne peut pas avoir deux personnages à fond, sinon c’est fatiguant. Et le contraste serait moins marqué. C’est une formule que nous n’avons pas inventé. Souvent, le rire arrive aussi par rapport au regard de l’autre. C’est un peu « Le Dîner de Cons ». Ce qui provoque le rire, c’est le regard de Thierry Lhermitte sur Jacques Villeret. Nous, on rigole de la connerie mais le vrai rire provient lorsqu’on voit le visage dépité de Thierry ».
Le cadre de La Seconde Guerre Mondiale

Lorsque Momo rencontre Gérard Lanvin, l’acteur arrive dans sa ville natale pour le tournage d’un film américain. Un tournage dans lequel Gérard Lanvin incarne le Maire d’un village occupé par les Nazis. Un cadre peu anodin mais pratique selon le réalisateur : « Je voulais qu’il y ait un relief entre le tournage et la vraie vie (après le tournage). C’est-à-dire que Gérard Lanvin était habillé en Gérard Lanvin hors tournage et déguisé en personnage lorsqu’il tournait « l’autre film ». Ainsi, nous étions de suite dans le relief et nous n’avions pas besoin d’expliquer à chaque fois si c’est Gérard Lanvin acteur ou Gérard Lanvin hors caméra que l’on voit à l’écran. Ensuite, c’est surtout une question de moyen. C’était moins cher de faire la guerre 39-45 que le film d’époque ».
Une question de moyen en effet, car, au départ, le film de Philippe Guillard devait se dérouler à une autre époque, en se liant avec un des films cultes de Gérard Lanvin : « Au tout début du scénario, Gérard devait jouer Le Chevalier Bayard en référence au chevalier blanc qui était son premier rôle au cinéma avec Coluche » avoue le cinéaste.
« Puis, tout le monde a un costume de Nazi chez lui (rire). Les figurants ramenaient leurs costumes, ça réduisait les coûts » – Artus
Ce relief dont parlait Philippe Guillard fonctionne, notamment dans la comédie. Lorsque sont tournées des scènes tragiques de guerre et que Momo bouleverse le tournage par ses maladresses et sa bonhomie, le rire est instantané. Un équilibre parfait que Philippe Guillard et Artus orchestrent avec une grande intelligence. Et à la question de savoir si ce choix de La Seconde Guerre Mondiale n’est en réalité pas un fantasme caché de la part du réalisateur de mettre en scène un film sur cette période de l’Histoire, il répond : « C’est Gérard qui fantasme sur un film d’époque. Moi aussi, bien entendu. Réaliser un film sur les années 30, en tant que réalisateur, ça doit être formidable. Néanmoins, je ne rêve pas, on ne me confiera jamais un projet pareil. Je sais que Gérard aimerait bien en faire davantage. C’est aussi pour ça qu’il avait accepté le rôle du comte de Joffrey de Peyrac dans Angélique de Philippe Blasband ». Quand apparaît Gérard Lanvin dans la peau d’un Maire résistant face à l’armée Nazie à l’écran, on en rêve…
Artus, la nouvelle coqueluche du cinéma français

Il fut une des révélations de France 2 dans l’émission de Laurent Ruquier, « On n’demande qu’à en rire », Artus a fait rire des millions de spectateurs durant trois années. « Tout pour éviter la grippe », « La traditionnelle Galette des Rois », « Le Pape a tweeté en latin » ou encore « Le plaisir de lire baisse chez les jeunes », autant de sketchs mémorables qui ont fait son succès, dévoilant aussi sa capacité à interpréter, parodier des personnages historiques ou fictifs. Des débuts dont il se remémore : « Quand j’ai démarré chez Ruquier, j’étais cuisinier. J’ai toujours fait du théâtre et de l’improvisation en amateur, en me disant que c’était une passion, que réussir là-dedans était impossible et réservé aux petits bobos parisiens qui faisaient le Cours Florent. Je n’ai jamais envisagé ça comme un métier. Je me suis laissé prendre au jeu lorsque je suis arrivé dans l’émission de Laurent Ruquier ».
Ce succès, bien que mérité, Artus en conçoit la fragilité et préfère apprécier l’instant présent : « Quand on se retourne en arrière dix ans après, on est étonné de voir qu’on est encore là. Aujourd’hui, je me dit que tout peut s’arrêter et que je peux retourner en cuisine. Je prends les choses comme elles viennent et je profite du moment ».
Désormais, il est une des stars montantes de la comédie française et détonne dans des films choraux tels que Si on chantait – au côté de Clovis Cornillac – ou Pourris Gâtés – au côté de Gérard Jugnot. Le dernier film de Nicolas Cuche a par ailleurs été la comédie surprise de Netflix, à l’international. Honduras, Mexique, Equateur, Brésil et même Israël ou Maroc, la comédie adaptée du film mexicain Nosotros los Nobles cartonne. Un engouement qu’il n’explique pas : « On ne peut pas attendre ces choses-là. C’est la magie des plateformes, qui est complémentaire avec le cinéma. On touche le monde entier. Je me rappelle que La Casa de Papel était diffusé en Espagne et que la série avait été un échec. Arrivée sur Netflix, elle explose. Pareil pour la série coréenne Squid Game dont personne ne croyait. Finalement, Netflix lui offre une chance et devient un succès mondial. Les plateformes permettent de pouvoir regarder des programmes de toute la planète et c’est ce qui fait qu’une comédie française avec Gérard Jugnot se retrouve à être dans le top 10 des films non anglophones les plus vus au monde sur Netflix. Puis, c’est une comédie. On est derrière Balle Perdue et Bronx, c’est inattendu car la comédie ne s’exporte pas autant que des films d’actions. En Amérique Latine, on a eu un immense succès. Je ne sais pas pourquoi, mais à un moment ça prend, ça s’enflamme et on ne maîtrise plus rien. C’est fou ». Pour autant, là aussi, ce succès ne lui a pas fait perdre la tête et ses objectifs de carrière restent les mêmes : « Je suis très chauvin. Mon objectif c’était de faire du cinéma. Si on me propose un rôle aux USA, j’en serai ravi mais ce n’est pas mon objectif. J’espère surtout que ce succès permettra de donner un regard nouveau sur la comédie française. Après, j’ai reçu des messages du monde entier du Brésil, du Portugal, qui étaient enchantés du film. C’est rigolo ».
Son premier rôle
Avec « J’adore ce que vous faites », Artus se voit offrir son premier rôle au cinéma, en compagnie de Gérard Lanvin qu’il admirait déjà en tant qu’acteur. Une aubaine pour le jeune comédien : « C’est mon premier rôle. C’est difficile de décliner un premier rôle, d’autant plus lorsqu’on vous dit que vous allez donner la réplique à Gérard Lanvin. C’est encore plus compliqué de refuser. Puis, le projet est arrivé post-confinement et nous avions envie de nous amuser. C’était le bon moment et le projet idéal. Tout était aligné ».
Un rôle qu’il a su saisir, s’approprier avec toutes ses qualités et fort de ces expériences passées : « C’est un rôle comique et libre, alors j’ai demandé à Philippe si je pouvais le faire à ma manière, rajouter des conneries. L’avantage du cinéma, c’est qu’on peut en faire plus et, si ça ne va pas, on peut couper au montage. On a tourné 2h30 de film. […] Donc oui, il y a eu beaucoup d’impro parce que c’est mon ADN et que j’ai besoin de m’amuser ».
J’adore ce que vous faites sortira le 18 mai prochain. À ne manquer sous aucun prétexte !
