L’heure d’une nouvelle rentrée scolaire approche pour Benjamin Rousseau. Le 18 mai prochain, sur France 2, ce professeur de philosophie atypique rencontrera sa nouvelle classe, ses nouveaux élèves et fera face à son lot de problématiques.
Pour parler de cette très belle seconde saison, rencontre avec le scénariste Thomas Boullé, le comédien Charlie Dupont et les comédiennes Andréa Furet et Lucie Vagenheim.
Description
Benjamin Rousseau rempile pour une deuxième année, au lycée La Fontaine avec des certitudes toutes neuves : avoir trouvé sa place en tant que prof et père, mais être méchamment passé à côté de Stéphanie – une, si ce n’est la femme de sa vie. Mais Stéphanie est loin de considérer Benjamin comme l’homme de la sienne… Il va falloir toute l’inventivité du prof de philo pour la convaincre de lui laisser une chance.
Par ailleurs, Stéphanie comme les nouvelles élèves de Rousseau vont aussi le forcer à se remettre en question et se demander ce dont ont besoin les femmes aujourd’hui. Car Stéphanie, happée par un quotidien prenant, a des priorités exigeantes. Mais les nouvelles élèves de Rousseau aussi. Zoé, brillante mais perdue, Léna, l’attachante fille née garçon, Inès, enceinte au mauvais moment, Morgane, sont toutes décidées à forger leurs vies sans contraintes et en toute liberté.
Accompagnées de leur prof, mais aussi par les garçons de leur classe, Théo, Gaétan et Gabriel, qui définissent chacun à leur façon une masculinité neuve, plus fine et tolérante, les élèves de Rousseau écriront ensemble une nouvelle page de libertés…
INTERVIEW – PARTIE 1 : Entretien avec le scénariste Thomas Boullé et le comédien Charlie Dupont
Chaque épisode est structuré de la même manière : un personnage, une difficulté à résoudre, lié à un thème philosophique. De plus, les séries ont la particularité de pouvoir se regarder indépendamment. Cette structure narrative, comment a-t-elle été pensée au départ ?
Thomas Boullé, scénariste : La structure a été pensée comme on enseigne la philosophie en France, autour d’une problématique. Chaque épisode, nous posons une question philosophique, au travers un dilemme qui semble difficile à résoudre. Cette question devient alors le cœur de l’épisode. Pour choisir un thème, il faut trouver la rencontre entre un sujet de société actuel, qui parle de la transformation de la France et des Français, un personnage et une problématique. Nous cherchons beaucoup avant de trouver la bonne porte d’entrée dans un épisode. Ce qu’on aime, c’est que l’on en parle pas de « cas du jour » mais de « héros d’épisode ». C’est le point de vue de l’adolescent qui compte. C’est vraiment leur épisode. On entre dans leur vie, l’épisode est toujours à travers leur regard et non celui des professeurs, des parents ou de l’administration. Eux, ne leur donne jamais la solution. Notre professeur, Benjamin Rousseau, les aide à réfléchir mais ce sont les ados qui sont au volant de leur existence. Nous y tenons beaucoup.
[…] On voulait, d’une part, que la série soit facile à regarder par le public le plus large, à la fois un public de fidèles ou un téléspectateur qui regarderait un épisode de temps à autre, mais aussi par les jeunes et leurs parents. Avoir une structure bouclée avec des épisodes qui se tiennent séparément permettait d’avoir un rythme de série moins régulier et, par ailleurs, de réunir toute la famille devant la télé. Ce qui n’est pas aussi clair dans la série espagnole.
Quels thèmes allez-vous aborder dans cette seconde saison, et qu’est-ce qui a motivé ces choix ?
Zoé et le responsabilité, épisode 1 : Le premier thème que nous aborderons est celui de l’alcool, du rapport des jeunes à la boisson, avec les risques de dérapages que ça implique. À la mode Rousseau, la question qui va se poser est celle de la responsabilisé, notamment vis-à-vis des autres.
Léna et la nature, épisode 2 : Nous parlerons dans ce second épisode de la trans-identité, que nous mettrons en lien avec la question de la Nature : « si nous modifions celle-ci, est-ce que cela peut se retourner contre soi ? » Et Rousseau qui interroge : « Modifier la Nature, n’est-ce pas le propre de l’Homme ? » Ça nous tenait à cœur de raconter cette histoire.
Inès et le destin, épisode 3 : Nous abordons ici la question du destin, au travers l’histoire d’une adolescente enceinte, tiraillé entre accouché sous X ou garder son enfant.
Gaëtan et la guerre, épisode 4 : Nous évoquerons-là, la discrimination positive avec un jeune étudiant somalien admis dans une classe prépa via une filière d’admission parallèle et qui devient la victime d’attaques de gens pensant avoir été spolié. Quelle est la bonne réponse à apporter à cela, comment on se défend lorsqu’on est attaqué.
Morgane et l’autorité, épisode 5 : L’épisode 5 mettre en avant la question du harcèlement sexuel lorsqu’il vient d’une personne détenant l’autorité. Ce qu’on a voulu raconter, c’est que la société change. Lorsqu’une jeune fille est agressée, un rapport de puissance s’inverse car, d’un seul geste, d’un seul mot, d’une seule plainte, elle peut briser la vie de son harceleur. La question que se pose cette fille, c’est : « Moi qui ne suis pas sûr de ce qui s’est passé, j’ai ce pouvoir entre mes mains et, est-ce que je dois le dénoncer ? ». C’était une question un peu nouvel d’aborder le sujet.
Gabriel et la famille, épisode 6 : Enfon, le dernier sujet, c’est celui de l’adoption. Le personnage de Théo découvre qu’il a été adopté mais peut-on pardonner à sa vraie famille d’avoir menti sur ce sujet ? Peut-on mentir par amour et peut-on dépasser le mensonge ?
Nous voulons que la série soit ancrée dans l’actualité et que les personnages mènent l’histoire, que le sujet d’actualité n’écrase pas le héros de l’épisode. L’histoire doit venir du personnage. Nous réfléchissions beaucoup pour trouver une justesse et un point de vue singulier lorsqu’on aborde une histoire.
Comment avez-vous imaginé et construit le personnage du professeur Rousseau et comment va-t-il évoluer dans cette seconde saison ?

Dans la saison une, nous définissions le personnage de Benjamin Rousseau comme un ex-punk, queutard, qui a raté sa vie. Dans la saison 2, il réalise qu’il doit changer ne serait-ce que par amour pour Stéphanie dont il est tombé amoureux. La question qu’on pose dans cette suite, c’est va-t-il changé vraiment et cela suffira-t-il à convaincre Stéphanie de revenir vers lui ? Il va aussi prendre conscience qu’il a certaines forces. Certes, il a une approche radicale de la vie mais il sait être dans le présent, il sait prendre le bonheur lorsqu’il se présente et, c’est peut-être ça qu’il manque à Stéphanie. Donc, changer oui, mais doit-il renoncer à ses forces, à ce qu’il peut apporter à Stéphanie ? Puis, il y a l’arrivée d’un nouveau professeur avec qui elle va avoir une liaison et qui représente tout ce que Benjamin n’est pas : ponctuel, fiable, responsable.
Ça nous amusait de voir comment Benjamin allait se positionner face à une personne qu’il n’arriverait jamais à devenir.
Il y a des différences notables entre Benjamin Rousseau et sa version espagnole ?
Quand Agatha et moi nous nous sommes rendus compte que nous ne pourrions pas adapter la série espagnole sous sa forme, nous nous sommes interdits de regarder tous les épisodes afin de créer notre propre personnage. Les deux personnages ont en commun cette radicalité dont je parlais mais il y a une différence notable, Benjamin Rousseau peut être goujat mais il n’est pas misogyne ou irrespectueux des femmes. Dans la série espagnole, c’est l’inverse et cela fait partie de son parcours, d’apprendre à mieux considérer les femmes et à ne plus les voir comme des objets. Ce qui n’est pas un enjeu pour Benjamin, il n’a pas de problèmes de rapport à la masculinité ou la féminité.
C’est le philosophe pas tout sage (rire). Le dicton « faites ce que je dis, pas ce que je fais » pourrait parfaitement s’appliquer à Benjamin Rousseau. Il donne de très bons conseils à ses élèves mais il est perdu dans sa propre vie…
Mais c’est ce qui fait son charme…
Ça le rend très humain , effectivement. C’est ça qui nous plaisait. Lui conseille tout le monde mais pourquoi n’arrive-t-il pas à prendre les bonnes décisions dans sa vie personnelle ? C’est une des questions de la saison 2, d’où vient ses failles ? pourquoi a-t-il peur d’être heureux ? pourquoi il a peur de s’engager ? On essaie d’apporter des réponses. C’est grâce à sa mère, Eva, que les réponses s’imposeront. On va découvrir que leur relation revient de loin. […] La responsabilité et l’engagement par rapport aux autres est au cœur des réflexions de Benjamin et de son enseignement, il est normal que la question se pose dans sa propre vie. Benjamin Rousseau est un personnage individualiste, un peu nietzschéen. Mais c’est quelqu’un de profondément moral donc, ces interrogations-là, il se les pose tout le temps. Mais à force de se les poser, il fait du surplace dans sa propre vie.
Annie Duperey a un rôle plus conséquent, plus en profondeur. On la découvre plus intime, plus sensible que jamais… C’était important de lui donner davantage de place en saison 2 ?

Oui. Il y a deux choses qui se sont croisées. La manière géniale dont Annie Duperey s’est emparée du personnage et ça nous paraissait alors logique de lui donner plus d’espace. Puis, cette envie de creuser cette relation pour permettre aux spectateurs de mieux comprendre qui est Benjamin Rousseau. Il fallait donc le confronter à sa mère, à leur passé, à l’adolescence et essayer de comprendre pourquoi ils ont une relation aussi atypique, d’amour et de vacheries permanentes. […] Eva Rousseau est une comédienne qui a vécu sa vie comme une fuite en avant, dans l’excès, fuit ses problèmes. A travers l’art et la fantaisie, elle parvient à tout surmonter. Néanmoins, cela a un coup. Et c’est ça qu’on creuse en saison 2 car elle va recevoir une triste nouvelle.
Cette nouvelle va raviver une colère entre Eva et Benjamin mais cette colère sera peut-être aussi l’occasion de se dire enfin des choses qui ne se sont jamais dites et de réparer certains blocages.
Comment travaillez-vous une série sur la philosophie ? Avez-vous eu une aide extérieure ?
Il y a énormément de ressources dans l’édition et internet. Néanmoins, c’est très chronophage de se renseigner, travailler un sujet pour en extraire 2-3 idées clé. Notre objectif avec cette série, c’est que Rousseau décale toujours son sujet. À travers les exemples, les questions qu’il pose nous essayons de trouver les quelques pépites qui permettent de valoriser le sujet et d’être surprenant. En 52 min, nous n’avons pas la prétention d’être exhaustif et de travailler un sujet en profondeur. Ne révisez pas le bac avec La Faute à Rousseau mais ça peut motiver pour réussir (rire).
Ce n’est pas l’intérêt de la série…
Non, l’intérêt de la série reste humaine. Nous voulons simplement montrer comment aider des élèves à un moment charnière de leur vie, dépasser certains blocages. La philosophie peut les aider. C’est pour ça que j’aime le concept de cette série. Contrairement à d’autres professeurs qui pourraient s’intéresser à la vie des élèves et paraitrait hors de propos, Benjamin Rousseau est légitime car utilise son outil à lui, la philosophie. Il est à sa place. Même si ça déborde un peu, il y a quelque chose de naturel de se lier aux élèves, lier à la force de la matière.
Quel est votre rapport à la philosophie ?
Agathe ma co-autrice a fait des études de philosophie. Elle était donc toute indiquée pour la série. Pour ma part, j’ai eu 7 en philosophie au bac. J’étais furieux car j’avais des excellentes notes toute l’année et je n’ai pas compris pourquoi j’ai raté le bac à cause de ça. À travers cette série, je prends un peu ma revanche. J’avais une professeure de philosophie qui me fascinait, c’était au bord du transfert entre elle et moi. Ce qu’elle disait m’enivrait tellement que je n’arrivais plus à savoir si j’aimais la matière ou ma professeure. Quand j’allais la voir après les cours, j’étais toujours gêné et fasciné. À la fin de l’année, elle m’avait offert un livre et je l’ai encore. […] Aujourd’hui, je n’aimerai pas la revoir. J’aime bien l’idée que ce fut quelque chose chose de très fort, de très pur. Je ne veux pas briser l’idéal que je me suis construit. […] Je me souviens que la philosophie était la première matière où le professeur s’adressait à ses élèves en parlant de leur intimité et j’avais trouvé ça fou et transgressif, de parler dans un cadre scolaire, de l’intimité. Faire de la philo au lycée m’a transformé, je pense. Lorsqu’on m’a proposé de travailler sur la série, j’ai tout de suite vu le potentiel énorme dans le bouleversement pour un élève d’avoir un prof de philo passionné.

Comment vous expliquez cette aversion, cette tendance pour les séries mettant en scène des professeurs (L’École de la Vie, Le Remplaçant…) ?
Je pense que pour les grandes chaînes, l’école est un lieu idéal parce qu’on peut à la fois parler des jeunes et des adultes, et permettre de rassembler les enfants et les parents devant une même fiction, de partager un moment ensemble, d’échanger sur la base d’un personnage ou d’un épisode. La force de l’école, surtout le lycée, c’est d’être un point de rencontre entre la problématique des jeunes et des adultes. Par ailleurs, dans une école, nous retrouvons beaucoup de personnages et pouvons raconter de grandes nombreuses histoires différentes.
Une saison 3 en vue ?
La saison 3 est déjà en cours d’écriture. Désormais, tout est entre les mains de France 2. Tout dépendra des audiences de la saison 2.
Charlie Dupont : professeur modèle ?
Qu’est-ce qui vous avait convaincu d’accepter le rôle de Benjamin Rousseau ? Et, qu’est-ce qui vous touche chez ce personnage ?
Ce qui m’a convaincu d’accepter, c’est l’intime conviction que ce personnage allait m’amener des choses. Parfois, on ne sait pas bien où l’on va lorsqu’on accepte un rôle. Parfois, soit on est fou amoureux d’un personnage mais le film est mauvais, ou, au contraire, on y va avec des pieds de plomb, on passe un tournage formidable et le film est réussi. C’est très difficile d’avoir des indicateurs fiables donc, on se base sur une sorte d’intime conviction. Quand j’ai passé le casting, je m’étais déjà beaucoup amusé à jouer ce personnage. Son côté décalé correspondait aussi à quelque chose de décalé chez moi. Très vite, j’ai eu l’impression que ce qui était écrit correspondait d’une manière assez étrange à la manière dont je parle moi-même. Donc, ça m’a donné envie d’y aller. Ajouté à cela, « Le Cercle des Poètes Disparus » est un film importantissime parce que je l’ai vu à un âge où j’avais besoin de voir ça comme jeune garçon de 17 ans. C’était une double révélation car, non seulement cela m’a fait du bien humainement mais Robin Williams, dans ce film, est une des raisons pour laquelle j’ai eu envie de faire ce métier. Tout ça aligné, j’avais une volonté plus franche de vouloir ce rôle. Puis, j’avais également la sensation que j’allais pouvoir faire un travail que je ne fais pas souvent. Au théâtre, au cinéma ou à la télévision, j’ai souvent fait des constructions de personnages qui sont loin de moi. Ici, au contraire, j’allais me rapprocher de moi-même. Ce qui me touche particulièrement chez ce personnage, c’est qu’il y a un paradoxe. Pour citer Nietzsche : « On devient ce que l’on est ». Rousseau en fait une injonction « Deviens ce que tu es ». Il y a ce travail d’une vie pour être au bon endroit de soi-même. Dans une interview, Michel Serrault disait : « Tout ce qui compte dans la vie, c’est d’être à sa place ». Ce qui veut tout et rien dire en même temps. Plus j’avance, plus être à sa place c’est d’accepter ses paradoxes. Et donc, ce qui me plaît chez Benjamin, c’est ce paradoxe énorme entre son intelligence, sa capacité analytique sur les autres et sa nullité en gestion émotionnelle en ce qui le concerne. C’est une balançoire à personnage très intéressante. J’ai toujours aimé construire des personnages sur des paradoxes. C’est génial de pouvoir louvoyer élégamment entre deux vents contraires.
Comment avez-vous abordé ce nouveau rôle et travaillé la démarche, la posture, la gestuelle et la façon de parler de votre personnage ?

Sur la corporalité du personnage, comme il est assez bien déprimé en début de première saison, j’ai cherché quelque chose qui tombe vers le bas, qui referme le corps. J’ai revu « Will Hunting » avec Robin Williams mais aussi « The Rationnal Man » où Joaquin Phoenix incarne un professeur de littérature alcoolique. Je lui ai volé quelques tics de regards vers le bas. C’est assez technique. Lorsqu’on regarde vers le bas on refuse l’obstacle, on revient vers soi-même. Sur la manière de parler, j’ai fait un non-travail qui s’est avéré payant. Dans les leçons de philo, l’idée était que le personnage n’existe pas du tout, qu’il s’agissait simplement de moi, Charlie, qui parle à ses jeunes acteurs, pas à leur personnage non plus, pour leur faire comprendre la leçon.
Je n’ai rien fait d’autre que ce que j’aurais fait si on m’avait demandé de faire un cours de philo en le rendant compréhensible pour des jeunes de 18 ans. Je suis papa d’une fille du même âge. Pour faire le lien, je me suis vraiment identifié à la manière qu’a Benjamin de parler à ces enfants. Je parle assez bien de la même façon aux miens, à base de conneries. J’ai toujours cru au second degré pour faire passer le premier. Benjamin parle ainsi. J’ai mis ma patte oui, avec, gloire à eux, une liberté de la part des producteurs. En dehors des prises, les élèves parlaient entre eux. Le dialogue continuait sur les thèmes de philo. Je devenais un peu leur tonton à tous. J’ai essayé de sauvegarder ça. Et avec les nouveaux élèves de la seconde saison, de recréer quelque chose d’aussi simple que ça. En fin de saison, je les embrasse en pleurant comme si c’était mes enfants. Je les aime profondément. Pourquoi aller chercher à jouer ça, si on peut le travailler en vrai.
C’était perturbant, difficile justement de créer des liens avec de nouveaux acteurs pour cette seconde saison ?
En effet, j’avais une grosse appréhension. Sans fausse modestie, le fait que j’arrive à jouer dépend aussi beaucoup d’eux, de ce qu’ils vont m’apporter. Le jeu, c’est une partie de tennis, on dépend de la qualité du partenaire. Et ils ont tous été géniaux. Puis, leurs problématiques sont encore plus pointues qu’en saison 1 et ils ont des charges émotionnelles encore plus fortes à jouer. Du coup, cela se déverse sur moi et me met dans des états de délabrement plus poussés. Ce dont j’avais envie en saison 2, c’était que Benjamin morfle davantage. Le fait que la problématique des élèves soit plus dure a permis que ce soit le cas. Nous devons ça aux scénaristes, qui ont fait un travail exceptionnel.
Pour travailler votre personnage, avez-vous aussi parlé à des professeurs de philo, avez- vous lu quelques auteurs en amont du tournage ?
J’ai fait des études de droit, dans lesquelles il y a de la philo. Pour la petite anecdote amusante, les études de droits que j’ai réalisées me permettraient en Belgique en tous cas, d’enseigner la philo en passant quelques équivalences. J’avais adoré étudier la philo à cette époque-là. Je devais raviver ces concepts. Pour être honnête, je n’ai rien relu si ce n’est que je me suis attelé à faire quelques recherches pour bien comprendre profondément ce que je disais et être libre d’improviser sur les concepts que je devais enseigner.
Il y a de l’impro dans les cours ?
Oui, pas mal. Ce sont des scènes qui sont potentiellement les plus indigestes. Puis, je devais les surprendre à un endroit où ça continue de les amuser après dix prises. Pour sauvegarder l’intérêt, je fais le con plus que nécessaire effectivement. […] Faire le loup derrière le rideau, comme on le voit dans la bande-annonce, est un exemple.
C’était toujours aussi agréable de poursuivre l’aventure avec Annie Duperey ?

C’est une leçon de jeu et de vie permanente. Sur le plateau, c’est sûrement l’actrice la plus jeune d’entre nous. Je l’adore ! Je ne sais pas quel adjectif élogieux lui appliquer tellement elle est formidable. A elle-seule, elle est une partie du cinéma français. Elle arrive avec une pure envie de jouer qui force l’admiration et rassure sur le fait de pouvoir faire ce métier sans être blasé. Il y a beaucoup d’ennemis dans ce métier, à l’intérieur de nous-même j’entends : l’égo, le côté blasé. Annie exactement le contraire. Elle est là pour s’amuser et raconter une belle histoire, avec de la subtilité, du partage, qu’elle devrait être Présidente de la République (rire). J’espère que son rôle dans la saison 3 continuera d’évoluer.
La série traite de sujets d’actualité, de société. C’est une série importante pour vous ? Cela fait partie des raisons pour lesquelles j’ai accepté ce rôle. Je trouve que nous sommes dans un monde où il est difficile de trouver un chemin de réflexion. Nous avons tous eu, je l’espère, des professeurs qui nous ont ouvert des portes, qui nous ont donné envie de faire des choses. Même si c’est un faux prof, si dans l’une des leçons de Benjamin Rousseau une personne est éclairé sur un seul sujet, j’aurai bien fait de le faire. Il y a quelque chose de philanthropique. Ça, c’est pour la réponse sérieuse. Ensuite, il y a une chose qui m’éclate : aux pays des lumières, que ce soit un acteur belge qui soit chargé de défendre l’esprit français, ça me fait mourir de rire.
Quel est votre rapport à la philosophie ?
J’étais un adolescent noir, dira-t-on, musicalement baigné dans la New Wave, une époque où on chantait le suicide en croyant que c’était la solution. Fort heureusement, j’ai changé d’avis depuis. Mais il y avait une ambiance, au milieu des années 80 dans la Belgique profonde, qui était plus sur des auteurs comme Cioran ou Schopenhauer, que sur Platon. J’étais plus porté par une philosophie du désespoir. Mon rapport à la philo est ambigu. En philosophie, si on cherche quelque chose, on va le trouver. Si on cherche la noirceur, on va la trouver. Mais ce qui est intéressant, c’est lorsqu’on trouve quelque chose qu’on ne cherchait pas. La racine du mot philosophie c’est « aimer la sagesse ». La série m’a rappelé ça, la philosophie c’est l’amour de la sagesse. Ce n’est ni une question de connaissance, ni d’intelligence, ni d’analyse, mais une envie d’être sage. A partir du moment où l’on a cette envie, on est sur la bonne voie. Quelque ce soit ce qu’on en fait. Pour répondre précisément à la question, adolescent, je cherchais ce que j’avais envie de trouver. Adulte, je suis ouvert à trouver ce que je ne cherche pas.
Aujourd’hui, quelle est votre philosophie de vie ?
C’est dans la merde que fleurit le lotus (rire).
Retrouvez mon entretien avec les comédiennes Lucie Vagenheim et Andréa Furet, ici.
La Faute à Rousseau, saison 2, dès le 18 mai sur France 2.
Avec Charlie Dupont (Benjamin), Anny Duperey (Eva), Samira Lachhab (Stéphanie – prof d’anglais), Louis Duneton (Théo), Louvia Bachelier (Zoé), Maïra Schmitt (Inès), Andréa Furet (Léna), Grégoire Paturel (Gabriel), Dembo Camilo (Gaétan), Lucie Vagenheim (Morgane), Alexis Loret (Cédric), Anne Girouard (Charlotte – proviseure), Akim Omiri (Younès – prof d’histoire), Nadia Roz (Mélissa), Daniel Njo Lobé (Charles – prof d’économie), Gaspard Meier-Chaurand (Simon), Ouday El Khoumisti (Mathis).

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