[INTERVIEW] – BERLIN (NETFLIX) : ENTRETIEN AVEC LE COMÉDIEN JULIEN PASCHAL : « Je pensais être trop timide pour faire ce métier »

Crédit photo : Josune Oronez

Originaire de Liège, Julien Paschal est un touche-à-tout. Ex-batteur, producteur de musique, ingénieur du son, mixeur son pour le cinéma, comédien, il est aujourd’hui à l’affiche d’une des séries Netflix les plus attendues de cette fin d’année : Berlin. Dans ce préquel de « La Casa de Papel », consacré au personnage iconique de Berlin (Pedro Alonso), Julien Paschal incarne François Polignac, directeur de la plus grande maison de ventes aux enchères de Paris et pris au piège par le célèbre cambrioleur espagnol. Une aventure singulière pour un acteur qui a récemment débuté sa carrière dans la comédie et une opportunité unique d’être reconnu aux quatre coins du globe.

De son parcours dans la musique jusqu’à la série « Berlin », Julien Paschal revient dans cette interview sur les moments clés de sa carrière, entre partage d’expériences et anecdotes.

Vous êtes producteur de musique, ingénieur du son et mixeur son. Vous êtes passionné par la musique et jouez de plusieurs instruments dont la batterie. Quel a été votre parcours et d’où vient cet amour pour la musique ?
Petit, j’ai commencé à faire plein de petits spectacles avec mon cousin. Nous étions tous les deux passionnés par l’imitation, par certains humoristes de l’époque et la musique. Chaque fois qu’il y avait une réunion de famille, nous organisions un petit spectacle. Je crois que ça nous a donné le goût à tous les deux de ce petit moment d’excitation avant de monter sur scène, des gens qui vous écoutent et rigolent. A l’école, j’étais assez indiscipliné, sauvage disons, et je faisais énormément de sport. Du foot et du tennis, en particulier. Jusqu’à ce que je tombe amoureux de la musique et de la batterie vers l’âge de 11 ans. […] Chaque fois que je voyais un batteur à la télévision ou en concert, ça m’appelait. Je me suis littéralement épris d’amour pour cet instrument. J’ai tanné ma mère pendant des années pour avoir une batterie. Un jour, elle a cédé. Avec mes économies, je m’en suis acheté une. J’avais trouvé une annonce d’une dame qui en vendait une dans mon village, à 500 euros. Je la voulais tellement que la dame a eu, je pense, un peu pitié, et me l’a laissée à la moitié du prix. Après ce jour, je n’ai jamais arrêté d’en jouer. J’ai vécu pour la musique et la batterie toute mon adolescence, encore aujourd’hui. J’avais le désir de rejoindre une école de musique à Londres cependant, mes parents n’ont pas accepté. C’est là que j’ai rejoint une école d’ingénieur du son, un peu comme un compromis. Je restais malgré tout dans le domaine qui m’intéressait et ça rassurait mes parents que j’ai un diplôme. Plus tard, je me suis retrouvé à jouer dans des groupes qui ont pas mal marché en Belgique principalement, et à l’étranger. Je suis devenu batteur professionnel, petit à petit, tout en poursuivant mes activités en tant qu’ingénieur du son avec ma boîte de production à Bruxelles. Je travaillais également dans la post-production audiovisuelle. Via mes clients, je me suis retrouvé à bosser dans des grosses productions.

« Si une bande-son est trop riche, cela peut vous distraire d’une émotion que l’acteur ou l’actrice a à l’écran »

Vous avez travaillé comme mixeur son sur de nombreux films très connus. Je pense à The Yellow Birds avec Alden Ehreinch, Tye Sheridan et Jennifer Aniston, Panique au Village, pour lequel vous avez reçu le Magritte du Meilleur Son, mais aussi Evil Dead et Le Labyrinthe du silence. En quoi consiste le travail de mixeur son pour ceux qui ignoreraient tout de ce métier ?
C’est une des dernières étapes de production d’un film. Cela consiste à mélanger tous les sons qu’on peut retrouver dans un film, que ce soit les ambiances, les dialogues, les musiques, les effets (explosions…) et les bruitages. Le mixage est l’étape où vous mélangez tout ça pour en sortir une bande-son finale et cohérente, où vous dosez aussi les niveaux, la spatialisation des sons, les effets sonores, etc.
Pour ma part, il m’arrive parfois de travailler sur un aspect de la bande-son. Par exemple, les dialogues. Ce sont des travaux compartimentés. Vous avez le mixeur final, qui rassemble toutes les pistes reçues et en conçoit le résultat final mais, avant ça, vous avez des mixeurs qui travaillent uniquement sur les mixes des musiques, des dialogues, des scènes d’action, etc..

Une étape importante où le mixage son va venir, par exemple, traduire l’intensité d’une scène, accompagner une intention. C’est un véritable travail d’écoute. Comment parvient-on à retranscrire ça le plus parfaitement possible ?
Ce sont des métiers où je crois, il faut se fier principalement à son instinct, à ce que toi tu ressens en tant que spectateur. Lorsque vous êtes derrière votre console, il faut aussi se poser les questions suivantes : Qu’est-ce qui est important dans cette scène ? Qu’est-ce que je veux souligner ? À quel moment le son peut intensifier ou renforcer certaines scènes ou, au contraire, à quel moment avons-nous besoin de silence ? Il y a des scènes de silence dans un film qui sont très importantes, prenantes et qu’il faut respecter. Puis, le réalisateur a souvent une idée précise du son, de l’ambiance sonore qu’il veut, de ce que le son doit raconter. L’objectif dans une bande-son, c’est que nous ne la remarquions pas. Elles sont là, on les ressent, mais vous ne devez pas ressentir que le mixeur a voulu appuyer ça avec tel effet. Notre travail doit être au service du film. Avec l’expérience, vous ressentez et vous regardez différemment les films. […] Une bande-son doit être juste, raconter quelque chose. Donc, si une bande-son est trop riche, cela peut vous distraire d’une émotion que l’acteur ou l’actrice a à l’écran.

« Au départ, je prenais des cours par passion, sans ambition carriériste »

Récemment, vous vous êtes lancé dans l’acting. Qu’est-ce qui vous a donné envie de franchir le cap ?
Avec les années, j’ai fait un peu moins de musique et notamment parce que je suis parti vivre à Barcelone. Là-bas, je n’avais pas de réseau musical. Et il me manquait une activité artistique. L’acting s’est imposé clairement. Au départ, je prenais des cours par passion, sans ambition carriériste. Je pensais être trop timide pour faire ce métier et, de fil en aiguille, je me suis aperçu que ça allait, d’autant que mes camarades et mon prof me donnaient de bons retours. Ça m’a donné confiance en moi. Plus tard, j’ai rejoint une agence de pub et j’ai débuté par la publicité, un milieu super pour apprendre. Très vite, je me suis néanmoins aperçu que je voulais faire de la fiction. Je me suis tourné vers une autre agence. En parallèle, je participais à des courts-métrages, des films étudiants ou des Kino Kabaret. Les Kino Cabaret, ce sont des passionnés de cinéma, professionnels ou pas, qui se réunissent pendant 3-4 jours et qui réalisent des films ensemble, un peu à l’arrache, sans budget et avec du matos sur place. Cela m’a permis de me constituer mes premières vidéos-book. L’envie d’être comédien, je pense que je l’ai intubée pendant longtemps. Ayant enregistré beaucoup de comédiens en tant qu’ingé son, je passais mes journées à les voir et à les entendre, c’était aussi une manière d’apprendre.

« Travailler avec Rodrigo Sorogoyen, c’est asssister à une masterclass en direct »

Parmi les quelques projets auxquels vous avez participé ces 5 dernières années, il y a une apparition dans la série « Antidisturbios » réalisée par Rodrigo Sorogoyen (« Ad Bestas »). Un rôle pas évident pour une première. Parlez-nous de cette expérience et de la manière dont travaille ce grand metteur en scène…

C’est le premier casting important que j’ai reçu de la part de mon agence. J’étais déjà fan de Sorogoyen, il fallait absolument que je travaille avec lui. C’était pour le rôle d’un ultra-hooligan marseillais. Avant de passer le casting, je me suis regardé dans le miroir avec mes cheveux mi-longs, et je n’avais pas du tout l’air d’un hooligan. J’ai été chez le coiffeur du coin et je me suis tondu les cheveux. J’ai été m’acheter des vêtements identiques à leur look et je suis allé au casting ainsi. En amont, j’avais regardé aussi des documentaires sur le sujet pour comprendre leur état d’esprit, ce qu’ils cherchent, comment ils fonctionnent… Sur le pied de la gare, je ne bougeais pas d’un iota, je bousculais presque les gens, je regardais les flics méchamment…

Légende : La série suit un groupe de policiers anti-émeute de Madrid et d’une agente de la police des polices qui enquête sur leur compte.

Je passe le casting à Madrid et, pendant trois mois, plus de nouvelles, avant que mon agent reçoive un coup de fil. Sur le tournage, c’était super !
Nous avons passé 4-5 jours en studio à répéter cette scène de combat, cette scène où l’on frappe le pauvre Roberto Alamo. Nous avons ensuite passé toute une nuit à répéter ce plan-séquence de six minutes, avec des centaines d’ultra-madrilènes et marseillais qui se mettent sur la tronche, et les antidisturbios (les CRS) qui essaient de les séparer. Nous étions devant le stade Santiago-Bernabéu. La nuit d’après, dans le froid en décembre, nous avons tourné cette séquence. Huit fois me semble-t-il. L’intensité qu’il y avait, avec tous ces figurants qui criaient, se tapaient dessus, c’était fort. De plus, au moment où nous tournions cette séquence, il y avait une manifestation à Madrid pour le climat avec Greta Thunberg et Javier Bardem. La police était partout, il y avait même des hélicoptères qui survolaient la ville, tout ça donnait un truc super tendu. Par rapport à Rodrigo Sorogoyen, c’est un réalisateur malin. Toute son équipe est impressionnante, ce sont tous des tueurs dans leur domaine. Voir ça de l’intérieur, c’est une masterclass en direct. D’ailleurs, le petit surnom de Rodrigo, c’est « Ruy ».

Comment se retrouve-t-on au casting d’une des séries les plus attendues de cette année, qui est en plus le préquel d’une des séries les plus populaires de Netflix ?
Je suis représenté par une agence d’acteurs en Espagne, depuis quelques années, avec qui j’ai eu la chance de pouvoir tourner dans des publicités puis des projets de fictions plus importantes telles que « Antidisturbios » dont on parlait à l’instant. Puis, en juillet 2022, je reçois un mail de mon agence contenant quelques pages à préparer. Sans détails sur le projet. J’ai simplement vu que c’était pour Eva Leira et Yolanda Serrano, qui sont deux directrices de casting très réputées en Espagne. Elles avaient notamment réalisé les castings pour « La Casa de Papel » et certains films de Pedro Almodovar. J’ai donc préparé ma scène avec le peu d’informations que j’avais, en espérant, si je faisais bonne impression, qu’elles me rappellent ensuite pour d’autres projets. Le casting s’est déroulé par Zoom. J’ai fait ma scène en espagnol et en français car ils n’étaient pas encore sûrs, à ce moment-là, de la langue dans laquelle parlerait mon personnage. Un mois plus tard, mon agent m’a rappelé en me disant que j’avais été sélectionné et que c’était pour la série préquelle « Berlin ».

« Pour créer mon personnage, je me suis davantage replongé dans des choses que j’ai connu adolescent, avec le mari de ma mère, qui fréquentait les antiquaires, les galeries d’arts… »

Dans la série, vous jouez donc François Polignac, un directeur d’une maison de ventes aux enchères sur Paris. Vous serez dès lors confronté au personnage de Berlin. De quelle façon vous êtes-vous préparé pour ce rôle ?

De la même manière que pour chaque rôle. J’ai essayé d’imaginer, même si c’est uniquement pour moi, qui est ce personnage, d’où il vient, c’est quoi son background, de quel quartier de Paris il vient, quelle était son éducation, comment ses parents étaient avec lui, qui étaient ses amis.es, etc. Une méthode que j’aime beaucoup, de faire le profil du personnage que j’ai à interpréter afin de le comprendre dans toutes ses dimensions. Ce n’est pas des choses que le public voit, mais ça me donne des indications sur ce que je vais jouer, sur sa posture, sa physicalité, sa manière de s’habiller, ses différentes couches. J’avais peu d’informations et je ne savais pas à quoi m’attendre quand je suis allé à Madrid pour les briefings.

Finalement, ils m’ont donné assez peu d’indications. Que ce soit les scénaristes ou les réalisateurs, ils souhaitaient que les acteurs soient assez spontanés dans ce qu’ils proposent, quitte à les reprendre si ça ne fonctionne pas. Mis à part au casting, où on m’a dit que c’était un personnage important, ayant du pouvoir, issu de la société bourgeoise parisienne, avec des accointances politiciennes, un personnage contenu, où peu de choses dépassent, la barbe toujours bien coupée, en costard, j’avais presque tout à créer, à imaginer.
[…] C’est un personnage qui est dans le domaine de l’art mais je ne me suis pas forcément renseigné sur les hôtels de ventes. Je me suis davantage replongé dans des choses que j’ai connues, notamment adolescent, avec le mari de ma mère qui fréquentait les antiquaires, les galeries d’arts, et tout ce milieu-là que j’ai découvert à ses côtés. Cela m’arrivait souvent de l’accompagner sur des événements artistiques. Mon beau-père avait également des amis peintres, des artistes abstraits pour la plupart, ce n’était pas un monde qui m’était étranger. J’ai été puiser dans ces souvenirs.

[…] Je connaissais « La Casa de Papel » de nom et de réputation, mais je suis assez vieux jeu et je ne regarde pas forcément les séries à leur sortie. Je n’avais donc pas encore vu la série. Le hasard fait qu’au moment où j’allais commencer à regarder, j’ai eu le casting pour le préquel. J’ai alors hésité à binge-watcher la série avant d’aller à Madrid. D’un autre côté, je me disais que ça ne serait peut-être pas une bonne idée et que comme ce que nous allions tourner se déroule bien avant la série originelle, que mon personnage n’est pas censé savoir ce qu’il va se passer dans le futur, je n’avais pas envie que ça m’influence, même inconsciemment, ou d’être dans le mimétisme de certains personnages. Je voulais tourner en étant libre et sans me mettre de pression vis-à-vis du phénomène que ce fut. Puis, je ne voulais pas être impressionné par Pedro. De fait, je suis arrivé sur le tournage sans avoir vu la série.

Votre première rencontre avec Berlin se déroule dans un restaurant. Sans en spoiler le contenu, j’aurais aimé que vous nous parliez de la manière dont vous avez ressenti, vécu cette première séquence au côté de Pedro Alonso…

Jusque-là, j’avais déjà tourné quelques séquences « d’action » : Polignac sort de chez lui et prend un taxi, par exemple. Ce qui était parfait pour me mettre dans le bain gentiment. Effectivement, cette scène est la première séquence avec dialogues que j’ai tournée. C’était relativement impressionnant. Cependant, j’avais rencontré Pedro à Madrid pour les essais. Je me rappelle qu’il était venu frapper à la porte de ma petite loge, me faire une grande embrassade en me souhaitant la « bienvenue dans la famille » et me confiant que « nous allions bien nous amuser ». Il m’a tout de suite mis à l’aise, lui comme tout le reste de l’équipe, comédiens, production et technique. C’était hyper humain. Ils ont eu plein de petites attentions à mon égard, ce qui était vraiment agréable. Quelques minutes avant de tourner cette scène, je me souviens aussi des discussions que nous avons eues avec Pedro, de façon relaxe, notamment sur l’hypnose. C’est un domaine que j’aime beaucoup et lui aussi. Pour une première scène, il est vrai que c’était intéressant d’être sur une confrontation.

« Dans la vraie vie, je pense que Pedro est un être spirituel »

Dans le jeu, c’est quel type de partenaire Pedro Alonso ?
C’est un acteur organique. Il peut sortir du script, revenir dedans, c’est un acteur qui est dans l’instant, dans le moment présent, dans la connexion. Avant de tourner une séquence, il arrivait que Pedro initie un moment de calme, une méditation, alors que le réalisateur demandait le silence sur le plateau, chose qui n’est pas une chose aisée sur un tournage en Espagne (rire). Et, tous les 3, avec Pedro et Samantha, nous fermions les yeux et faisions le vide. Pedro a initié plusieurs instants comme celui-ci, des instants précieux qui me parlent beaucoup car la médiation me passionne.
Dans la vraie vie, je pense que Pedro est un être spirituel. Il peint et dessine énormément. C’est une personne vachement dans le ressenti, avec une vraie fibre artistique.

Berlin, le 29 décembre sur Netflix.

Casting : Pedro Alonso, Begona Vargas, Julio Pena Fernandez, Itziar Ituno, Michelle Jenner, Julien Paschal, Tristan Ulloa, Najwa Nimri…