Adapté du roman éponyme de l’auteur suisse Metin Arditi, « L’enfant qui mesurait le monde » signe le retour à la réalisation de Takis Candilis. Dans cette fresque greco-romanesque, le producteur et cinéaste met en scène un prometteur immobilier en proie au deuil de sa fille, deuil qui le confronte à son petit-fils de 9 ans, autiste asperger, dont il ne connaissait pas l’existence. Un film émouvant où Bernard Campan y est magistral !
Rencontre inattendue
Alexandre Varta est un promoteur immobilier redouté, au bord de la sellette. Ses actionnaires veulent l’écarter de sa société. Dans cette ambiance tendue, il apprend que sa fille, avec qui il n’avait plus de contact, est décédée. Le lendemain, il atterrit sur l’île de Kalamaki, en Grèce, et découvre qu’il est grand-père d’un petit garçon.
« L’enfant qui mesurait le monde » c’est l’histoire d’une rencontre, celle entre deux solitudes, celle d’un homme sans famille et d’un enfant endeuillé que l’autisme enferme parfois dans une bulle. Il y a dans leur intimité commune, leurs failles, et leurs différences, une grâce exquise, une force émotionnelle magnifique. La force du film réside là, dans la manière dont ces deux êtres vont finalement se rapprocher, s’ouvrir progressivement l’un et l’autre, la délicatesse (parfois brute) de leur conversation, l’innocence et la sincérité de leur tête-à-tête. Et s’il y a des maladresses de la part d’Alexandre, perturbé au départ par l’autisme de Yannis, elle confère néanmoins une volonté de bien faire. C’est le cheminement d’un homme égaré au contact d’émotions qu’il avait abandonnées. Et ce qui devait être un voyage « administratif » se transforme alors en une aventure humaine, qui va changer le destin de ces deux êtres.

En parallèle de cette intrigue familiale, se lie une intrigue immobilière. Se révèle ainsi une île dévastée par les difficultés, une population locale délaissée, où les rapaces rôdent à l’image d’un autre promoteur immobilier, le penchant ripoux de Varda. Souhaitant mettre la main sur un terrain, héritage de Yannis, il se confond en perversité, redouble d’effort pour parvenir à ses fins. Le drame s’accentue, alimente les conflits et les blessures intérieurs déjà profonds et sensibles, jusqu’à ce que la virulence amène à l’observation. Car si Alexandre Varda n’a aucune intention de rester sur l’île, la proximité qu’il noue avec les autres et la caresse réconfortante des sensations provoqués par ces chamboulements, le contraint à revoir sa position.
Oui, nous pourrions presque dire que le récit de « L’enfant qui mesurait le monde » est un récit mythologique dans tout ce qu’il a d’atypique, de fabuleux et d’extraordinaire. Bien que la narration du film ne fasse pas appel au surnaturel, la vie réelle l’est suffisamment pour en extraire toute sa singularité. Ce que fait parfaitement le long-métrage de Taki Candilis.
Le cadre grec offre aussi à cette histoire une humanité chaleureuse et un univers en contraste avec la vie parisienne qu’Alexandre Varda côtoie au quotidien. Environnement calme aux paysages bouillonnants, il contemple les paysages, goûte à une forme de tranquillité et savoure les sensations d’une mer sereine. Des plans où le silence règne. Des silences rares dans le cinéma, que le cinéaste expose comme un besoin vital de mettre son héros dans une position d’introspection et donne davantage de puissance qu’une réflexion prononcée à haute-voix.
Au cœur de cet incroyable décor, des échanges naissent entre Alexandre et Yannis. La plupart sur un site d’érudition : un amphithéâtre. Un lieu de rendez-vous, qui prend en témoin les Dieux de l’Olympe, pour faire connaissance, s’apprivoiser, se livrer. Une représentation authentique de la vie humaine se joue, à laquelle spectateurs et divinités assistent. Grandiose, chacun s’élève sans théâtraliter mais avec franchise. Le réalisateur connaissant l’importance d’un tel patrimoine, chargé de récits antiques et de mémoires oubliées, sa caméra vient en traduire toute la puissance diachronique, renforçant par ailleurs la noblesse de leur conversation.
Un travail d’orfèvre jusqu’au traitement des cadres portuaires, des habitations atypiques de la Grèce, et des activités (bar, restaurant, lieu de travail…) filmés avec soin, charme et respect. Et malgré un récit turbulent, sur une île rongée par la crise, la réalisation et la photographie restent d’une beauté à couper le souffle, comme la promesse d’un happy-end joyeux et plein d’amour.
Conclusion
Véritable histoire initiatique, « L’enfant qui mesurait le monde » est une odyssée humaine, introspective, faite de rencontres et d’humanité. Un petit bijou d’été entre mélancolie et espoir, dans lequel se dégage aussi toute l’influence ainsi que la splendeur de la culture grecque, qui épouse à merveille cette narration dramatique.
Bernard Campan signe là un de ses meilleurs rôles dans le registre du drame et forme un duo d’une pureté éclatante et bouleversante avec Raphaël Brottier, révélation de ce film. Il incarne cet enfant autiste avec une grande honnêteté de jeu et une justesse impressionnante.
Mon interview avec l’équipe du film est à retrouver ici.
« L’enfant qui mesurait le monde », le 26 juin au cinéma.
Synopsis :
La vie d’Alexandre Varda bascule soudainement. Le puissant promoteur immobilier d’origine grecque se fait licencier par ses actionnaires et apprend, le même jour, le décès de sa fille qu’il n’avait pas vue depuis 12 ans. Il décide alors de partir en Grèce pour rapatrier le corps. Là-bas, il découvre qu’il est le grand-père d’un petit garçon de 9 ans, atteint d’un syndrome autistique.
Casting : Bernard Campan, Raphaël Brottier, Maria Apostolakea, Fotinì Peluso, Stathis Kokkoris, Panos Kranidiotis, Metin Arditi, Giannis Pimenidis, Christos Novas, Dimitri Gkoutzamanis…

Beau film, dommage qu’il n’y a pas de traduction anglais français et grec français