[INTERVIEW] – 3 QUESTIONS À… BENJAMIN BAROCHE ET THIBAULT DE MONTALEMBERT

À l’occasion de la diffusion de la série Montmartre, les comédiens Benjamin Baroche et Thibault de Montalembert se prêtent au jeu des trois questions autour de leur métier. Ensemble, ils livrent leur vision du jeu et soulignent l’importance de la rencontre avec un réalisateur.

« Un acteur se construit dans le temps » – Thibault de Montalembert

Vous avez eu la chance, tous les deux, d’interpréter des personnages très variés au cours de votre carrière, en explorant également des genres différents. Qu’est-ce qui vous fait dire « oui » à un rôle ou à un personnage ?
Thibault de Montalembert : D’abord, l’intérêt que j’y trouve. Si c’est quelque chose que j’ai déjà fait, je suis moins tenté, parce que j’ai besoin de nouveauté. Pour moi, chaque personnage est un voyage. Refaire le même voyage n’a pas beaucoup de sens : ce qui est passionnant, ce sont les découvertes qu’on fait en chemin. Découvrir ce que le rôle va nous apporter, mais aussi rencontrer les gens avec qui on va travailler, sur le plan humain. Et puis, bien sûr, si le rôle représente un vrai défi.

Benjamin Baroche : Pour moi, c’est avant tout le personnage. J’ai commencé petitement, avec de petits rôles, beaucoup en tournage, car je venais du théâtre et il a fallu que je me fasse une place au cinéma et à la télévision auprès de mes camarades. J’ai donc appris à défendre grandement de « petites choses », et j’essaie de garder cette démarche. Finalement, c’est toujours le personnage qui m’intéresse, qu’il soit présent une scène ou trois mois. Je regarde toujours son essence, sa densité, ses nuances, ses bascules. Mais il y a aussi l’importance de la rencontre avec le réalisateur.

Justement, en quoi la rencontre avec un réalisateur ou une réalisatrice peut-elle être décisive dans votre choix d’un rôle ou d’un film ?
T.D.B : Pour moi, c’est vraiment la vision qu’il a sur le projet dans son ensemble. Et plus particulièrement, sur le personnage qu’il souhaite me confier. C’est aussi une histoire de rencontre humaine : on va passer du temps ensemble, partager une aventure. Si je sens un véritable être humain en face de moi, j’ai envie de l’accompagner dans son aventure. Si, en revanche, j’ai affaire à quelqu’un qui « fabrique », un simple faiseur, je suis plus réticent.

B.B : Aujourd’hui, on a la chance de pouvoir choisir nos projets plus qu’avant, et ça compte beaucoup. Pour Montmartre, par exemple, c’est vraiment la rencontre avec Louis qui a tout déclenché. Je savais qu’il allait m’emmener quelque part. Et c’est vraiment le mot : « emmener ». Je savais que je n’aurais pas tout le travail à faire seul, même si c’est également ma part du travail. Avec lui, cet équilibre s’est trouvé tout de suite. C’était une évidence.

T.D.B : Ce qui compte aussi de plus en plus pour moi, c’est de rencontrer des réalisateurs ou metteurs en scène qui n’ont pas peur des acteurs. Ce n’est pas toujours le cas. Certains craignent que les comédiens prennent trop de place. Louis, lui, n’a pas peur des acteurs. Au contraire, il les aime, il accueille toutes leurs propositions, jusqu’au dernier moment sur le plateau. Si on a une idée, il ne refuse jamais de la tourner. Et ça, c’est génial.

B.B : J’ai une anecdote à ce sujet, toujours sur Montmartre. Il y avait une scène où le fils se battait en duel. Je ne comprenais pas pourquoi le point de vue du père n’apparaissait pas. Louis a entendu ma remarque et a proposé une nouvelle séquence.

On me voit avec ma femme, assis sur le canapé, nous tenant la main à l’heure du duel. Nous avons pris une heure dans la journée pour la tourner, et elle a été ajoutée au montage. La scène existe désormais.

T.D.M : Moi aussi j’ai une anecdote. À la fin de la série, mon personnage sort une canne-épée. Ce n’était pas écrit comme ça. Au départ, il devait casser une bouteille de champagne et se battre avec un tesson. Mais je me suis dit : ce n’est pas cohérent. Mon personnage n’est pas un marin, c’est un juge. Un type intérieur, double, et qui cache sa violence. Sa canne devait être à son image, sournoise. Cet objet lui a donné une force bien plus intéressante.

B.B : Pour rebondir sur ce que disait Thibault, il m’est arrivé aussi de travailler avec des réalisateurs qui ne s’intéressent pas aux acteurs. Dans ces cas-là, on doit se débrouiller seuls, comme des enfants livrés à eux-mêmes.

Parfois, on parvient à s’en sortir, parce qu’on a la maturité nécessaire, mais il arrive qu’on ait besoin d’un point de vue extérieur qu’on ne possède pas, d’être guidé. Et là, c’est plus compliqué.

T.D.M : Dans la fiction française, de moins en moins maintenant, parce qu’il y a une telle qualité de films et de séries qui nous viennent de l’étranger, qu’on est bien obligé de monter un peu le curseur. Mais nous avons encore ce truc de : on fait un film pour telle population donc, il ne faut pas les perdre. Mais aujourd’hui, les spectateurs ont intégré la grammaire cinématographique. Ils n’ont plus besoin qu’on leur tienne la main. Très souvent, les producteurs ont toujours peur de ça : il faut toujours répéter, redire les informations pour être sûr que tout soit compris. Le problème, c’est qu’on filme souvent de l’information, plus que du jeu.

« La maturité apporte énormément : du recul, du lâcher-prise, de la liberté, de la confiance en soi » – Benjamin Baroche

Être acteur demande parfois d’aller chercher en soi des émotions très fortes, ou des choses très physiques. Vous, où puisez-vous cette intensité, cette force, pour offrir cette sincérité et cette authenticité de jeu ?
T.D.M : Chacun a sa cuisine à ce niveau-là. Quand on est jeune, on a tendance à aller chercher dans ses propres expériences. Sauf que, comme on est jeune, on n’a pas forcément beaucoup vécu. C’est pour ça qu’un acteur se construit dans le temps. C’est comme le vin : plus il vieillit, plus il est bon, parce que son expérience de la vie l’a enrichi. Ensuite, c’est aussi un travail d’imagination. L’imagination est un instrument assez complexe, parce qu’elle est à la fois de la fiction et en même temps nourrie par l’expérience personnelle. Mais si on entre suffisamment dans la préparation des personnages, si on va assez loin dans le détail fictionnel en l’enrichissant d’éléments qui résonnent en nous, l’émotion sortira d’elle-même au moment du jeu.
Je pense que, très basiquement, nous sommes tous composés de cinq couleurs. Nous avons tous les mêmes couleurs, chacun d’entre nous. Ce qui change entre vous et moi, c’est le dosage. Votre dosage n’est pas le mien. Mais vous avez du jaune, du bleu, du rouge, du vert, etc. Quand je joue Tartuffe, j’ai besoin de rouge et de vert, mais pas des autres. Donc je les diminue. Et vous, vous allez les percevoir parce que cela correspond aussi à des choses que vous connaissez.

B.B : Thibault a raison, c’est vraiment une question de dosage. Une sorte d’équilibre, sans être dans le volontarisme, sans se dire « je me lève et je fais quelque chose ». Il s’agit de faire confiance et de se faire confiance. Si on a bien travaillé en amont, on n’a pas besoin de répéter mécaniquement des dizaines de fois. Le théâtre nous apprend plutôt à prendre le temps de poser des couches, notamment grâce aux lectures de table. Ainsi, une fois sur le plateau, quelque chose d’un peu inconscient peut surgir. C’est comme quand on fait du surf ou du ski pour la première fois : à un moment, on se retrouve debout sur la planche sans trop savoir comment on a trouvé l’équilibre. Le jeu, c’est un peu ça. Il ne faut pas être trop conscient, il faut savoir lâcher prise. Et puis, c’est vrai que la maturité apporte énormément : du recul, du lâcher-prise, de la liberté, de la confiance en soi.

Mais ce sont aussi les personnages qui donnent de la puissance. Enfin, travailler avec de bons partenaires facilite énormément le jeu. J’ai eu la chance de croiser des gens qui m’ont élevé au théâtre, comme Philippe Clévenot. Et sur Montmartre, il y avait Mathilde Seigner. Elle se lève, elle me répond, elle est là, totalement présente en tant qu’actrice. J’avais une scène où je devais lui donner une gifle : ce n’était pas évident, il fallait doser. Et elle, elle ne faisait rien de particulier, elle était juste là, avec son être d’actrice. Et toi, si en face tu es « too much », c’est foutu.

Montmartre actuellement en diffusion sur TF1.

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Interview réalisée au Festival de la Fiction de La Rochelle (format 10 minutes).

Synopsis :
Paris, 1899. Céleste, danseuse de Cancan dans un cabaret de Montmartre, tente désespérément de retrouver le frère et la soeur dont elle a été séparée brutalement enfant quand leur père a été assassiné sous leurs yeux. Pour pouvoir payer Léon, l’inspecteur chargé de les retrouver, elle n’a d’autre choix que de danser nue.

Céleste devient ainsi la première effeuilleuse de Paris et fait scandale bien malgré elle. De spectacle en spectacle, à mesure qu’elle prend de l’assurance, une nouvelle vie s’offre à elle mais les démons de son passé ne cessent de la rattraper. Arsène, jeune ingénieur automobile issu des beaux quartiers, s’apprête à reprendre les rênes de l’usine de son père. Promis à un bon parti et à une vie toute tracée, il ne se résout pas à honorer un mariage de convenance alors qu’il aime secrètement les hommes. Il prend alors le risque de s’opposer à son père et rompt subitement ses fiançailles, ignorant qu’il va ainsi déterrer un lourd secret bouleversant toutes ses certitudes. Rose, jeune blanchisseuse des faubourgs, très amoureuse, se prépare à fonder une famille avec son fiancé. Mais son rêve est de courte durée lorsqu’il la conduit en réalité dans une maison close où elle est enfermée. Rose parvient à s’enfuir mais, poursuivie par ses souteneurs, elle se jette dans la Marne et se retrouve entre la vie et la mort. Aucun de nos trois héros ne sait alors que les liens du sang les relient. Aucun d’eux ne sait encore que tout ne fait que commencer… et que leur destin reste à écrire, ensemble, sous le ciel de Montmartre.

Casting : Alice Dufour, Claire Romain, Hugo Becker, Victor Meutelet, Mathilde Seigner, Benjamin Baroche, Thibault de Montalembert, Pablo Pauly, Roxane Turmel…