Le pouvoir des livres.
Voilà ce qui résume peut-être le mieux l’œuvre de Gareth Brown. Avec Le Livre des Portes, l’auteur britannique ne raconte pas seulement une aventure fantastique autour d’ouvrages capables d’ouvrir des passages vers d’autres lieux. Il célèbre ce que les livres représentent depuis toujours : des portes vers l’imaginaire, des refuges lorsque le monde devient trop difficile, et des compagnons capables de nous accompagner toute une vie.
Publié alors que le monde sortait à peine d’une période profondément marquée par la pandémie de Covid-19, Le Livre des Portes est une invitation au voyage, à la découverte et à l’évasion. À travers Cassie, une jeune femme passionnée de lecture qui découvre un livre aux pouvoirs extraordinaires, Gareth Brown interroge notre rapport aux histoires, aux souvenirs et à ces mondes que les livres nous permettent de traverser. Rencontre avec l’auteur autour de la création du roman.
The power of books.
That is perhaps what best defines Gareth Brown’s work. With The Book of Doors, the British author does not simply tell a fantasy adventure about books capable of opening passages to other places. He celebrates what books have always represented : doors to imagination, refuges when the world becomes too difficult, and companions that can stay with us throughout our lives.
Published as the world was slowly emerging from a period deeply marked by the COVID-19 pandemic, The Book of Doors is an invitation to travel, to discovery, and to escape. Through Cassie, a young woman with a passion for reading who discovers a book with extraordinary powers, Gareth Brown explores our relationship with stories, memories, and the worlds that books allow us to enter. An interview with the author about the creation of the novel.
Vous souvenez-vous du livre qui vous a donné le goût de la lecture ? Était-ce, comme pour M. Webber, Le Comte de Monte-Cristo ?
Je suis probablement assez atypique parmi les auteurs, car je ne suis réellement tombé amoureux de la lecture qu’à l’adolescence. Enfant, je lisais très peu (même si j’adorais les bandes dessinées comme Astérix et Tintin).
C’est seulement au collège qu’un ami m’a conseillé de lire Stephen King. C’était la première fois que je lisais un livre que je n’avais pas envie de refermer, et cela a été un véritable tournant pour moi. J’ai ensuite passé une grande partie de mon adolescence à lire Stephen King ainsi que d’autres auteurs de romans d’horreur.
Do you remember the book that first made you fall in love with reading ? Was it, like Mr. Webber, The Count of Monte Cristo ?
I am probably quite unusual amongst authors in that I did not really fall in love with reading until I was a teenager – I did not read a great deal as a child (although I did love comics like Asterix and Tintin).
I only really fell in love with reading during secondary school when a friend told me to read Stephen King – it was the first time I had read a book that I did not want to put down and that was the turning point for me! I spent most of my teenagers reading Stephen King and other horror writers.
« Le Livre des Portes étaient aussi une façon de me remémorer les voyages que j’avais effectués par le passé »
« The Book of Doors was really me reminiscing about travels I have been on in the past »
Vous avez écrit Le Livre des Portes pendant le COVID. Avant cela, aviez-vous déjà envie d’écrire ou cette période si particulière a-t-elle été le véritable déclencheur ?
Non, je voulais devenir écrivain depuis très longtemps. Dès que je suis tombé amoureux de la lecture, c’est devenu ce que je voulais faire. J’ai passé une grande partie de ma vie d’adulte à exercer différents métiers afin de payer mes factures, jusqu’à ce que je parvienne à faire publier un roman. La pandémie de Covid m’a simplement offert un peu plus de temps pour peaufiner mon manuscrit et trouver un agent littéraire.
You wrote The Book of Doors during the COVID pandemic. Before then, had you always wanted to become a writer, or was that extraordinary period the real turning point ?
No I had wanted to be a writer for a long time – as soon as I fell in love with reading it was what I wanted to do. I spent most of my adult life doing jobs to pay the bills until I could get a novel published. The COVID pandemic just gave me a little more time to polish up a manuscript and find an agent.
Comment est née l’histoire du Livre des Portes ? Il y a ce désir d’évasion dans un monde où nous étions confinés. Mais c’est tout un univers que vous avez créé. Quelles ont été les autres réflexions autour de la création de votre roman ?
C’était pendant le Covid, lorsque je travaillais depuis chez moi. J’adore voyager et je rêvassais à l’idée de pouvoir simplement ouvrir la porte de mon bureau et me retrouver instantanément ailleurs : à New York ou à Tokyo. C’est ainsi qu’est née l’idée. Mais lorsque j’écrivais le roman, les premières aventures de Cassie avec Le Livre des Portes étaient aussi une façon pour moi de me remémorer les voyages que j’avais effectués par le passé. En quelque sorte, je voyageais à travers elle.
Parmi les souvenirs, il y a ceux où j’étais adolescent. J’ai fait un voyage en Interrail à travers l’Europe avec deux amis, et beaucoup des endroits que Cassie visite au début du livre sont des lieux que nous avions visités pendant ce voyage – Paris, Rome, Prague, etc. Mais La vie de Cassie à New York a également été inspirée par plusieurs voyages que j’avais moi-même effectués dans cette ville. Et lorsque Cassie et Izzy se rendent sur la plateforme d’observation au sommet du Tokyo Metropolitan Government Building, ma femme et moi avions nous aussi fait exactement la même chose !
How did the idea for The Book of Doors first come to you ? There is clearly a desire for escape in a world where we were all confined. But you also created an entire universe. What other ideas and reflections shaped the creation of your novel ?
It was during Covid when I was working at home. I love to travel and I was daydreaming about just being able to open the door of my office and step through into somewhere else – New York or Tokyo. That was the genesis of the idea, but when I was writing the novel Cassie’s early adventures with The Book of Doors was really me reminiscing about travels I have been on in the past – it was travelling vicariously through her!
When I was a teenager I took an Inter-rail trip around Europe with two friends and many of the places that Cassie visits at the start of the book are places we visited on that trip – Paris, Rome, Prague and so on. But Cassie’s life in New York was also inspired by several visits I’d made to the city, and when Cassie and Izzy visit the viewing deck at the top of the Tokyo Metropolitan Governement Building my wife and I had done exactly that too !
Chaque livre possède un pouvoir unique, tout comme les objets magiques que vous introduisez par la suite. Comment avez-vous imaginé ces pouvoirs et trouvé le bon équilibre entre leur potentiel extraordinaire et les limites nécessaires pour préserver le suspense ?

Je pense qu’une grande partie du suspense vient du point de vue adopté. Pendant la majeure partie du Livre des Portes, notre regard sur cet univers passe par Cassie ou Izzy. Or, toutes les deux découvrent ce monde, les Livres et leurs pouvoirs. Certaines vérités peuvent donc rester « hors champ » jusqu’au moment où elles deviennent nécessaires.
Dans La Société des Objets Magiques, même si Magda connaît déjà les objets magiques, une grande partie de cet univers lui demeure encore inconnue. Son parcours consiste justement à découvrir progressivement ces vérités. Le lecteur effectue ce voyage avec elle et fait les mêmes découvertes au même moment. C’est ce qui crée le suspense et les surprises.
En tant qu’auteur, je devais également faire preuve de discipline. Il était très tentant de faire appel aux pouvoirs extraordinaires des Livres dans de nombreuses scènes, mais ce n’était pas toujours ce qui servait le mieux l’histoire. l y avait la tentation de créer davantage de livres, particulièrement parce que j’aime tellement cet aspect des romans ! Savoir quand s’arrêter est vraiment une question de jugement qui vient avec l’expérience, et en se demandant si, encore une fois, quelque chose sert réellement l’histoire ou non.
Parfois, il faut renoncer à une scène ou à un moment que l’on aime beaucoup parce qu’il ne sert finalement pas vraiment l’intrigue ou n’apporte rien d’important.
Each book possesses a unique power, just like the magical objects you introduce later in the story. How did you imagine these different powers, and how did you find the right balance between their extraordinary potential and the limitations needed to preserve the suspense ?
I think a lot of the suspense comes from our point of view – for most of The Book of Doors, our window into the world is through the eyes of Cassie or Izzy, and both women don’t really know this world, the books and their powers, so some of those truths can be kept ‘off stage’ until needed.
And in Society, although Magda knows about magical items, much of this world is still hidden to her, and her journey through the novel is learning these truths – we go on that journey with her, and her discoveries are ours. That provides a mechanism for suspense and surprises.
As an author I also had to be disciplined in showing the extraordinary powers only when absolutely necessary – it was so tempting just to throw lots of magic at scenes, but that isn’t usually the right thing for the story.
There was a temptation to create even more books, particularly as I enjoy that aspect of the novels so much ! Knowing when to stop is really a judgement call that comes with experience and by thinking, once again, about whether something is really in service of the story or not. Sometimes you have to lose a scene or a moment you love because it doesn’t really serve the plot or add anything important.
Vos deux héroïnes Cassie et Magda ont toutes les deux un lien avec la littérature. Comment avez-vous imaginé ces deux héroïnes et leur complémentarité ?
Cassie comme Magda étaient déjà très clairement définies dans mon esprit lorsque je me suis assis pour écrire les deux romans. Cassie est une lectrice introvertie qui utilise la fiction comme un moyen de s’évader. Magda, au contraire, est plus extravertie et aventureuse. C’est une autrice qui comprend le monde à travers son écriture. Mais toutes les deux sont des femmes qui aiment profondément les livres et comprennent la magie et l’émerveillement qu’ils procurent. Et je pense qu’elles reflètent toutes deux certains aspects de ma propre personnalité.
Your two heroines, Cassie and Magda, both share a deep connection with literature. How did you imagine these two characters and develop the complementary relationship between them ?
Both Cassie and Magda were fully-formed in my mind when I sat down to write the two novels – Cassie was an introverted book-lover, someone who uses fiction as an escape. Magda on the other hand is more outgoing and adventurous, an author who understands the world through her writing. But both of them are book people who understand the magic and wonder of books – and both of them, I think, reflect elements of my own character.
« Je ne planifie jamais mes romans. Je les invente au fur et à mesure de leur écriture »
« I don’t plan my novels, I make them up as I write »
On parlait du COVID. Cette menace insaisissable, impossible à neutraliser. Le personnage de La Femme en est l’allégorie parfaite. Avec elle, vous basculez dans l’horreur dans tout ce qu’elle a de plus monstrueuse. Cela peut paraître surprenant dans un roman destiné avant tout à un jeune public. Parlez-nous de ce personnage terrifiant…
Oui ! Je ne pense pas que je m’en sois rendu compte au moment où j’écrivais, mais avec le recul, La Femme est effectivement une personnification du Covid : une force de la nature capable de surgir brutalement et de dévaster des vies. Lorsque je l’écrivais, il m’a fallu un certain temps avant de comprendre qui elle était réellement.
C’est finalement une scène très précise – la toute première où elle apparaît – qui m’a permis de la saisir. Elle y est très silencieuse, tout en étant incroyablement intimidante. Elle est inhumaine à bien des égards. Elle ne se préoccupe absolument pas des autres et ne ressent aucune empathie. Elle poursuit son objectif avec une détermination implacable et une totale absence de scrupules.
We were talking about COVID – a threat that was invisible and impossible to contain. To me, the Woman is the perfect allegory of that fear. Through her, the story shifts into a much darker and more terrifying form of horror. That may seem surprising in a novel aimed primarily at young readers. Could you tell us about this frightening character ?
Yes ! I don’t think I realised it when I was writing, but looking back now the Woman definitely is a personification of Covid – a force of nature that can sweep in and devastate lives. When I was writing the woman it took me a while to work out who she was and actually it was a very specific scene – the first scene where we see her – where she is very quiet and yet hugely intimidating, that helped me understand her. She is inhuman in many ways, she has no concerns for other people, no empathy. She is single-minded and ruthless.
Toute la beauté des Livres, mais aussi tous les drames qu’ils provoquent – notamment les origines de La Femme – trouvent finalement leur origine en Cassie ou dans ses choix. Ce paradoxe était-il au cœur de votre réflexion dès le début ?
Non. Je ne planifie jamais mes romans. Je les invente au fur et à mesure de leur écriture. La révélation finale du Livre des Portes est donc apparue naturellement pendant que j’écrivais. En revanche, j’aime énormément ce genre de construction. J’aime lorsque des liens se créent progressivement au fil du récit et que l’on comprend différemment des événements survenus plus tôt dans le roman grâce à une révélation faite plus tard.
All the beauty of the Books, but also all the tragedies they bring about – including the origins of the Woman – ultimately stem from Cassie or from the choices she makes. Was this paradox at the heart of your story from the very beginning ?
It was not – I don’t plan my novels, I make them up as I write, so the reveal at the end of The Book of Doors was something that emerged as I was writing. But I do like it, I really enjoy when there are connections across a story, and you can understand events that happen earlier in the novel in a new way when you learn something later in the story.
À la fin de La Société des Objets Magiques, vous laissez les lecteurs sur une fin ouverte qui relie vos deux romans. Peut-on imaginer un troisième tome pour conclure cette saga ?
Oui ! J’ai déjà des idées sur la manière dont Cassie et Magda pourraient finalement se rencontrer. Mais seul l’avenir dira si cela deviendra réellement un troisième roman…
At the end of The Society of Unknowable Objects, you leave readers with an open ending that connects your two novels. Could we imagine a third book to conclude this saga ?
Yes ! I have ideas for how Magda and Cassie come together – but time will tell if it turns into a novel…
« Pour moi, les livres sont une évasion et une aventure »
« For me books are escape and adventure »
Si vous aviez Le Livre des Portes, où aimeriez-vous aller ? Ou peut-être y a-t-il une personne que vous aimeriez revoir, comme Cassie avec son grand-père ? Que lui diriez-vous ?
J’adore voyager, mais je déteste les aéroports et les longs trajets en avion. Je me servirais donc du Livre uniquement pour voyager : découvrir de nouveaux endroits ou retourner dans des lieux que j’aime déjà, aller déjeuner ou dîner à Paris, Tokyo ou Singapour, puis rentrer chez moi pour dormir dans mon propre lit ! […] J’adore la France ! Mes parents m’emmenaient passer des vacances en camping en France lorsque j’étais enfant, et j’ai appris le français à l’école (malheureusement, j’en ai oublié une grande partie depuis !). Paris a été la première ville que j’ai visitée seul à l’étranger, lors de mon premier voyage hors du pays sans mes parents. Je suis également allé à Nice, Lyon, Strasbourg et Cannes. J’adore le pain français et les pâtisseries françaises ! Il faut vraiment que je revienne bientôt pour y refaire un voyage.
If you had the Book of Doors, where would you choose to go ? Or perhaps there is someone you would like to see again, just as Cassie wishes she could see her grandfather. What would you say to that person ?
I love travelling but I dislike airports and sitting on aeroplanes, so I think I would use the book just to travel – to visit new places, or to revisit places I love, to go for lunch or dinner in Paris or Tokyo or Singapore, and then return home to my own bed to sleep ! […] I love France ! My parents used to take me on camping holidays to France as a child, and I learned French language at school (sadly much of it since forgotten!) Paris was the first city Invisited on my first overseas holiday by myself, and I’ve also been to Nice, Lyon, Strasbourg and Cannes. I love French bread and French patisseries ! I need to come back soon for a return trip.
En France, comme sans doute au Royaume-Uni, les librairies indépendantes traversent une période difficile, tandis que de nombreux jeunes lisent de moins en moins. Selon vous, que peuvent encore apporter les livres dans un monde où tout va toujours plus vite ?
Pour moi, les livres sont une évasion et une aventure. Ils sont comme des vacances pour l’esprit, capables de nous libérer de nos inquiétudes et de nos préoccupations, ne serait-ce que pour quelques minutes. Et les livres que nous aimons deviennent parfois un véritable réconfort, comme de vieux amis.
In France, and no doubt in the United Kingdom as well, independent bookstores are facing difficult times, while fewer and fewer young people are reading. In your opinion, what can books still offer in a world that is constantly moving faster ?
For me books are escape and adventure, they are a holiday for the mind, setting you free from your worries and concerns if only for a few minutes. And books we love can be a comfort, like an old friend.
Toutes les infos à retrouver sur son site internet ici.
ind all the latest information on Gareth Brown’s official website here.
