Ils ont tous les deux crevés l’écran à leur manière et, la télévision leur a offert des rôles magnifiques, Medi Sadoun (L’ami qui n’existe pas, Addict…) et Constance Labbé (Balthazar, Piste Noire…) sont aujourd’hui deux des membres du Jury de la 25ème édition du Festival de la Fiction de La Rochelle. À quelques heures du Palmarès, ils nous livrent les coulisses sur le fonctionnement du jury et se confient sur leur rapport à la fiction française.
Comment devient-on membre du jury au Festival de la Fiction de La Rochelle ?
Medi Sadoun : J’ai reçu un coup de fil, il y a deux semaines. Au départ, je pensais que c’était une blague (rire). Mais la première question qui se pose, c’est celle de la légitimité. On se demande si on l’est, notamment parce qu’on vient plutôt de la comédie et qu’on a pas 50 ans de carrière. Puis, j’y suis allé à cœur joie car c’était le moment où jamais. Je vis ça comme un grand rôle et c’est une mission que je prends à cœur. […] Ensuite, le travail commence. On nous envoie une quarantaine d’œuvres à regarder en amont donc, il faut parvenir à conjuguer ça avec sa vie de famille.
Constance Labbé : Comme pour Medi, j’ai reçu un coup de fil via mon agent. Cette magnifique invitation de Stéphane Strano, le Président du Festival de la Fiction de La Rochelle m’honore. Je viens tous les ans pour le Festival de La Rochelle, et c’est mon festival préféré. Je le trouve simple, authentique et j’adore cette ville. Et les huîtres ainsi que le vin blanc (rire).
« La télévision est un joli vecteur pour parler de thèmes sociaux forts » – Medi Sadoun
Le grand public vous a découvert dans l’émission sur Canal + « Kaïra Shopping ». Qu’est-ce que la télévision représente pour vous ?
MS : C’est le petit écran mais vu par tout le monde. On rentre chez les gens, directement. Parfois, sans leur demander leur avis (rire). On leur apporte du bonheur, des réflexions aussi. La télévision est un joli vecteur pour parler de thèmes sociaux forts. […] D’ailleurs, être membre du jury, ça arrive tôt, même si je suis vieux. Je suis très honoré. Quand on se balade dans la rue, nous sommes plus vus comme des acteurs, mais comme ceux qui attribuent les bons points (rire). À la fin des projections, lorsque la lumière s’allume, on nous regarde pour tenter de capter chez nous le moindre indice. Et moi, comme je suis très expressif du visage, je dois rester stoïque. Je ne dois laisser transparaître aucune validation. Mais c’est jouissif. Nous découvrons de belles œuvres. Et il arrive qu’on se prenne des claques.
Une journée type d’un membre du jury ? Petit débrief le matin avec l’équipe sur les fictions que nous avons vu la veille de. Nous en parlons, nous nous battons aussi (rire). Nous avons ensuite les projections et nous jonglons entre interviews, rencontres professionnelles et débats.
La télévision vous a donné de jolis rôles, notamment avec « Balthazar » et « Piste Noire ». Même question que pour Medi, la télévision, ça représente quoi pour vous ?
CL : La télévision, ça représente tout. C’est pour tout le monde, c’est accessible à tous et c’est de mieux en mieux. Parce que la télévision sait s’adapter. Là, je suis bien placé pour le dire. On traite de plein de sujets. Ce qui est assez merveilleux, c’est que nous sommes 7 membres du jury, et nous avons d’énormes coups de cœur évidents, qui ne sont pas partagés, et inversement. On se rend compte que, même si nous sommes dans le même milieu, nous n’avons pas les mêmes goûts. La télévision à ça, elle répond au plus grand nombre et satisfait le plus grand nombre. […] Quand nous ne sommes pas d’accord, nous discutons et nous débattons des projets, des scénarios, des comédiens, des musiques. Parfois, ça marche. Moi, j’ai déjà changé d’avis. Nous pouvons passer à côté. Et lorsque nous écoutons les arguments des uns, ça paraît plus clair, presque évident.
« Tout peut me toucher chez un comédien ou une comédienne » – Constance Labbé
En tant que comédien et comédienne, à quoi allez-vous être le plus sensible ? Qu’est-ce qui va vous toucher dans l’interprétation d’un acteur ou d’une actrice ?
MS : La sensibilité de chacun est différente. J’essaie de me positionner en tant que spectateur lambda. Je ne suis ni réalisateur, ni critique cinéma. Je n’ai pas un regard technique tout du moins, j’essaie de ne pas l’avoir. Je me prends les émotions et je vois si ça vibre. Je ne veux pas gâcher l’émotion par l’analyse. Sinon, je ne serais plus en phase avec moi-même.
[…] L’acteur joue avec ses émotions, évidemment. Quand nous ressentons les choses, le spectateur la ressent aussi. Si nous rions pour de vrai, ça transperce l’écran et les gens le sentent de suite. Lorsque ça joue vrai, ça ne trompe pas. Effectivement, c’est l’émotion qui va faire que je vais aimer ou pas, ressentir quelque chose ou rien. Mais ce n’est pas parce que je ne ressens rien que c’est mauvais, c’est que ça ne m’a personnellement pas touché. Donc, j’en parle. Pour savoir si je suis le seul, ou si je suis passé à côté ou si j’ai mal dormi. C’est important de discuter, d’échanger. Parce que l’état d’esprit dans lequel nous allons être au moment du visionnage qui change notre regard.
CL : Je juge comme n’importe qui. Je me fais cueillir ou pas. Au départ, je me suis posé cette question de savoir comment j’allais juger, si j’allais être plus attentive au jeu ou pas. En réalité, je regarde les œuvres et, si je suis émue, c’est gagné. Quand j’oublie le jeu ou que je suis en train de juger, c’est là que je me dis que ça fonctionne parfaitement. […] Tout peut me toucher chez un comédien ou une comédienne. La justesse m’émeut. Et ce n’est pas forcément un thème. J’ai vu des œuvres qui m’ont ému alors que j’aurais juré le contraire avant de démarrer le visionnage.
« J’ai la sensation de défendre ma palette de jeu grâce à la télévision » – Medi Sadoun
La fiction française a le vent en poupe. La preuve avec cette magnifique sélection cette année. Vous qui êtes au cœur de cette grande machinerie télévisuelle, comment percevez-vous l’évolution de la fiction française ?
MS : Il y a un vaste choix. Tout le monde en a pour sa demande. TF1 élargit son champ d’action. Canal était irrévérencieux à l’époque, et TF1 essaie de s’aligner. Puis, avec Netflix, il y a cet aspect international. Une série française peut être vue dans le monde entier. C’est une fierté ! Avant, il y avait un peu de condescendance du cinéma par rapport à la télévision et des acteurs qui ne souhaitaient pas faire de télé. Je n’ai jamais compris ça. Lorsque j’ai découvert le jeu en télévision, j’ai vraiment eu l’impression du jeu. En télé, on défend beaucoup plus de comédies dramatiques car elles se financent plus difficilement au cinéma. J’ai la sensation de défendre ma palette de jeu grâce à la télévision. J’y prends énormément de plaisir, j’apprends beaucoup. Puis, il y a une vraie proximité avec toutes les personnes de l’équipe. Il n’y a pas de hiérarchie. Mais j’aurais toujours une place pour le cinéma, c’est avec eux que j’ai pu vivre des choses extraordinaires notamment avec « Les Kaïra » et « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? ».
CB : Je vois qu’il y un niveau épatant. Il y a une jeunesse, aussi. De plus en plus de femmes également. Je vois cette évolution d’un bon œil. Le handicap, dont nous ne parlons pas assez, a désormais une place magnifique, comme la difficulté d’être jeune et le harcèlement scolaire. La télévision s’en empare de tous ces thèmes et elle le fait bien.
Un souvenir de télévision que vous aimeriez partager avec nous ?
MS : J’ai récemment tourné avec Nolwenn Leroy pour la série « Brocéliande », qui sortira prochainement sur TF1. Sur le tournage, puisqu’elle est membre du Jury de The Voice, je voulais absolument qu’elle me note (rire). Ma passion c’est de chanter, de hurler, de m’exprimer. Il faut qu’il y ait du son. Je n’arrêtais pas de lui chanter des chansons des années 80 et je lui demandais : « Tu te serais retournée ou pas ? ».
CL : Ma rencontre avec Thibault de Montalembert sur « Piste Noire ». J’ai plein de souvenirs avec lui, ce fut une rencontre formidable pour moi. En le regardant, je me suis dit qu’il fallait avoir la même joie que lui, de faire ce métier. Après une énorme carrière comme la sienne, il a toujours du plaisir à jouer. Quand il arrive sur un plateau, on dirait un petit garçon. En voyant ça, je me suis dit que jamais je ne devrais perdre ça, de ne jamais oublier la chance que c’est d’être là. Continuer de s’émerveiller.
« Je suis impatiente de créer ce lien avec Camille Lou et Claire Romain » – Constance Labbé
Vous serez prochainement à l’affiche de la série « Cat’s Eyes ». Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous joindre à ce projet ?
CB : Plein de choses. Le réalisateur Alexandre Laurent, que j’ai envie de découvrir, l’ampleur de ce projet, la nouveauté de la collaboration entre Amazon et TF1, qui va ouvrir de belles portes et tourner à Paris, dans le Louvre. Puis, ce rôle. Je n’ai jamais joué le rôle d’une sœur et je n’en ai pas non plus dans la vie. Donc, je suis impatiente de créer ce lien avec Camille Lou et Claire Romain.
J’adore le travail d’Alexandre et ce qu’il a fait sur « Le Bazar de la Charité » et « Les Combattantes ». Il a fait de belles grosses productions et il sait gérer une tonne de figurants, des scènes de guerre ou d’incendies. Je pense qu’on sera bien épaulé.
L’environnement dans lequel vous allez tourner, c’est important pour vous ?
CB : Ça ne compte pas en premier mais ça joue. Ce fut particulier de tourner en pleine montagne sur « Piste Noire », pendant trois mois. Ça a contribué à l’atmosphère de la série. […] Je connais très bien le Louvre puisque j’ai pris des cours de dessins là-bas, mais je n’ai jamais tourné, de nuit, au Louvre. Cela va être extraordinaire !
