[CRITIQUE] – ADAM CHANGE LENTEMENT : QUAND LE HARCÈLEMENT VOUS TRANSFORME

Premier long-métrage de l’artiste canadien Joël Vaudreuil, « Adam change lentement » traite le sujet du harcèlement scolaire et moral par le biais de la transformation physique : chaque fois qu’Adam reçoit une moquerie et de commentaires désobligeants sa famille, son corps se modifie. Un film d’animation, où la mélancolie se dresse dans le portrait d’un jeune homme tendre, maladroit, intelligent et rêveur. Où la cruauté révèle toute l’humanité d’un adolescent mal dans sa peau. Entre violences verbales et espoir amoureux, « Adam change lentement » dévoile toutes les étapes émotionnelles d’un mal-être de plus en plus fréquent…

Un corps qui évolue

Le film s’ouvre dans un hôpital alors qu’Adam et sa famille se recueillent tous ensemble, une dernière fois, autour du lit d’hôpital de sa grand-mère dont la vie ne tient plus qu’à un souffle. Une mamie sans état d’âme, cruelle envers Adam, qui ira d’ailleurs jusqu’à lui cracher au visage une dernière vacherie avant de succomber. Au travers quelques flashbacks, on apprend que cette grand-mère est le premier élément des malheurs d’Adam et le déclencheur de la transformation physique d’Adam, transformation physique visible à l’écran et caractérisée par plusieurs évolutions : le cou ou les bras qui s’allongent, des mains qui se rétrécissent, un ventre qui gonfle ou des seins qui tombent. Des modifications dont l’ampleur s’accroît au lycée lorsque le garçon le plus populaire de l’école le prend en grippe avec ses amis, jusqu’à le maltraiter.

Et le pire… c’est que ce dernier sort avec la fille dont il est éperdument amoureux. Indépendamment des flashbacks sur la jeunesse d’Adam mettant en scène sa relation avec sa grand-mère, c’est le second élément narratif qui conduira toute l’intrigue d’« Adam change lentement » : comment parler et séduire la fille de ses rêves ? Adam, qui s’enferme dans l’illusion et les songes au côté de sa bien-aimée, finit, pas à pas, à franchir le cap. Quelques échanges par-ci par-là, parviendront-ils à la faire craquer alors que l’ombre de son harceleur, conjuguée à un manque de confiance en lui, plane constamment au-dessus de sa tête ?

Dans un enchaînement timide et délicat, à l’image de son héros, le réalisateur Joël Vaudreuil allie la profonde gentillesse au romantisme poétique. Adam change, mais pas que physiquement. C’est dans l’amour qu’il puise sa force, sa volonté d’espérer et de croire qu’un jour, peut-être, sa dulcinée se jettera dans ses bras. De cette nouvelle puissance amoureuse, il osera des choses qu’il pensait impossibles, comme l’inviter à la piscine dans une villa dont il a la garde pendant les grandes vacances. Dans l’amour et grâce aussi à la télévision. Adolescent, nous nous cherchons, nous nous façonnons parfois des personnalités empruntées, nous nous rêvons à travers des figures fictives à l’opposé de nous, davantage lorsqu’on est un enfant mal dans sa peau, replié sur soi-même et que la solitude est notre seule amie.

Adam lui, a son héros. Un héros de télévision à la Chuck Norris, fort, combatif, et séducteur. En le regardant via son petit écran, Adam s’identifie à ce héros à la caricature viriliste allant jusqu’à apprendre les chorégraphies de combat de sa série préférée. Pour le meilleur et pour le pire… À travers cette représentation, le cinéaste pose la question philosophique de la construction identitaire intrinsèquement liée à l’adolescent, qui renforce souvent chez la jeunesse, un sentiment euphorique de toute puissance, une détermination éphémère, car la réalité nous rattrape toujours. Ces héros sont l’allégorie de nos fantasmes enfouis, bien que déterminants dans notre vie, parce qu’ils sont souvent un refuge agréable, enivrant et rassurant.

Joël Vaudreuil n’hésite pas non plus à confronter Adam à sa propre sexualité. L’adolescence, outre ses problèmes identitaires, est également une période où l’on découvre sa sexualité, où l’on vit ses premiers émois et attirances sexuelles. Et le cinéaste le fait toujours avec une délicatesse rare, une pudeur intime préservée, sans tomber dans la vulgarité ou la perversité gratuite. Là encore, les fantasmes composent une étape importante dans la vie adolescente. L’ignorer, c’est se refuser aux sentiments, au désir, au charnel, à la passion. En somme, à la beauté de la vie. Et si pour Adam, c’est un moment douloureux à cet instant, l’avenir lui prouvera le contraire.

Bien que le récit soit morose, empli d’une atmosphère maussade, il y a une place non-négligeable à la comédie et, un petit humour noir sympathique. Du chat-tronc au type amoureux de sa tondeuse, le film apporte des aspects absurdes qui nous contraignent, de temps à autre, à une forme d’hilarité comique pas déplaisante. Et au-delà du comique, un espoir ?

Conclusion

Avec « Adam change lentement », Joël Vaudreuil met en scène la difficulté de grandir dans un monde où les monstres rôdent et vous transforment. En parlant du harcèlement via la transformation physique, la douleur d’Adam devient plus impactante, plus viscérale.
Si l’odyssée se peint d’un spleen latent, il n’en reste pas moins que l’œuvre de Joël Vaudreuil dessine, en parallèle, des perspectives optimistes dont des rapprochements familiaux et amicaux aussi bien inattendus que d’une tendresse infinie. 

Mon interview avec le réalisateur Joël Vaudreuil est à retrouver ici.

« Adam change lentement » au cinéma le 29 mai.

Avec les voix de : Simon Lacroix, Noémie O’Farrell, Sophie Desmarais, Marc Beaupré, Isabelle Brouillette, Antoine Vézina, Julianne Côté, Fabien Cloutier, Alexis Lefebvre, Sophie Cadieux et Gaston Lepage.

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