Créateur : CLAVIERES Virginie | Crédits : REDACTIONDroits d’auteur : Virginie CLAVIERES/PARISMATCH/SCOOP
Elle est une des grandes stars de la télévision française, Claire Keim poursuit une carrière sans fausse note. Aimée de son public qui lui voue une fidélité indéfectible, la comédienne est aujourd’hui à l’affiche d’une nouvelle série « L’Éclipse » où elle incarne une gendarme qui enquête sur la disparition d’une jeune fille.
Retour sur une carrière florissante, entre la chanson et l’acting, le cinéma et le petit écran, rencontres inattendues et rêves d’actrice. Un moment de confessions, dans lequel Claire Keim se livre à cœur ouvert.
« Peut-être qu’avec la mort d’Alain Delon nous nous faisons davantage une idée de ce qu’est un acteur »
Pour vous, qu’est-ce qu’être une actrice ? Quelle définition en donneriez-vous ?
Je ne sais pas ce que c’est pour les autres, c’est une cuisine si personnelle. Nous avons tous une raison différente de faire ce métier, de vouloir entrer dans la lumière. Souvent, quand je réfléchis aux rôles que j’ai joués, je me demande pourquoi je suis allée là, à cet instant. L’image est un peu bateau mais j’ai la sensation d’être un arbre et que tous les rôles que je fais sont des branches qui partent de moi. J’ai un rapport avec la nature assez passionnel donc, j’ai tendance à me voir, parce que ça me tranquillise aussi, comme quelque chose d’assez solide, de bien ancré dans le sol, d’où partent des branches, avec d’autres possibilités de vie.
Ensuite, je me suis longtemps interrogée sur la différence entre les acteurs et les comédiens. Je n’ai toujours pas de réponse à cette question. Peut-être qu’avec la mort d’Alain Delon nous nous faisons davantage une idée de ce qu’est un acteur. C’est peut-être quelqu’un qui est, qui incarne instantanément, qui ne fait pas le chemin pour aller jusqu’au personnage mais qui va attirer le personnage à lui et le fagociter. Je me trompe peut-être. Le métier d’acteur, pour ma part, je ne l’ai jamais vu comme un métier. D’ailleurs, je ne sais pas à quel moment j’ai eu l’envie de jouer des textes, des situations, de chanter. Ça a toujours été en moi, c’était une chose qui m’attirait de manière irrépressible et je n’avais pas le choix.
Vous êtes aussi chanteuse, en quoi ces deux arts que sont le chant et l’acting se complètent selon vous ?
Les deux sont évidemment complémentaires, mais ‘ai mis du temps à trouver le bon réglage. Aujourd’hui, je me sers de tout ce que j’ai pu apprendre au niveau de la respiration et du souffle pour poser ma voix, et j’utilise aussi beaucoup la musique afin d’accéder à certains espaces d’émotions qui sont précis. Parfois, ça passe par l’écoute d’une chanson qui va me permettre, presque d’une façon hypnotique, de rentrer dans un état. Mais je ne le maîtrise pas, c’est de l’ordre de l’intuition. Il y a des morceaux qui sont tatoués sur certaines expériences professionnelles. La musique et le chant, c’est une seconde nature chez moi. J’ai dû mal à envisager les choses sans musique.
En parlant de musique, vous avez chanté « En rêvant » et « Je ne peux pas lui en vouloir » pour « Les Yeux d’Hélène ». C’est le grand Vladimir Cosma qui a composé la musique. Parlez-nous de votre rencontre…

J’étais très jeune et je regrette aujourd’hui de ne pas avoir mieux pris en compte à quel point j’étais une incroyable privilégiée de rencontrer Monsieur Cosma. Je l’ai rencontré dans son appartement incroyable avec une vue sur tout Paris, et il m’avait fait répéter sur la chanson que Nicole Croisille interprétait, j’avais l’impression de mêler ma voix avec la sienne. C’est un souvenir magnifique. Mon seul regret est de ne pas avoir été assez impressionnée du moment. C’est après coup que je suis impressionnée d’avoir fait ça. Puis, Vladimir Cosma est comme toutes les personnes douées et intelligentes, il fait comme si c’était facile, comme s’il n’y avait pas une montagne de travail derrière tout ce qu’il fait. J’ai vu quelqu’un capable de lire simultanément 15 à 20 portées d’instruments différents quand il conduit un orchestre, etc. On oublie que la musique – outre son aspect émotionnel – est un énorme travail.
Crédits : Bridgeman Images
Droits d’auteur : PVDE / Bridgeman Images
À la télévision, une de vos premières apparitions était dans la série « Highlander ». Beaucoup d’artistes aujourd’hui très connus comme vous, Marion Cotillard ou Franck Dubosc sont aussi passés par la case « Highlander ». Comment avez-vous vécu cette première expérience télévisuelle ?
L’épisode dans lequel j’ai tourné se déroulait à Senlis (Picardie), là où je suis née. C’était bizarre parce que j’étais jeune, et que j’avais un pied chez mes parents à Senlis et un pied à Paris. D’être en costume du XVIIème avec Adrian Paul et de devoir parler anglais dans la cours de mon école primaire était une sorte de rupture avec l’espace-temps plutôt rigolote. Le souvenir que j’en retiens, c’est surtout d’avoir eu la chance de tourner sous la direction de Dennis Berry, qui a réalisé l’épisode dans lequel j’intervenais. Il a été le compagnon de l’actrice Jean Seberg. Je l’ai regardé avec une fascination un peu étrange, celle d’observer cet homme qui avait partagé les derniers jours d’une femme que j’admire. Dennis Berry est un cinéaste très doué, et j’étais fière d’avoir un petit rôle dans cette série. Et de parler anglais, j’avais la sensation d’être à Hollywood (rire).
« Le Zodiaque » a été un moment important dans votre carrière. Racontez-nous comment vous êtes arrivée sur le projet et était-ce un tournage particulièrement éprouvant ?

J’ai lu cette série, que je trouvais assez audacieuse pour une saga de l’été. La série commence quand même sur le meurtre d’une jeune fille de 15 ans sur une tombe avec un message paranormal. C’était osé mais excitant ! J’étais contente de retrouver Francis Huster que j’avais côtoyé au cours Florent, il y a une dizaine d’années plus tôt, lui en tant que professeur, moi en tant qu’élève. Puis, c’était l’occasion de jouer avec un casting impressionnant. Michel Duchaussoy, Anne Jacquemin, Valéria Cavalli que j’adore ou encore Aurore Clément, qui me racontait les histoires sur le film « Apocalypse Now » et les anecdotes de Louis Malle. C’est la même chose que lorsque j’ai travaillé avec Mireille Darc.
Je m’aperçois de l’immense honneur que j’ai eu. Leur façon de jouer, de se comporter, tout dans leur attitude était inspirant.
[…] Le tournage est un des premiers où j’ai rencontré mon équipe de cascadeurs. Ce sont des gens extraordinaires, comme les accessoiristes et les scriptes, j’ai eu une tendresse particulière pour eux. Je suis fan de leurs jobs. D’ailleurs, si je n’avais pas été actrice, j’aurais sûrement été accessoiriste. Pour moi, « Zodiaque » est un souvenir de cascades, cascades de voiture, cascade suspendue en haut d’un pont, de devoir me jeter dans un lac… J’ai adoré ! Et c’étaient les débuts du steadycam. Il y avait un gars, à l’époque, qui était une vrai star des steadycam ! Dès qu’il était là sur un clip ou un film, nous étions comme des dingues.
« Il est vrai que, quand on me propose un rôle de flic, je fais peut-être plus attention »
Avec « L’Éclipse », vous incarnez une nouvelle fois une policière/gendarme. Comment parvient-on à être crédible dans un rôle de flic ?

Depuis le temps que j’incarne ce type de personnages, j’ai eu le temps d’échanger avec des vrais gendarmes et des vrais policiers. De plus, j’en ai dans mes copains. Donc, si j’ai un doute sur la procédure ou le protocole d’arrestation, j’ai 2-3 pistes de conseil. Ce qui est certain c’est que nous filmons un tas de choses à la télévision qui sont cinégéniques mais qui n’ont rien à voir avec la réalité. Par exemple, vous pouvez voir souvent des juges d’instruction partout, rentrer chez les gens, etc. mais en réalité, ils ne sortent pas beaucoup de leur bureau. J’essaie de vérifier les situations et s’il n’y a rien de complètement invraisemblable. Ce que j’ai remarqué également, c’est que les policières que j’ai pu rencontrer m’ont toujours surprises.
Elles sont plus originales et singulières qu’on ne le pense. Il m’arrive de croiser des gendarmes femmes avec des boucles d’oreilles fantaisistes. Quand j’ai vu « Bac Nord », j’ai trouvé le personnage d’Adèle Exarchopoulos inattendu, génial, avec ses ongles hyper bien manucurés. Et c’est sans doute plus crédible que notre vision fictive en tout cas plus sobre, digne. De fait, je vais aller chercher davantage du côté de chez Jodie Foster. C’est une référence générationnelle. Ensuite, pour la composition, je m’invente une vie, je me pose des questions sur le passé de mon personnage, sur pourquoi elle a eu envie de devenir flic. Je suis forte pour me raconter des histoires. Parfois, je vis dans le déni (rire).
Est-ce que ça fait partie des corps de métier les plus difficiles à incarner, justement parce qu’elle demande une certaine rigueur et crédibilité ?
Nous avons une responsabilité. Lorsque j’interprète une médecin, mon attitude va traduire la réalité du monde médical. C’est très important de ne pas faire un truc absurde à l’image. Mais est-ce que je me permettrais des choses irréelles par rapport à d’autres professions ? Non, je ne crois pas non plus. Je ne veux pas blesser ou fragiliser une profession qui, pour moi, est déjà extrêmement bousculée et pas respectée. Je ne veux pas participer à une entreprise dévaluation des Forces de l’Ordre. Il est vrai que, quand on me propose un rôle de flic, je fais peut-être plus attention.
Plus généralement, qu’est-ce qui vous fait dire « oui » à un scénario ?
Quand j’entends la musique de mon personnage ou, lorsque je lis, je sens que c’est déjà moi. Si je ressens ou entends les dialogues de mon personnage résonner en moi, je sais que j’en ai envie. Si ça reste froid, c’est que ça n’arrive pas jusqu’à moi. Après, je peux être éclairée par un autre élément, tel qu’un partenaire de jeu. Cependant, je comprends pourquoi j’accepte un rôle que plusieurs années après parce que dans ma vie personnelle, il y a un écho. Il y a toujours une raison.
Dans votre filmographie, on peut voir que vous avez fait une incursion dans le cinéma italien…

J’ai fait trois films en Italie. Le premier c’est « Matrimoni » de Cristina Comencini, où je jouais la femme de Claude Brasseur. C’est fou ! Qui plus est avec des actrices comme Stefania Sandrelli. J’ai habité un an à Rome. J’ai un souvenir : je prends l’avion pour l’Italie et, en descendant, je suis émue d’arriver ici. L’odeur de Rome, la couleur de la ville, tout me percute. Je prends la navette en me disant que je suis une des seules actrices françaises qui parte vers un plateau à la Cinecitta. Soudain, je croise Marie Gillain et elle m’annonce qu’elle va le faire le film de Ettore Scola « Le Dîner ». Ce mot m’explose dans la tête. Cet homme est l’Everest du cinéma italien. Voilà, je ne sais pas pourquoi je vous raconte ça, mais la coïncidence m’avait amusée à l’époque.
Créateur : Fabiàn Cevallos
Crédits : Sygma via Getty Images
Je me souviens aussi que lorsque nous avons tourné « Le jeune Casanova » de Giacomo Battiato (photo ci-dessus) à Venise, ils avaient fermé des canaux pour nous. C’était hallucinant ! Maintenant que je tourne dans des studios à Ivry-sur-Seine, je m’aperçois de la chance que j’ai eue. Vous remarquez que ce n’est que des années plus tard que je prends conscience des beaux événements que j’ai vécus (rire).
« Le fait d’être exposée en télévision avec des premiers rôles, a sûrement donné l’idée aux gens que je voulais exclusivement des premiers rôles au cinéma »
On ne vous a pas revu au cinéma depuis 2015. Est-ce que le cinéma vous manque ?
Énormément.
Qu’est-ce qui fait que selon vous le cinéma vous ai abandonnée ?
Je me pose la question par rapport à ça. Quand on a été une actrice très présente à la télévision, il est compliqué pour les réalisateurs de vous imaginer et de vous projeter dans des projets plus singuliers. L’autre explication est que je suis partie de Paris il y a longtemps. Je n’ai pas de bande de potes acteurs. Je ne suis pas dans le microcosme parisien. De fait, on ne pense pas à moi parce qu’on ne me croise pas, ni aux avants-premières, ni aux projections presses des copains. J’habite dans le Sud-Ouest et j’ai construit une vie là-bas à laquelle je suis attachée. On ne peut pas tout avoir dans la vie. Le temps que j’ai passé dans le sud à construire ma famille, je ne l’ai pas passé à la capitale. Enfin, j’ai peut-être fait des mauvais choix. Ça me manque régulièrement. Je suis malgré tout dans une forme de gratitude vis-à-vis de ce que j’ai mais je n’ai pas pu exploiter ce que j’aurais voulu au cinéma. Même faire des petits rôles. Je crois qu’il y a eu un malentendu. Le fait d’être exposée en télévision avec des premiers rôles, a sûrement donné l’idée aux gens que je voulais exclusivement des premiers rôles au cinéma. Ce qui n’est pas le cas. Jouer un mini-rôle dans un film d’Albert Dupontel, d’Olivier Assayas ou de Xavier Giannoli, j’accepterais sans une seconde d’hésitation. Je suis persuadée de ne pas être la personne qu’on pense que je suis. Mais je n’y peux rien.
Vous avez également fait du doublage, notamment pour des films d’animations devenus cultes comme « Monstres & Cie » et « Zootopie ». De quelle façon avez-vous abordé ce nouvel exercice, pas toujours évident à maîtriser ?
Je ne me rappelle plus comment je suis arrivé dans le milieu du doublage. Il me semble que c’est Danielle Perret, directrice artistique, qui m’a proposé un jour de faire un essai voix. J’ai fait des essais pour l’actrice Gwyneth Paltrow pour « Emma ». Pour être honnête, je trouve que ma voix ne va pas du tout avec sa tête. J’en suis fière mais ce n’est pas là où je suis le mieux. Pour eux, ça matchait. Puis, j’ai eu la chance de rencontrer toute la famille du doublage qui est folle. Parallèlement à ça, j’avais un ami qui travaillait avec Patrick Poivey. Je ne regarde quasi que les films en VO, sauf lorsque c’était Patrick Poivey qui doublait Bruce Willis. Jack Frantz, Emmanuel Curtil, j’aime toutes ces voix. Ce sont les bandes-sons de ma vie. Je suis très sensible aux voix.

[…] « Monstres & Cie » je l’ai fait en rigolant avec Alex Metayer et Jack Frantz. Ce film est sorti, il est devenu culte et, encore aujourd’hui, on me demande si c’est bien moi la voix de Célia. C’est dingue et c’est une caresse infinie. Sur la technique de la synchro, je n’ai pas eu trop de mal à choper le truc. Une fois que j’avais compris, que c’était intégré, ce fut plutôt simple. Le fait d’être dans l’obscurité, seul à la barre, c’est plus facile de se retrouver seul avec soi et de s’oublier. J’adore la radio et la synchro car ce sont des endroits où je me sens protégée. Je reviens dans un espace de création qui me plait beaucoup.
. Vous pouvez retrouver ma critique de « L’Éclipse » ici.
« L’Éclipse » dès le 4 septembre sur France 2.
Synopsis :
Le petit village de Bouzouls en Aubrac est en effervescence, il se prépare à célébrer l’éclipse qui aura lieu le soir même. Mais un drame vient troubler la fête… Luca, 18 ans, tire accidentellement sur sa petite amie Nour avec l’arme de service de sa mère. Alors qu’il part chercher des secours, la jeune fille disparaît.
Casting : Anne Charrier (Manue Vitali), Claire Keim (Johanna Croiset), Hubert Delattre (David Levy), Victor Poirier (Anthony Courtin), Armelle Deutsch (Mathilde Wilhem), Thomas Jouannet (Raphaël Wilhem), Aymeric Fougeron (Luca Germain Vitali), Eloïse Rey (Angèle Croiset), Justine Lacroix (Inès Germain), Valentin Campagne (Quentin Germain)…

1 commentaire sur “[CONVERSATION ARTISTIQUE] – DE « HIGHLANDER » À « L’ÉCLIPSE », LA BELLE ÉPOPÉE TÉLÉVISUELLE DE CLAIRE KEIM : « Jouer un mini-rôle dans un film d’Albert Dupontel ou de Xavier Giannoli, j’accepterais sans une seconde d’hésitation »”
Les commentaires sont fermés.