Des rivalités entre agriculteurs à l’origine de nombreux conflits familiaux, une disparition inquiétante, tout un village suspecté de ce drame, « L’Éclipse » va venir assombrir le Haut plateau de l’Aubrac et obscurcir la vie de ses habitants. Un thriller poignant et inattendu !
Adolescence brisée
Haut plateau de l’Aubrac, pays âpre et battu par les vents. Un soir d’éclipse, Luca, 17 ans, tire accidentellement, avec l’arme de service de sa mère gendarme, Manue, sur sa petite amie, Nour. Alors qu’il part chercher des secours, la jeune fille disparaît. Manue et Johanna, toutes deux gendarmes du pays et mères des enfants impliqués dans le drame, mènent l’enquête dans une communauté de paysans en pleine mutation.
Les séries de disparition trouvent toujours un certain intérêt chez le téléspectateur. Pour cause, tout le monde peut être impacté par une telle tragédie et donc, y être sensible. De fait, les enjeux émotionnels sont déjà puissants chez le public, avant même que la série ne débute. Reste ensuite la qualité du récit, sa structure et sa forme. Si les recettes de narration sont souvent les mêmes, c’est cela qui fera la différence. Et « L’Éclipse », elle, possède non seulement ces qualités mais parvient à se renouveler sans cesse dans une intrigue de disparition pourtant classique. En effet, l’écriture d’Hélène Duchateau (« Profilage ») et Baptiste Filleul (« Week-end family »), axée sur l’humain, percute tous les protagonistes de la série et, par conséquent, chamboule nos certitudes : tous sont suspects, tous ont quelque chose à se reprocher, tous ont un crime à camoufler. Démêler le vrai du faux devient alors un véritable casse-tête d’autant que « L’Éclipse » va de surprises en surprises, de rebondissements en rebondissements, brisant à tout-va la chaîne de nos convictions. C’est malin, habile, et haletant ! La narration ne laisse aucun temps mort, là où les enquêtes peuvent souvent paraître longues, pénibles et ennuyeuses. Une force narrative qui s’explique aussi par la complicité entre l’enquête et les secrets de famille que l’enlèvement de Nour révèlent peu à peu.

L’aspect social de la série, de son côté, appuie un fort climat de suspicion. L’action se déroulant en campagne, sur des terres agricoles précieuses, les conflits entre agriculteurs sont légion. Ces conflits engouffrent l’histoire dans une multitude de possibilités quant à l’origine de la disparition de la jeune adolescente. Conflits jusque dans l’intimité, par ailleurs, puisque les enfants de Manue (Anne Charrier) et Johanna (Claire Keim) sont également suspectés. Deux policières meurtries dans leur chair, angoissées à l’idée de perdre leurs enfants, prises au milieu de leur devoir et de leur amour pour leur famille. Anne Charrier et Claire Keim portent fièrement ces deux héroïnes, dans une interprétation commune à la fois sensible, vive et beaucoup de caractères.

Sous la direction de Franck Brett (« Comme un fils », « Balthazar »…), ce drame prend une nouvelle dimension. Une dimension plus dramatique, plus profonde, emportée par les regards intenses des comédiens, jeunes ou confirmés. Là aussi, rien ne les trahit. Que ce soit dans la mise en scène ou dans le jeu des acteurs, il est difficile de discerner une faille, un coupable, un véritable mobile meurtrier.
Si vous regardez attentivement certaines fictions, vous verrez que le coupable est parfois appuyé par la caméra, mis en scène d’une façon à ce que vous compreniez que le tueur est tel ou tel personnage : un sourire, un regard, voire une séquence entière. Dans « L’Éclipse », un seul élément nous met un petit doute, un instant ; cependant, il faut attendre la toute fin pour connaître l’identité et la vérité sur le kidnapping de Nour. Assez rare pour être souligné.
En somme, « L’Eclipse » est la combinaison parfaite entre la réalisation et l’écriture scénaristique. Nous percevons ici une vraie coopération avec le réalisateur et les scénaristes qui ont œuvré ensemble, dans une même volonté, pour composer un script à la hauteur d’une série au genre éculée.
Conclusion
Mini-série en six épisodes, « L’Éclipse » a toutes les caractéristiques d’un thriller télévisuel abouti : réalisation, écriture, caractérisation des personnages, ainsi que la photographie/étalonnage – qui ont parfois cette couleur des fictions norvégiennes. Elle portée par un casting 5 étoiles et une jeune génération de comédiens tels qu’Aymeric Fougeron, Justine Lacroix, Valentin Campagne, ou encore Eloïse Kafui Rey, révélation de ces derniers mois. Après « Ouija », elle confirme sa grande capacité de jeu et semble bien engagée pour être une des prochaines stars de la télévision française.
. Vous pouvez retrouver mon interview avec Claire Keim ici.
« L’Eclipse » dès le 4 septembre sur France 2.
Casting : Anne Charrier (Manue Vitali), Claire Keim (Johanna Croiset), Hubert Delattre (David Levy), Victor Poirier (Anthony Courtin), Armelle Deutsch (Mathilde Wilhem), Thomas Jouannet (Raphaël Wilhem), Aymeric Fougeron (Luca Germain Vitali), Eloïse Rey (Angèle Croiset), Justine Lacroix (Inès Germain), Valentin Campagne (Quentin Germain),…

1 commentaire sur “[CRITIQUE] – L’ÉCLIPSE : CACHEZ CETTE DISPARITION QUE JE NE SAURAIS VOIR”
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