[CONVERSATION ARTISTIQUE] : ENTRETIEN AVEC LA COMÉDIENNE ALICIA HAVA : « Tous les rôles que j’ai joués résonnent avec des choses que j’ai vécues »

Comédienne talentueuse, Alicia Hava parcourt la télévision depuis plus de 10 ans. De « Plus Belle la Vie » à « Mental » en passant par « Irrésistible », en passant par le cinéma d’auteur aux côtés de Xavier Giannoli et Rachid Hami, Alicia Hava s’élève à chaque projet un peu plus au niveau des grandes actrices françaises. Elle fait aujourd’hui partie des actrices qui comptent !
Dans cette interview, elle se confie sur son parcours, ses différentes expériences professionnelles et dévoile les coulisses de certaines séquences qui l’ont marquée.

Qu’est-ce qui vous a amené vers le théâtre ? D’où est née l’envie d’être comédienne ?
J’ai toujours eu l’envie de jouer, mais devenir actrice était pour moi un rêve inaccessible. Je ne viens pas d’une famille où il était possible d’envisager cette voie donc je n’ai jamais avoué ce désir. Mon père avait un ami qui travaillait au théâtre des Variétés et qui nous donnait des places de théâtre. Nous y allions tous les jeudis, c’était notre sortie familiale. En revanche, le cinéma est un art que j’ai appris sur le tard et que je continue de découvrir. De fait, je voyais souvent des gens sur scène et je trouvais ça incroyable. C’est là que j’ai compris que c’était un métier.

Lorsque je suis rentrée en études supérieures, j’ai choisi de tout quitter et d’embrasser le risque. J’ai donc quitté l’école et je me suis donnée un an pour avoir un signe que ce métier était envisageable. Ce fut difficile, parce que je n’avais pas beaucoup de soutien et peu de gens croyaient en moi. À cette période, j’ai rencontré un ami acteur sur Twitter (X aujourd’hui), qui est encore mon meilleur ami aujourd’hui (Alexandre Achdjian). Et une nuit, pour rigoler et sans y croire vraiment, nous avons créé un faux CV artistique que nous avons envoyé à des agents. À ma plus grande surprise, une agent m’a reçu et j’ai commencé à passer des castings. Et, très vite, j’ai été prise pour travailler.

« Si Michel Galabru m’a appris le fonctionnement du théâtre, « Plus Belle la Vie » m’a appris le fonctionnement d’un plateau »

Vous avez été formée au Théâtre du Gymnase Marie-Bell auprès de Michel Galabru. Racontez-nous votre rencontre avec lui…
Il était plein de sagesse et d’humour. Tout le monde le respectait beaucoup, et il y avait toujours un grand silence. J’avais passé une audition pour être sélectionnée, et j’étais très excitée à l’idée de pouvoir travailler avec lui. Il nous regardait jouer nos scènes, souvent du Feydeau ou du Goldoni, qu’il avait sûrement déjà jouées et vues mille fois, mais il riait comme si c’était la première fois. Cela me fascinait. Garder cette passion jusqu’à la fin et le voir s’émerveiller comme un enfant, c’était très touchant. De fait, nous essayions de faire de notre mieux pour réussir à le faire rire.

Être à son contact m’a permis d’apprendre énormément de choses sur le théâtre classique, de l’aborder en tant que comédienne et non plus comme simple spectatrice. Cela m’a aidée à comprendre les ficelles du jeu et à prendre conscience du travail qu’une actrice doit accomplir sur le texte : le rythme de la comédie, la façon de faire progresser une scène, et d’en comprendre les tenants et aboutissants.

Le grand public vous a découvert grâce à votre rôle dans la quotidienne « Plus Belle la Vie », où vous incarniez le personnage de Margaux Lieber. Une aventure de deux ans. Qu’est-ce que vous retenez de votre passage dans la série ?
Si Michel Galabru m’a appris le fonctionnement du théâtre, « Plus Belle la Vie » – qui a été ma première expérience -, m’a appris le fonctionnement d’un plateau. Mais aussi l’efficacité, compte tenu du nombre de minutes que nous tournions par jour. Dans ce genre de séries, j’ai également appris l’humilité en tant que comédienne, car ici, le comédien n’est pas le centre du plateau. Nous sommes simplement un instrument parmi tant d’autres dans cette grande machinerie.
Cette expérience m’a projetée dans une notoriété soudaine, à laquelle je n’étais pas préparée, et que j’ai vécue de façon très intense. Ma vie quotidienne a été bouleversée par cela. J’ai dû apprendre à poser des limites entre ma vie professionnelle et ma vie privée.

« Le rôle de Mélodie a tout changé pour moi »

Une autre série vous a mise en lumière, c’est « Mental » L’action se déroule dans un service pédopsychiatrique. De quelle façon avez-vous abordé ce très beau personnage qu’est Mélodie ?

J’ai eu très peu de temps pour me préparer à ce projet, environ deux semaines. J’ai parlé longuement avec des pédopsychiatres au cours d’entretiens où j’ai pu leur poser de nombreuses questions. J’ai aussi lu et regardé beaucoup de films, dont « Une femme sous influence », qui a été une immense source d’inspiration pour moi. Ensuite, c’est un cheminement que j’ai fait dans ma tête, que je ne saurais pas expliquer, car il est assez intérieur. Néanmoins, j’ai étudié de près la Commedia dell’arte. Cet art théâtral italien, basé sur l’exagération dans le rapport au corps et aux sentiments, m’a inspirée pour transposer cela chez Mélodie. Cela m’a aidée à exacerber sa joie dans les phases maniaques et sa détresse dans ses phases dépressives.

Le tout premier jour de tournage, j’ai commencé par tourner le dernier épisode. J’ai abordé mon personnage en commençant par la fin, par sa dépression si intense qu’elle la mène au suicide. Ce fut difficile, car j’ai construit le personnage au fur et à mesure des tournages. J’avais à cœur de bien faire, car je ne voulais surtout pas tomber dans des clichés. Ce rôle a tout changé pour moi. Il y avait beaucoup de place pour l’improvisation. J’étais très heureuse qu’on me fasse confiance pour une partition aussi dense.

Ce que j’ai trouvé formidable sur « Mental », entre autres, c’est l’union et le travail d’équipe. Je suis souvent proche des techniciens, et j’adore les rencontrer. Sur cette série, nous étions tous en symbiose, et je pense que cela s’est ressenti à l’écran.

Ce qui m’émeut le plus avec ce projet, c’est que je reçois encore des messages de personnes malades qui nous remercient d’avoir parlé d’eux de cette façon. C’est la plus belle reconnaissance pour moi.

« Je pense que nous ne sommes pas choisis sur des projets par hasard »

Dans une interview, vous avez dit : « Si on n’a pas d’empathie pour les gens, je ne vois pas comment on pourrait jouer des personnages et entrer dans leur vie. » Comment allez-vous chercher la part d’humanité chez vos personnages ?
J’ai le don d’attirer des gens très spéciaux et parfois même carrément marginaux, alors tant qu’à faire, je m’en inspire beaucoup. Le fou du bus, c’est toujours à côté de moi qu’il va s’asseoir, et en plus, moi, je parle avec lui (rire). Je fréquente aussi beaucoup de gens qui ne sont pas dans le milieu du cinéma et qui ont des parcours de vie extraordinaires. Là encore, je m’en inspire beaucoup. De fait, je pense que je prends un peu d’eux à leur contact. Très jeune, j’ai grandi entre une ville de la banlieue parisienne très bourgeoise et les Puces de Clignancourt, où mon père travaillait. J’ai donc évolué dans deux univers radicalement opposés, où j’ai dû apprendre à naviguer. Cela m’a rendue souple dans ma croyance que différentes vies peuvent dépasser la mienne. Tous ces gens, tous ces milieux me nourrissent au quotidien. J’ai la chance de voyager beaucoup, loin et seule, ce qui me permet de m’enrichir humainement.

On parle d’empathie, d’émotion… Cela me rappelle une très belle séquence dans « Irrésistible », où vous confiez votre amour pour une autre fille à votre sœur, puis à la radio dans son podcast. En tant que comédienne, où allez-vous chercher des émotions telles que celles-ci pour les retranscrire avec autant de vérité et de sincérité ?
L’idée d’être traversée par un état, on doit le fabriquer et y faire croire. Pour cela on est obligés d’y croire soi-même et c’est tout l’enjeu de la comédie. C’est ce qui me bouleverse dans ce métier. Comme un accord passé entre les spectateurs et l’actrice. On sait qu’il y a un décor, un scénario, des répliques, une équipe mais pour autant, on signe tous le contrat d’y croire pour être ému ensemble. 

Cette scène dont vous parlez, je l’ai énormément travaillée. J’aime bien me dire qu’il y a une magie qui opère quand on répète un texte inlassablement comme si c’était un mantra, on finit par y croire. On s’oublie pour rêver du personnage, rêver à la manière de lui donner vie. Je pense que nous ne sommes pas choisis sur des projets par hasard. Tous les rôles que j’ai joués résonnent avec des choses que j’ai vécues, ou que je vivais à ce moment-là. J’aime l’idée de me dire que c’est le scénario, le rôle qui nous choisit autant qu’on le choisit. J’étais super contente de travailler sur ce projet parce que je voulais vraiment collaborer avec Clémence Madeleine-Perdrillat, la créatrice de la série. Elle a réussi à casser plein de clichés liés à la comédie romantique, tout en respectant ses codes. 

Crédit photo : Caroline Dubois

Au cinéma, vous avez pu tourner et donner la réplique à des grands noms comme Vincent Lindon (« L’Apparition »), Dany Boon et Laurence Arné (« La Famille Hendricks »), ou encore Karim Leklou (« Pour la France »). Quand on se lance dans ce milieu, partager l’écran avec eux faisait-il partie de vos rêves ?
J’étais honorée de travailler à leurs côtés. Ce qui est encore plus beau, c’est que certains font aujourd’hui partie de ma famille. C’est l’immense cadeau de ce métier : notre chemin croise celui d’autres êtres et cela nous marque. Ce sont des gens avec qui la vie m’a permis de rester pour s’accompagner sur ce parcours. Je pense notamment à Karim Leklou, Camélia Jordana ou Salomé Dewaels. Ce sont comme des frères et sœurs pour moi. J’ai également de vraies relations avec les réalisateurs ou réalisatrices avec qui j’ai travaillé. Souvent, on devient proches. Cécilia Rouaud, qui a réalisé « Les Complices », m’a refait confiance sur « Le Livreur de Noël ». Ça m’émeut beaucoup quand un ou une cinéaste me rappelle pour un projet. Cela veut dire que mon travail leur plaît et qu’on repart dans une nouvelle aventure ensemble.

Racontez-nous les coulisses de la scène de dîner avec Karim Leklou dans « Pour la France »…

C’est, a posteriori, très drôle. Le réalisateur, Rachid Hami, est l’un des meilleurs directeurs d’acteurs avec qui j’ai travaillé. Je rêve de collaborer à nouveau avec lui. Il nous regardait jouer la scène sans se placer au combo. Il se positionnait sous la caméra pour nous observer vivre. Et tant qu’il n’y croyait pas, on recommençait. Je n’ai jamais fait autant de prises que pour cette scène.
Honnêtement, nous l’avons rejouée entre 40 et 50 fois. Nous avons fini tard dans la nuit ou tôt le matin, selon comment on voit les choses. Dans cette scène, nous devions manger, et il tenait absolument à ce que ce soit réaliste. Il ne voulait pas que cela sonne faux ou que nous fassions semblant. Dans de nombreux films, c’est souvent le cas.

À force de manger en continu sur le plateau, nous avons tous fini par tomber malades (rire). Rachid ne nous forçait pas à manger, mais nous étions tellement investis que nous le faisions vraiment. Du poulet et des pommes de terre… c’est devenu mon pire cauchemar. En plus, le lendemain, Karim, qui s’était vanté de pouvoir manger sans problème, a été le plus malade de nous tous (rire).

Vous avez aimé participer à la comédie « La Famille Hennedricks » de Laurence Arné ?
Oui, j’étais ravie de la rencontrer ! J’ai beaucoup d’admiration pour la femme qu’elle est. Elle m’inspire énormément. J’ai adoré son film dès la lecture. Nous avons tourné dans le Perche, dans une ambiance très chaleureuse et familiale. Mes parents étaient venus me voir sur le tournage. Laurence jouait et réalisait en même temps. C’est un exercice difficile, mais elle a su trouver le juste équilibre entre nous diriger et nous donner la réplique.

Ce qui était drôle, c’est que je suis hypocondriaque, comme Dany Boon. Nous tournions dans un vaste jardin avec de hautes herbes, et nous n’arrêtions pas de nous demander si nous allions attraper la maladie de Lyme (rire). Et puis, être dans une caravane et se faire réveiller par Dany Boon… j’avoue que c’était marrant, ça n’arrive pas tous les jours.

« Je trouve une liberté de jeu particulière dans le doublage »

Vous avez également fait un peu de doublage, un autre pan du métier de comédien assez difficile. Comment êtes-vous arrivée dans ce milieu ?
J’adore ça, surtout parce que je travaille sur des projets de création de voix magnifiques. En France, nous avons un cinéma d’animation remarquable. Céline Ronté, la directrice artistique, cherchait des voix pour une série d’animation, « Les QuiQuoi ». C’était passionnant, car il s’agissait de créer des voix de A à Z. J’ai passé un casting et j’ai été prise pour deux rôles. J’ai l’impression de m’être révélée dans cet exercice. C’est un espace de jeu tellement libre ! Je dois beaucoup à Céline Ronté, ainsi qu’à Hervé Rey.
Actuellement, je prête ma voix au rôle principal de la série « La Petite Casbah », diffusée sur France Télévisions. Cela parle de l’Algérie sous la colonisation, et c’est magnifique. Je trouve une liberté de jeu particulière dans le doublage, différente de celle devant une caméra. Mais même si nous ne sommes pas filmés, l’enjeu reste le même : transmettre des émotions.

Pour l’anecdote, j’ai doublé le personnage de Flamme dans la première version du film Disney « Élémentaire », avant qu’Adèle Exarchopoulos n’arrive sur le projet. J’ai doublé tout le film, et faire un Pixar, c’était vraiment un rêve.

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