Une prison pour mineurs, des jeunes mal dans leur peau à l’avenir incertain, des problèmes familiaux à l’extérieur, et un plan : celui de s’évader ensemble de cet enfer. De plans dysfonctionnels en actions foireuses, cette équipe que tout oppose, toutefois attendrissante, unie dans un combat commun, va se révéler et nouer une fraternité sincère.
Réalisée par Marine Colomies et Marine Maugrain-Legagneur – qui a déjà collaboré sur une autre série France TV Slash à succès, Mental, mais aussi sur Nudes (Prime Video) ou la série horrifique Netflix Marianne -, la série porte un regard désespéré, néanmoins plein d’espoir, sur une jeunesse en quête de repères.
Alice aux Pays de la Prison
Pour Alice, élève modèle de 17 ans, l’arrivée dans le quartier pour mineurs de la prison de Dante est un choc. Afin de retrouver au plus vite sa mère malade, elle accepte un pacte dangereux : infiltrer un groupe de jeunes détenus planifiant une évasion. Son objectif ? Les trahir pour obtenir sa liberté. Mais plus elle apprend à les connaître, plus elle s’attache à eux. Alice va devoir faire un choix : trahir ses nouveaux amis ou s’enfuir avec eux.
Ils sont six, six ados que le destin a réunis : Alice, Gabin, Hacine, Rose, Killian et Reem. Dans cette prison qui les broie, les consume à petit feu, cette alliance improbable est leur porte de sortie. Au sein d’une narration progressive, ce sont d’abord leurs différences que l’on met en opposition, avant de les ramener à ce qu’ils sont : des êtres doués de sentiments, capables de dépasser leur condition pour franchir ensemble l’obstacle à leur liberté. Six ados malmenés par la vie, aux conditions familiales et/ou amoureuses graves, lourdes, que les choix ont malheureusement menés jusqu’à Dante. Dans cet abîme carcéral, isolés d’un monde extérieur absent – renforçant le sentiment d’abandon – naît ce qui fait la force des liens humains : l’amitié. Pourtant, le récit de Zonz est parsemé de traquenards, notamment pour le personnage d’Alice qui, mille fois, est tiraillée entre sa réussite personnelle et son cœur, son affection pour les autres membres du groupe. Et si l’on compare la série à Prison Break, elle s’en éloigne dès lors qu’elle prend cette route : la route des dilemmes moraux et des sacrifices. Parce qu’au-delà du simple fait de vouloir retrouver la liberté, il y a des enjeux beaucoup plus vastes, plus intimistes, plus vitaux : rejoindre une mère malade, une sœur, fuir une situation et des modalités que l’on vous a déjà désignées.
À travers eux, la série évoque alors les thèmes de la solitude, de la culpabilité, de la famille, du désir, de la peur, de la santé mentale d’une jeunesse écrasée par le poids de la fatalité, des OQTF… Ainsi, la narration de la série laisse la part belle à l’intime, aux sentiments de la jeunesse. Les auteurs, Marine Maugrain-Legagneur, Quentin Pissot (La Recrue, Nouveau Jour) et Alicia Pratx, abordent tous ces sujets sans cliché, et donnent vie à des marginaux avec l’envie de les transcender en une vertu magnifique, un optimisme chevaleresque, et de prouver l’importance d’une mission d’insertion réelle.

Côté réalisation, la série a une idée à la seconde. Chaque plan est unique, l’image est architecturale et construite selon des ambitions esthétiques éclatantes. Avec cet objectif de l’évasion, les premiers épisodes sont conçus comme des jeux vidéo, avec des incrustations à l’écran diverses et variées.
Même dans la construction des plans, des champs/contre-champs, des gros plans ou des travellings, les réalisatrices insufflent une imagination débordante. Une imagerie conceptualisée également sur le ressenti des personnages, mais aussi sur leurs points de vue, entre espoirs et désillusions.
Un travail colossal de post-production qui donne à Zonz une singularité, et qui se démarque ainsi des autres productions de France TV Slash, tout en conservant l’essence et l’identité de la chaîne et de ses propositions artistiques.
Vers l’émotion et au-delà…

Tous les comédiens ados sont d’une justesse impressionnante. Chacun d’entre eux livre une performance profonde et tragique, à la hauteur des histoires familiales ou sociétales qu’ils portent et de la complexité des émotions qu’ils traversent dans cette prison à la photographie froide. Et ce sont leurs regards, intenses, immensément vifs, qui enveloppent la série d’un voile émotionnel puissant. Les deux réalisatrices, Marine Colomies et Marine Maugrain-Legagneur, de leur côté, ont opté pour une caméra douce afin d’offrir non seulement un attachement à ces jeunes héros en quête d’identité, mais aussi pour renforcer une tendresse vis-à-vis de ces personnages que la société semble avoir abandonnés.
Et malgré la douceur du cadrage, l’optique révèle sans concession les colères, les douleurs intérieures et les dilemmes moraux d’un univers hostile, traduisant avec acuité la tristesse et la fragilité de ces adolescents. Cette mise en scène immersive nous plonge au cœur même de leur âme.
Néanmoins, mention spéciale à deux comédiens : Roman Doduik et Tiphaine Daviot. Il est très agréable de voir la comédienne en gardienne de prison tyrannique. Un petit rôle à contre-emploi qu’on prend plaisir à détester. Surprenant et jouissif !
Roman Doduik, lui, est sûrement la révélation de la série. Il y a, dans son jeu, une sensibilité extrêmement rare, à fleur de peau, touchante, et des émotions brutes qu’il parvient à retranscrire avec une force phénoménale. Même quand la comédie s’invite, alors qu’il reste ancré dans une posture dramatique, la profondeur de son interprétation bouleverse et charme, la profondeur de son émotion bouleverse et nous charme. Nous charme par la complexité d’un personnage aux tendances suicidaires, dont le clown intérieur ne sert qu’à masquer une angoisse existentielle, un profond désespoir de solitude. Se cacher derrière l’humour pour continuer de vivre. Un personnage en rupture, particulièrement fiévreux, incarné par un comédien dont on sent aussi une fragilité, une humanité belle et féroce.
Conclusion
France TV Slash est décidément une caserne d’Ali Baba. Après Mental, 9.3 BB ou encore Nos vies en l’air, la chaîne numérique du service public destinée aux jeunes de 18-30 ans signe avec Zonz une nouvelle pépite à ne pas manquer. Cette dramédie carcérale pour ados, saisissante, s’octroie une liberté visuelle hallucinante, entre ingéniosité et savoir-faire technique, et une liberté de ton, où la dramaturgie s’accorde à des perspectives humanistes.
Portée par des comédiens et des comédiennes exemplaires, Zonz peaufine un regard sur la jeunesse, sans l’excuser, mais toujours avec bienveillance, intelligence, subtilité – et également sur la société, ainsi que son impact sur des adolescents et des familles en perte de repères.
Zonz dès le 28 mai sur France TV Slash.
Casting : Mona Claude, Camille Chamoux, Romain Doduik, Fauve Hautot, Tihpaine Daviot, Adem Benosmane, Bilel Chegrani, Hind Faiz, Nelligan, Poqsi, Nicole Ferroni, Rachid Guellaz, Jean-Claude Muaka, Chad Zem, Mohamed Cissé, Bastien Ughetto, Alicia Hava, Rachid Guellaz…
A lire aussi :
. Mon interview carrière avec Alicia Hava ici.
. Mon interview carrière avec Bastien Ughetto ici.
. Mon interview carrière avec Rachid Guellaz ici.

1 commentaire sur “[CRITIQUE] – ZONZ : UN PRISON BREAK POUR ADOS”
Les commentaires sont fermés.