Il y a des sujets sociaux et environnementaux majeurs, et ceux de la maltraitance animale et de la surconsommation de viandes en sont deux. Dans « Le Combat d’Alice », le réalisateur Thierry Binisti confronte deux générations, deux visions, où la prise de conscience d’une jeunesse plus sensible se heurte à la complexité d’un monde rural, qui tente de survivre en s’adaptant aux enjeux de la souffrance animale et des défis climatiques. Touchant !
Sauver l’enfant de Doucette !
Alice est une adolescente qui, suite à la mort de sa mère, perd pied. Envoyée contre son gré à la campagne, elle mène la vie dure à ses grands-parents jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance d’une jolie vache dont la tendresse qu’elle porte à son veau la touche et l’apaise. Mais un jour, la bête est chargée dans une camionnette, direction l’abattoir. Quand Alice, bouleversée, comprend que le petit de Doucette est le prochain sur la liste, elle cesse du jour au lendemain de manger de la viande et se révolte. Prête à tout pour sauver le veau, elle se rapproche de militants antispécistes et s’engage avec toute la force et l’excès de son âge, loin d’imaginer que ce combat contre la souffrance animale pourrait devenir le terrain de sa réconciliation avec son père, de leur résilience à tous les deux…

La cause animale, qui envahit un peu plus l’espace public ces dernières années, n’est pourtant jamais la préoccupation de la classe politique, plus intéressée par le profit que par la nature. Pourtant, si l’humanité n’a pas la lucidité d’admettre que notre vie dépend de l’équilibre animal et végétal, alors elle se condamne elle-même à sa propre perte. Et l’art dans tout ça, nous alerte également. Le cinéma comme la télévision s’empare de ces sujets, à l’image de ce nouvel unitaire produit par France Télévisions, « Le Combat d’Alice », qui offre un regard sur l’éco-anxiété des jeunes, thème sociétal que l’on méprise et que l’on évince dans les médias comme s’il s’agissait d’un banal effet de mode. Comment grandir dans un monde individualiste ? C’est la question que pose à Alice en larmes, prise de panique face à un père de famille démuni.
Crédit photo : A-Prime-Group
Sauver ce veau d’une mort certaine est donc plus qu’un moyen d’affronter un capitalisme fou mais une raison de donner du sens à son existence, à son avenir. Son engagement soudain est un déclic et le début d’une aventure humaine qui aura une importance ainsi qu’un impact plus grand qu’elle ne le pense.
Cependant, « Le combat d’Alice » n’est jamais manichéen. On ne culpabilise ni le milieu agricole, ni le consommateur, on ne le soumet pas en le pointant du doigt, il s’agit d’opérer une prise de conscience en douceur, mais aussi de révéler à quel point notre agriculture est régie par des règles absurdes, qui ne protègent pas les agriculteurs et encore moins le client. L’unitaire ne propose pas de solution miracle, ce n’est d’ailleurs pas le rôle de la fiction, mais il élargit notre champ de vision, soulève des problématiques et amène à des pistes de réflexions.
À la réalisation de cette histoire touchante, Thierry Binisti poursuit une filmographie engagée. Après notamment « Le Prix du Passage », « Le Prochain Voyage » et « Les Ailes Collées », le réalisateur met en scène le milieu de l’agriculture avec son savoir-faire, dans lequel l’humain est la voûte. La caméra de Thierry Binisti a de rare qu’elle filme la simplicité de la vie, son quotidien, la dualité des hommes et la quintessence des sentiments humains avec une profondeur poignante et une vérité textuelle. Elle effleure les individus sans jugement pour être en accord parfait avec un scénario qui, également, ne l’est pas. Et puis, l’optique de Thierry Binisti renforce le regard de chacun des personnages, l’enveloppe d’une vraie force empathique. Surtout dans les scènes où le rapport primaire à la vie et la mort intervient. Cela ouvre le récit vers une autre dimension…
Une histoire de famille

Au-delà du combat animal, l’unitaire est aussi un combat intérieur. Après le décès de sa femme, Joscelin sombre dans le travail, et les rapports avec sa fille sont à la fois distants et tendus. C’est dans cette atmosphère profonde du deuil que se tisse cette narration dont la lutte éveillée d’Alice est aussi le reflet de sa colère. En voulant préserver la vie animale, il y a cette volonté métaphorique de vouloir préserver la vie elle-même, de mettre la vie comme un élément précieux et central de l’Humanité. Pour le père, un combat perdu d’avance, car la mort est inévitable. Et ce n’est que dans ce conflit qu’un rapprochement est possible, que père et fille se relèveront ensemble, main dans la main. Un combat pour la délivrance de l’âme, pour apaiser son âme d’une douleur vive.
Nicolas Gob et Lucie Loste Berset livrent une partition d’une beauté époustouflante. Il y a dans les émotions qu’ils dégagent une justesse et une authenticité bouleversante. Deux interprétations qui touchent au sublime du comédien, et conduit inexorablement, dans les séquences intimes, à une véritable puissance émotionnelle. Il faut dire aussi que les dialogues sont écrits avec finesse et intelligence et que les deux héros de ce récit sont parfaitement caractérisés. Une écriture scénaristique portée par Mikaël Ollivier, pleine d’humanité, pleine de pudeur, au cœur d’une intimité douce et complexe.
« Le combat d’Alice » dès le 21 mai sur France 2.
Casting : Nicolas Gob, Lucie Loste Berset, Carole Bianic, Luce Mouchel, Jacques Chambon, Léonie-Dahan Lamort, Jérémie Barrière, Pascale D’Inca, Véronique Frumy…
