À l’heure où le fascisme prend de nouveau racine dans un monde en proie aux crises internationales, France Télévisions proposera un dispositif exceptionnel à la veille des 80 ans de l’armistice dont un unitaire important, « Résistantes ».
Inspiré de faits réels, « Résistantes » rend un hommage vibrant aux résistants de cette époque terrible mais surtout aux femmes qui, elles aussi, se sont battues durant la Seconde Guerre mondiale. Poignant !
Une histoire de famille
Le récit prend place en 1944 alors que la France est sous occupation allemande. Dans un petit village du Vaucluse, des hommes et des femmes vont devenir des héros malgré eux en rejoignant les membres actifs de la résistance. Au centre de cette histoire, nous suivons la famille Gauthier à travers 3 générations et 2 temporalités : Mère Madelaine, la grand-mère et supérieur d’un couvent (Line Renaud 1970 / Béatrice Facquer 1944), la mère de famille Gisèle Gauthier (Elodie Navarre) et son mari Armand (Jonathan Zaccaï), ainsi que leur fille Solange (Jade Foucart), pour les séquences qui ont lieu dans les années 70. Car tout démarre à cette époque, par un secret inavoué qui va venir ébranler l’équilibre de cette famille. Pour connaître la vérité, Solange se rend au couvent. Elle y rencontre sa grand-mère pour la première fois, qui lui raconte alors l’histoire de sa famille et la façon dont son père a parfois collaboré.
Deux époques qui se confrontent et la déception d’une fille dont les horreurs de la guerre sont encore vives dans les mémoires collectives. La narration de « Résistantes » s’axe donc autour du thème du pardon. Peut-on pardonner à un père qui a collaboré ? Peut-on pardonner à un fils qui a dénoncé une de ses propres employées ? À travers les souvenirs d’un biopic familial, se trouve peut-être la clé du pardon. Car s’il est aisé de trahir, il l’est encore plus d’accorder son pardon.

Néanmoins, Armand est un personnage intéressant car il représente toute la complexité de l’âme humaine en des temps troubles. Ce n’est ni idéologue partageant les valeurs du nazisme, ni un collaborateur féroce, ou un fervent dénonciateur. Malgré tout, sous la pression des autorités nazies, de la Gestapo ou parce qu’il faut sauver sa famille, il devient ce qu’on attend de lui, un « partenaire » indirect des horreurs dirigées par le IIIème Reich. Jonathan Zaccaï incarne cette dualité avec tout le talent qu’on lui connaît, saisit toutes les nuances de son personnage afin de les transformer en une sorte d’hybride, d’antagoniste rongé par le devoir et la culpabilité, dans une posture rigide et pourtant si fragile.
La combinaison parfaite entre la caractérisation scénaristique d’un personnage et le jeu d’acteur d’un comédien inspiré.
Des femmes courageuses

Trop souvent, l’Histoire et le cinéma ont minimisé le rôle des femmes pendant la période 39-45. Pourtant, si elles n’étaient pas au front, elles participaient activement à l’effort de guerre et à la résistance par des actions fortes. C’est aussi ce que raconte « Résistantes », en mettant en scène des héroïnes traditionnelles : Mère Madelaine, qui accueille des résistants au sein de son couvent, Solange Gauthier, jeune femme dont l’envie de s’engager dépasse le don de soi, Rosine Chabert (Marie Mallia), jeune partisane, ou Simone Bouvier (Candice Bouchet) laquelle ose prendre des risques pour sauver une famille de l’arrestation. Loin des clichés habituels, chacune d’entre elles est déterminée par ses convictions et/ou sa foi.
Elles ne subissent pas l’action, elles y contribuent. Surtout, la plupart de ces héroïnes profite d’une écriture soignée, profonde, et authentique. Si le récit joue habilement entre secrets, trahisons, engagements et sentiments, ce sont les femmes de « Résistantes » qui donnent tout leur sens à ces mots-là en les incarnant avec l’ambiguïté ou la force nécessaires pour nous immerger au cœur de ce tourbillon de la guerre ou nous émouvoir.
Le seul défaut dans cette narration où le temps manque, c’est la relation rapide entre Blaise, l’un des maquis interprété par Tim Rousseau et Solange Gauthier. La naissance de leur histoire d’amour est expédiée en 2-3 séquences et, il est difficile de se plonger émotionnellement dans leurs sentiments et d’être atteint pleinement par les malheurs qui les frappent.
Conclusion
Unitaire d’utilité publique, « Résistantes » nous rappelle à quel point les atrocités du passé et nos choix continuent d’affecter les générations futures.
Malgré des contraintes budgétaires évidentes, quelques décors trop minimalistes, Renaud Bertrand, le réalisateur insuffle une véritable énergie héroïque à ce récit par une mise en scène qui étire la tension par le biais d’une proximité avec ses acteurs et une caméra immersive dans l’intime des personnages. Renaud Bertrand réalise également une très belle direction d’acteurs et donne une dimension dramaturgique intense à des séquences d’émotions d’une grâce absolue (cf. la scène finale entre Jonathan Zaccaï et Line Renaud). Line Renaud, bouleversante ici, excelle toujours autant dans le registre du drame. Avec son phrasé unique et sa voix si singulière, elle livre des sentiments uniques à la caméra. L’investissement pour conter cette histoire est tel, qu’on ressent chaque dilemme et chaque sensation des protagonistes.
À noter que « Résistantes » a été tourné dans le Vaucluse, un haut lieu de la résistance française, et au mont Ventoux, connu pour avoir été l’un des plus importants maquis de Provence. Renaud Bertrand leur rend un bel hommage, entre symbolisme et témoignage d’un passé dont les souvenirs continuent d’habiter chaque lieu, chaque rocher, chaque pierre…
« Résistantes » le 7 mai sur France 2.
Casting : Line Renaud (Mère Madeleine 1970), Jonathan Zaccaï (Armand Gauthier – maire), Elodie Navarre (Gisèle Gauthier), Béatrice Facquer (Mère Madeleine 1944), Jade Foucart (Solange Gauthier), Marie Kauffmann (Sœur Bernadette), Marie Mallia (Rosine Chabert), Jochen Hagële (Commandant Hartmann)…
