L’actrice et réalisatrice Reem Kherici s’attaque au plaisir féminin. À travers un biopic librement inspiré de l’invention du célèbre Womanizer par Michael Lenke, Pour le plaisir nous invite à réfléchir à un sujet de société souvent ignoré, voire tabou : le plaisir sexuel des femmes. Un film où comédie et pédagogie ne font qu’un !
Synopsis
Et si on vous racontait l’invention du siècle ? Un couple, une vérité qui explose. Fanny et Tom sont mariés et heureux depuis 20 ans. Mais un jour un secret éclate : Fanny n’a jamais eu d’orgasme. Tom, ingénieur, décide alors de relever un défi audacieux : créer l’objet qui révolutionnera le plaisir féminin. Ensemble, ils se lancent dans cette quête aussi déjantée qu’émouvante qui va transformer leur couple. Jusqu’où iront-ils ? Loin, très loin.
Aux Womanizer, citoyennes !
Le plaisir féminin a toujours été un tabou. Pire encore, il a longtemps été ignoré. Et l’art a cette fonction magnifique de mettre en lumière des sujets de société nécessaires.
Avec Pour le plaisir, et à travers le biopic consacré à la création du Womanizer, le film s’intéresse au plaisir féminin, à une forme de libération sexuelle, mais aussi, peut-être, à une nouvelle manière de faire/concevoir l’amour. Car, là aussi, les hommes ont parfois peur que l’usage de jouets pendant l’acte soit perçu comme le signe d’un manque de performance. Pour le plaisir casse les clichés, ose, tente, ouvre – et enfonce – des portes, et a même ce petit côté pédagogique qui nous permet de mieux saisir l’ampleur du sujet.
Dans la forme, la narration (écrite aussi par Gari Kikoïne et David Solal) enchaîne les situations comiques, voire burlesques, et joue sur la complicité évidente entre Fanny (Alexandra Lamy) et Tom (François Cluzet). Car une fois passée la tempête de la révélation – « Tu n’as jamais joui en vingt ans ! » – et la culpabilité qui s’ensuit pour ce mari désemparé, c’est un véritable travail d’équipe qui commence. Ensemble, ils décident de créer un sextoy capable de provoquer des stimulations jamais égalées. Là, c’est un festival de situations absurdes. Ils retrouvent, dans cette aventure, une flamme perdue, une âme d’enfant égarée, et agissent comme des adolescents de nouveau fous amoureux, face à leur fille Elsa (Mitty Hazanavicius), confrontée à des parents ingérables.
Pour le plaisir n’oublie jamais la tendresse de l’intime. Il y a ainsi de jolies séquences entre Fanny et Tom, notamment autour de la peur de perdre l’autre. Et ce mélange délicat de drame et de comédie fait de ce film un film d’amour précieux et solaire.

Le film édulcore quelques points pour se concentrer sur l’essentiel : la remise en question du père se fait très rapidement ; les financements pour développer le Womanizer sont assez vite expédiés, alors qu’on imagine que convaincre des banques a dû être plus complexe ; et le tabou autour du plaisir féminin – et donc autour de la conception d’un sextoy – n’est jamais vraiment un sujet de division au sein de la famille de Fanny, par exemple. Pour le plaisir file droit devant, mais ce n’est pas forcément un défaut. C’est un parti pris qui permet à la comédie de s’extirper d’une dramaturgie trop lourde. L’objectif du film est de parler d’un sujet important avec légèreté, parce que la comédie reste l’un des meilleurs vecteurs de messages.

Pour le plaisir tient aussi par son duo fantastique. Alexandra Lamy a toujours ce capital sympathie qui transpire dans chacun de ses rôles : généreuse, rayonnante et souriante. Dans celui de Fanny, elle joue avec une belle simplicité, entre l’harmonie d’un regard flamboyant et la force de convictions assumées.
François Cluzet est merveilleux dans le rôle de Tom, mari et père de famille. Alors oui, Cluzet fait du Cluzet : il a son propre rythme, son propre ton, sa propre essence de comédien – comme Alexandra Lamy, et bien d’autres. Mais il donne néanmoins à son personnage une fragilité émotionnelle très tendre, très douce.
Cet inventeur qui n’a jamais eu le mérite ni le succès qu’il aurait dû connaître nous touche justement parce que François Cluzet l’incarne avec l’honnêteté qu’on lui connaît. Il ne triche pas. Et c’est ce qui fait non seulement que son personnage fonctionne, mais aussi que son couple avec Alexandra Lamy est crédible à l’écran. Car ce sont deux comédiens authentiques et entiers, dans la vie comme dans le jeu.
Une mise en scène viiiibrante !
Côté réalisation, le film est à l’image de sa réalisatrice, Reem Kherici : lumineux. Il y a quelque chose de très vivant à l’image, d’organique, de joyeux. Ça vit ! La caméra de Reem Kherici, toujours en mouvement – même dans des lieux intimes comme le cabinet de la sexothérapeute ou l’atelier d’invention de Tom, des espaces restreints par leur taille – insuffle aux dialogues une animation électrisante et un bouillonnement qui appelle aussi bien la tragédie que la comédie.
Il n’est jamais aisé de faire vivre des personnages, des scènes et des dialogues dans des espaces limités, notamment d’un point de vue logistique et matériel.

Et Reem Kherici parvient à composer ses cadres – épaulée par son directeur de la photographie Dominique Fausset – grâce à de petites astuces intelligentes de mise en scène et de déplacements, que le montage de Samuel Danesi continue de dynamiser.
Par ailleurs, il faut saluer le travail sur les décors. Là aussi, en comédie, il est rare qu’un tel soin soit apporté aux décors et à l’accessoirisation des lieux. Souvent formaté, sans identité propre, le genre opte rarement pour une décoration pensée comme une extension des personnages. Pour le plaisir fait ici le choix inverse : les décors traduisent la psychologie de ses personnages ou leur état mental.
Le cabinet de sexothérapie, vif et pittoresque, empli de couleurs et de plantes, entre ainsi en résonance avec le personnage de Caroline, dont on saisit d’emblée l’aspect étincelant, pétillant et énergique, la vivacité d’esprit, une certaine grandiloquence dans sa manière de s’exprimer – en écho à la hauteur sous plafond du cabinet – ainsi que la sincérité qu’elle met dans son travail.

Le bureau de Tom, lui, est la métaphore de sa vie : abandonné (comme sa carrière d’inventeur), bordélique (comme son esprit), et pourtant lieu de grande intelligence, de sensibilité et d’ouverture. Tout ce qu’est aussi le personnage de Tom.
Conclusion
Comédie joyeuse et bienveillante, Pour le plaisir est un vrai kiffe. Le film ruisselle d’amour, de beauté humaine, et d’une frivolité qui constitue un véritable ancrage comique à une narration plus profonde qu’elle n’y paraît. On ne culpabilise personne, on ne moralise pas ; on privilégie la réflexion par l’humour et l’ivresse du cœur, afin d’offrir une meilleure compréhension du corps et une nouvelle vision du plaisir.
Casting : Alexandra Lamy, François Cluzet, Reem Kherici, Kyan Khojandi, François Xavier-Demaison, Mitty Hazanavicius, Delphine Baril, Camille Aumont Carnel…
Pour le plaisir, le 6 mai au cinéma.
