[CRITIQUE] – L’ÉTÉ 36 : UN WHODUNIT CANICULAIRE À NICE, À L’AUBE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Après Le Bazar de la Charité et Les Combattantes, TF1 dévoile sa nouvelle fresque historique : L’Été 36. Au sein d’un luxueux hôtel de la Riviera niçoise, quatre femmes issues de milieux très différents se retrouvent mêlées à la mort mystérieuse d’un procureur.
Une enquête passionnante avec pour toile de fond des sujets sociétaux forts et la montée du nazisme en Allemagne. Un récit aussi romanesque que politique.

Synopsis
Eté 1936, Nice. Effarée, la bourgeoisie en villégiature, habituée à la Côte d’Azur et à ses privilèges raffinés, voit débouler de nouveaux vacanciers, profitant des premiers congés payés. Dans cette effervescence où deux mondes se côtoient sans chercher à se comprendre, quatre femmes de milieux différents vont se retrouver mêlées à un meurtre dans le très chic hôtel Riviera. Un crime qui va bouleverser leur vie de famille, amoureuse et professionnelle.

De nouvelles héroïnes et une enquête dans un nouveau contexte

Agatha Christie continue d’inspirer la fiction française. pour la création de L’Été 36, c’est d’ailleurs une influence pleinement assumée par la productrice Iris Bucher. La série en reprend alors plusieurs codes emblématiques : un cadre idyllique, une famille bourgeoise rongée par les non-dits, les secrets et des problématiques ciblées, ainsi qu’une galerie de personnages issus d’horizons différents, tous aussi mystérieux que suspects. Puis, le contexte historique : ici nous sommes en 1936. Et la série imprime cette histoire en sous-texte, une histoire sociale, celle des premiers congés payés – les ouvriers découvrant les plages du Sud -, où l’on évoque les conditions de travail des enfants dans les usines – qui employaient encore des adolescents de 12 ou 13 ans – et la montée progressive du nazisme en Allemagne, dont les répercussions commencent déjà à se faire sentir en France. Tous ces thèmes s’entremêlent habilement autour d’une enquête captivante : la mort du procureur Adrien Jacquart ( excellent Arnaud Binard !). Une affaire où gravitent quatre héroïnes, quatre sous-intrigues suffisamment troubles pour faire de chacune une suspecte idéale.

La marque de fabrique des productions historiques de TF1 repose depuis plusieurs années sur la mise en avant de grandes figures féminines, des destins de femmes hors du commun, pourtant très proches de des préoccupations de leur époque. L’Été 36 renoue ainsi avec cette formule gagnante.
On retrouve notamment Julie de Bona – déjà présente dans Le Bazar de la Charité et Les Combattantes – incarne Blanche Ackerman, amante du procureur Jacquart et fille de l’industriel Henri Pontavice-Caron. À ses côtés, Sofia Essaïdi, également vue dans Les Combattantes, interprète Eugénie Berthier, ouvrière syndiquée et ancienne fiancée du procureur. Mariée à Jean (Simon Ehrlacher), elle lutte notamment contre le travail des enfants et milite pour relever l’âge légal du travail à 16 ans.

Enfin, Constance Gay (Flashback) et Nolwenn Leroy (Brocéliande), nouvelles figures de la chaîne, incarnent deux demi-sœurs : Léonie Morel, auxiliaire de police venue de Paris pour innocenter son père accusé à tort, et Giulia Vincent, gouvernante du palace Riviera.
Tous partagent un lien, un secret… ou une raison de vouloir la mort du procureur.

Sur le plan scénaristique, les autrices Catherine Touzet et Marie Deshaires (Surface) parviennent à bâtir un univers foisonnant et luxuriant, où se croisent tensions sociales, drames intimes et affrontements spectaculaires.
Le duo réussit surtout à faire cohabiter une galerie de personnages complexes au cœur d’une enquête haletante. Il faut d’ailleurs saluer le soin apporté à leur caractérisation, véritable moteur de l’intrigue.

Parce que si la série fonctionne aussi bien, c’est avant tout grâce à ses protagonistes : nuancés, ambivalents, parfois insaisissables, ils entretiennent en permanence le mystère autour de leurs intentions.

Nice : ville pleine d’éclat !

À la réalisation, Fred Garson confirme son intérêt pour les failles de l’âme humaine. Avec Les Hommes de l’ombre, Insoupçonnable ou encore Une mère parfaite, il explorait déjà la trahison, le mensonge, l’ambition ou la jalousie. Et ces notions, que l’on retrouve dans L’Été 36, Fred Garson les canalise dans une mise en scène aussi effrayante, poignante, qu’émouvante. Sa caméra, constamment en mouvement, accompagne les tourments de ses personnages, leurs désespoirs comme leurs espoirs, leurs combats comme leurs doutes. Fred Garson les entraîne dans une fuite en avant permanente, les faisant basculer d’une situation à une autre sans jamais laisser retomber la tension. Car c’est bien l’urgence qui caractérise la série : une sensation d’étau qui se resserre progressivement autour des protagonistes, tandis que l’enquête semble avancer vers une impasse inévitable.
Il y a également, dans sa manière de filmer et de diriger ses comédiens, une véritable recherche de vérité et de profondeur. Cette exigence transforme ce whodunit en un grand ballet romanesque et exaltant. Chaque interprète est d’une précision redoutable dans le jeu, brouillant les pistes et interrogeant le spectateur sur les vraies intentions de leurs personnages, leurs motivations ou leurs alibis. Oui, ils amènent cette dimension christienne à leurs incarnations et au récit.

Épaulé par sa directrice de la photographie Virginie Saint-Martin – qui signait déjà un superbe travail sur Une sirène à Parisils composent un Nice lumineux, coloré et vibrant, où la ville s’anime au rythme des vacanciers, avec un arrière goût de mystère et d’une rupture peu à peu palpable visible dans la composition des cadres dans laquelle la cité phocéenne devient le théâtre de soupçons, de trahisons et de rivalités. Le point fort de la série, c’est aussi sa manière d’offrir des séquences au cœur de petites ruelles et de créer tout une ambiance effervescente. Fred Garson et Virginie Saint-Martin créent ainsi des complicités, des amours naissants, des secteurs où les personnages peuvent se retrouver, respirer, s’adonner au bonheur le plus intense.
Comme tiraillée entre lumière et obscurité, Fred Garson construit un authentique décor de whodunit : derrière la façade scintillante se dissimulent en réalité des zones d’ombre structurellement humaines.

Conclusion

Avec L’Été 36 TF1 remet, en quelque sorte, son titre en jeu. Après les deux gros succès qu’ont été Le Bazar de la Charité et Les Combattantes, et Montmarte, autre fresque de grande ampleur, la chaîne se lance un nouveau défi à travers cette superproduction au budget colossal. Est-ce réussi ? Sans aucun doute !
Les autrices Catherine Touzet et Marie Deshaires livrent un whodunit enthousiasmant, où se conjuguent intelligemment enquête et chronique historico-sociale. Un exercice loin d’être évident tant la série se montre dense dans sa construction narrative. La montée du nazisme, la place des femmes dans la société ou encore les tensions sociales et industrielles ne servent jamais de simple toile de fond historique. Tous ces thèmes participent pleinement à l’intrigue et nourrissent les trajectoires des personnages avec pertinence.
L’ensemble est magnifié par la réalisation de Fred Garson et la direction artistique des différents départements (costumes, décorations…), la série peut également compter sur une distribution solide et des seconds rôles remarquables. De François-Xavier Demaison à Pascal Elbé, en passant par Simon Ehrlacher et l’ensemble des comédiens constituant les trois familles de L’Eté 36, chacun apporte relief et intensité.

Entre L’Or Bleu (France Télévisions) et L’Eté 36 oui, le printemps va être caniculaire !

L’Eté 36 dès le 18 mai sur TF1.

Casting :  Julie de Bona, Sofia Essaïdi, Nolwenn Leroy, Constance Gay, François Xavier-Demaison, Miou Miou, Constance Dollé, Camille Japy, Simon Ehrlacher, Pascal Elbé…