[SPIDER-MAN BRAND NEW DAY] – 5 CHOSES QUI NE VONT PAS DANS LE FILM MARVEL STUDIOS

Avec Spider-Man: Brand New Day, Marvel Studios poursuit l’histoire de Peter Parker après les événements bouleversants de Spider-Man: No Way Home. Un film attendu comme un nouveau départ pour le héros, mais qui semble parfois prisonnier des habitudes du MCU : multiplication des personnages, préparation des futurs événements et importance donnée au fan-service. Pourtant, Spider-Man a toujours été un héros différent, profondément humain, dont la force réside moins dans ses pouvoirs que dans ses failles. Alors, qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans ce nouveau chapitre ? Voici cinq points qui empêchent Brand New Day de retrouver toute la magie de l’homme-araignée.

1. Un film purement marketing (mais où sont les surprises ?)

La promotion autour de Spider-Man: Brand New Day est si massive que le film a déjà dépassé le milliard de dollars au box-office mondial. Bien entendu, la popularité de Spider-Man est ce qui contribue largement à son immense succès. Il est le super-héros le plus populaire auprès des enfants comme des adultes, celui dont les préoccupations sont les plus proches des nôtres et auquel il est le plus facile de s’identifier. À l’image d’un Star Wars, chaque nouveau film est un événement qui attire spontanément les foules. Dès lors, une question se pose : un marketing aussi agressif est-il vraiment nécessaire ? Faut-il dévoiler une grande partie du film dans les bandes-annonces et les affiches ? Car c’est précisément de cela que souffre Brand New Day : il ne laisse presque plus de place à l’émerveillement ni à la surprise. Des caméos des super-vilains aux affrontements contre le Scorpion, Hulk ou La Main, jusqu’à la séquence tournée à Glasgow, le film déroule à l’écran ce que la campagne promotionnelle avait déjà largement révélé. Le spectateur n’a plus que quelques miettes à découvrir. La bande-annonce spoile même la façon dont Spidey neutralise La Main – cette scène hallucinante où il plonge en enroulant tous les ninjas dans sa toile.
J’omets les rumeurs – qui s’avèrent souvent vraies -, lesquelles gâchent également le plaisir, à l’image de la séquence avec Yelena Bolova.

Au-delà de cet aspect, Brand New Day ressemble surtout à un pure produit hollywoodien de l’ère Marvel Studios. Le film accumule les figures emblématiques de l’univers Marvel : Hulk, Punisher, La Main, le retour du Scorpion… comme si leur simple présence suffisait à susciter l’engouement. Le message est limpide : « Regardez, on a tout mis pour vous plaire ! » Pourtant, cette promesse est trompeuse. La communication laisse croire que chacun de ces personnages jouera un rôle majeur dans l’intrigue, voire bénéficiera d’un véritable développement. Il n’en est rien. Tous apparaissent à peine quelques minutes avant de disparaître, réduits à de simples arguments marketing. Ce qui m’amène à mon deuxième point.

2. La caractérisation des personnages secondaires

Dans l’écriture littéraire comme scénaristique, un personnage secondaire doit répondre à quelques questions essentielles : pourquoi existe-t-il ? Qu’apporte-t-il au récit ? En quoi fait-il avancer l’intrigue ? Peut-il exister par lui-même ? C’est précisément là que réside toute l’importance de la caractérisation. Si un personnage peut être remplacé par un autre sans que l’histoire en soit modifiée, c’est qu’il est mal caractérisé ou, dans un univers partagé comme celui du MCU, qu’il n’est présent que pour le sacro-saint fan-service

C’est exactement le problème de Hulk, du Punisher ou encore de Yelena Belova. Tous trois auraient pu être remplacés par d’autres héros ou personnages lambda sans que cela ne change fondamentalement le récit.

Bruce Banner apporte bien des éléments sur l’inhibiteur de Peter, mais Hulk, lui, semble uniquement présent pour offrir un affrontement spectaculaire avec Spider-Man… et ouvrir un coffre-fort. C’est tout de même un peu léger pour un héros aussi emblématique.
Cette utilisation soulève d’ailleurs un autre problème propre au MCU : la continuité de ses personnages. Pourquoi sommes-nous passés du Professeur Hulk à Bruce Banner sous inhibiteurs ? Plus largement, Marvel a du mal à maintenir une ligne cohérente sur le long terme. Un jour, la dualité entre Bruce Banner et Hulk est traitée comme une tragédie, le lendemain comme un simple ressort comique. Le même constat peut être fait avec Thor, passé en quelques films du Dieu badass au personnage presque parodique.

Le Punisher souffre du même manque d’utilité. On ne comprend d’ailleurs pas vraiment pourquoi il décide de suivre ce tank au début du film. Une fois introduit, il n’a finalement qu’une seule fonction narrative : fournir une cachette à MJ. Là encore, n’importe quel allié de Spider-Man aurait pu remplir ce rôle. Quitte à introduire Yelena Belova, autant lui demander de l’aide aussi pour protéger MJ. Sinon, à quoi servent les New Avengers ?
Les échanges entre Frank Castle et Peter Parker sont pourtant réussis : drôles, sincères, parfois même émouvants. Mais ils ne suffisent pas à faire oublier que le personnage donne surtout l’impression d’être là pour procurer aux fans une image iconique : celle du Punisher portant un Spider-Man à moitié mort dans ses bras.

3. Jean Grey et Le Scorpion

Émotionnellement, le personnage de Jean Grey fonctionne. La prestation de Sadie Sink est d’ailleurs d’une grande justesse. Si l’intrigue autour d’une organisation secrète menant des expériences sur des êtres augmentés a déjà été vue des centaines de fois au cinéma, elle reste suffisamment efficace pour captiver le spectateur et confronter Jean Grey à sa propre morale.
En revanche, la révélation du personnage pose problème. Pendant les deux tiers du film, Jean Grey agit dans l’ombre. Elle est mystérieuse, ses motivations restent floues, et son identité inconnue renforce son aura inquiétante bien plus que ses pouvoirs. Pourquoi, dès lors, décide-t-elle soudainement de dévoiler son visage à Peter ? Elle sait pourtant qu’il est capable de l’identifier. Ce choix douteux brise tout le mystère construit jusque-là car sa véritable force résidait précisément dans cet anonymat.
Sûrement aurait-il été plus sage d’attendre un moment clé de l’histoire, comme sa capture. Là, la révélation aurait été percutante. Davantage encore si nous avions été épargnés, nous, spectateurs, du spoile concernant son identité. Imaginez le coup de tonnerre et les hurlements dans la salle ! 

Le traitement réservé au Scorpion est tout aussi frustrant. Après neuf ans d’attente depuis la scène post-générique de Spider-Man: Homecoming, on était en droit d’espérer un rôle plus conséquent pour le personnage… et pour son interprète. Au lieu de cela, le Scorpion n’est finalement présent que pour deux ou trois scènes d’action, sans véritable impact sur l’intrigue. Là encore, on retrouve la valeur de la caractérisation : Spider-Man possède une galerie de super-vilains exceptionnelle, ramener l’un de ses ennemis les plus emblématiques dans ce simple objectif de l’action n’apporte aucune plus value dramatique au récit.

4. La transformation et la vie de Peter

Le film est intéressant dans ce qu’il cherche à raconter sur l’identité et le rapport à soi. Bruce Banner lutte contre le monstre qui sommeille en lui. Le Punisher est prisonnier de sa douleur, qui le transforme en exécuteur impitoyable. Et Peter Parker voit peu à peu sa mutation prendre le pas sur son humanité. Le véritable cœur de Brand New Day réside là : dans cette lutte permanente entre notre nature profonde, nos émotions et les pulsions qui nous traversent.
Le problème, c’est que le film n’explore jamais vraiment cette idée à fond à travers 3 ces personnages et donc ces 3 identités différentes (le souci d’afflux de personnages marketing). Pour Peter, l’enjeu est passionnant. Comme Bruce Banner, son ADN évolue, son corps change et son esprit vacille.

Pour Peter, l’enjeu est passionnant. Comme Bruce Banner, son ADN évolue, son corps change et son esprit vacille. Certaines scènes montrent avec beaucoup de justesse les conséquences de cette mutation sur son quotidien, ainsi que l’impact psychologique et physique qu’elle a sur lui. Mais tout ce travail est anéanti en quelques secondes. Lors du combat contre La Main, alors que Jean Grey tente de brouiller son esprit en opposant l’identité de l’Araignée à celle de Peter Parker, ce dernier se contente de répondre : « Je suis les deux. » Et cette simple phrase semble suffire à résoudre un conflit qui, jusque-là, paraissait inévitable. Plus de doute, plus de lutte intérieure, plus de conséquences. Une résolution d’une facilité déconcertante pour un thème qui méritait bien davantage.

Enfin, Peter Parker me semble trop effacé dans ce film, tout comme New York, qui a pourtant toujours été un personnage à part entière de la saga. Certes, Brand New Day présente un Peter qui a sacrifié sa vie personnelle au profit de Spider-Man. Mais comment vit-il désormais ? Comment paie-t-il son loyer ? Comment se nourrit-il ? Ce ne sont pas des questions que l’on peut ignorer. La banalité à son importance chez Peter Parker. Si nous aimons autant Peter Parker, c’est précisément parce qu’il connaît les galères du quotidien. C’est l’essence même du personnage. Spider-Man n’est pas un milliardaire comme Tony Stark, ni un dieu comme Thor. C’est un étudiant, un voisin, un jeune homme qui peine à joindre les deux bouts tout en essayant de sauver la ville.



Et cette dimension manque cruellement ici. La trilogie de Sam Raimi l’avait compris. Elle montrait les difficultés de Peter à concilier son travail, ses études, sa vie sentimentale et ses responsabilités de super-héros. Elle faisait aussi de New York une ville vivante, peuplée d’habitants qui existaient réellement et entretenaient un lien avec Spider-Man. Ironiquement, les séquences new-yorkaises du générique de fin de Brand New Day donnent davantage le sentiment de retrouver cette ville que l’ensemble du film. C’est peut-être cela qu’il aurait fallu nous montrer dès les premières minutes. Reste néanmoins des scènes de balancement spectaculaire et visuellement époustouflantes, agréables à regarder. 

5. La fin

Cela devient une habitude chez Marvel : les fins de leurs films soulèvent davantage de questions qu’elles n’apportent de réponses. Le problème n’est pas de préparer les prochains chapitres du MCU. Le problème est de donner l’impression que le sort immédiat des personnages n’a plus aucune importance.

• Bruce Banner (Hulk) est transféré à l’hôpital. Très bien. Mais que lui arrive-t-il ensuite ? Le gouvernement comprend-t-il qu’il a été manipulé ? Y’aura-t-il des conséquences pour lui ? Redeviendra-t-il Professeur à l’université ? Le film ne juge jamais utile de l’expliquer. Sans doute parce qu’il estime que le spectateur n’en a pas besoin.

• Même constat pour le Punisher. Sa dernière apparition, sous forme d’une courte scène humoristique, est drôle, mais elles ne racontent rien de son évolution. Sa rencontre avec Spider-Man l’a-t-elle fait changer ? A-t-il remis certaines de ses convictions en question ? Que devient-il après les événements du film ? Là encore, aucune réponse concrète, verbale.

• Quant à Jean Grey, elle termine son parcours dans un bus en direction… d’on ne sait où. Introduire les X-Men de cette manière est déjà discutable cependant, pourquoi ne pas conclure sur une image forte, comme son arrivée devant une certaine école ? Évidemment, Marvel préfère sans doute réserver cela à Doomsday, Secret Wars ou au futur film X-Men. Une stratégie qui se comprend… mais qui donne l’impression que le film refuse d’aller au bout de son récit, de ne pas totalement assumer sa proposition. En cela, les films Marvel Studios n’ont plus aucune identité propre. Ils ne sont que des prolongements. Des films d’intéractions parfois au détriment de la cohérence.

Et ne parlons pas du Scorpion, de Ned ou de MJ. Les sous-intrigues s’accumulent, mais les conclusions se font rares. Tout reste ouvert. Bien sûr, construire la relation entre Peter, Ned et MJ sur le long terme a du sens. Mais après ce qu’ils viennent de traverser – notamment l’épisode avec Jean Grey -, une simple scène où Peter prend de leurs nouvelles aurait suffi à offrir une respiration émotionnelle avant le générique. Parce que bon, coup du check…

Je ne suis pas aigri pour autant. Spider-Man Brand New Day est plaisant et généreux (peut-être un peu trop) malgré ses défauts d’écriture. Alors, ne hurlez pas trop !