LES PROMESSES/ZAÏ, ZAÏ, ZAÏ, ZAÏ/BOÎTE NOIRE : LE PRODUCTEUR MATTHIAS WEBER AU COEUR DE L’ACTUALITÉ (INTERVIEW)

César 2012, photo de Matthias Weber, Olivier Treiner et Thibault Gast. Crédit photo : Mireille Ampilhac

C’est une actualité chargée pour le producteur Matthias Weber, en ce mois de février 2022. Entre la sortie de Les Promesses fin janvier, la nouvelle comédie de François Desagnat Zaï, Zaï, Zaï, Zaï qui débarquera le 23 février et les nominations aux César 2022 pour le thriller Boîte Noire, autant dire que Matthias Weber est sur tous les fronts.
Trois films de qualité, mais il faut dire que Matthias Weber et son associé Thibault Gast ont le nez pour produire des films qui feront les succès de demain et collaborer avec les plus grands talents du cinéma français.

En 2012, ils produisaient déjà le court-métrage Retention de Thomas Kruithof, cinéaste fétiche des deux producteurs puisqu’ils continueront à collaborer ensemble à plusieurs reprises. En 2016, ils travaillent de concert sur le film La Mécanique de l’Ombre avant de lui renouveler une troisième fois leur confiance avec Les Promesses. Un long-métrage qui met en lumière un sujet de société fort où les drames humains se confrontent aux « manigances » politiciennes. Mené par une Isabelle Huppert à la lutte acharnée, Les Promesses interroge, sensibilise, et insuffle un bel espoir. Avec bientôt 300 000 spectateurs, Les Promesses est un joli succès.
La Mécanique de l’Ombre dont on retrouve, par ailleurs, un certain Yann Gozlan au scénario. Quelques années plus tard, Yann Gozlan réalisera le thriller succès de 2021, Boîte Noire, sous la houlette de Matthias Weber et Thibault Gast (en co-production avec WY Productions/Wassim Beji). Aujourd’hui, le film cumule plus d’1 million d’entrées ainsi que 5 nominations aux César 2022.

Une affaire de famille pourrait-on dire, qui mène tout droit au firmament du succès…

Quant à Zaï, Zaï, Zaï, Zaï, le film adapté de la BD de Fabcaro est bien parti pour être un beau succès. La diffusion du film dans certains festivals et les différentes avant-premières organisées, confirment un futur triomphe au box-office.

« Pierre Niney est un acteur extrêmement talentueux dans son travail et par ses choix. C’est un homme intelligent, très cinéphile, et il est couru. Il doit faire des choix et ils sont toujours justes. ».

Un amour sincère pour le cinéma

Matthias Weber et Thibault Gast prennent les décisions ensemble.
Pour sélectionner les projets qui méritent d’être portés au cinéma, les deux producteurs ont une méthode bien à eux : « Nous nous inscrivons avant tout dans un accompagnement. Ces trois longs-métrages sont très différents et ce qui nous a motivé, ce sont d’abord les rencontres avec des talents, un désir profond de les accompagner, et une envie de spectateurs, qui est un véritable moteur. Le premier mouvement, pour produire un film, c’est d’avoir envie de le voir, quel que soit le genre. » confie Matthias Weber.
Si ce n’est pas une question de genre, ce n’est pas non plus une question de sujets en lien avec l’actualité. Dénoncer l’insalubrité des logements dans les quartiers (Les promesses), la désinformation (Zaï, Zaï, Zaï, Zaï) ou la puissance d’un lobbying (Boîte Noire) ne sont donc pas des thèmes déterminants dans le choix d’un projet. Cependant, apporter du sens est une priorité : « Ce n’est pas une condition nécessaire. On aime faire des films qui ont du sens, qui racontent quelque chose, ça nous tient à cœur. Effectivement, les films, ce sont avant tout des personnages qui ont leur caractérisation et leur trajectoire. Ils doivent exister et, en sous texte, avoir des choses à défendre. Voilà ce qui importe. Mais on ne veut pas qu’il y ait de gratuité dans ce que l’on fait, c’est important. ».

Mais le cinéma peut avoir un impact et ils en ont bien conscience. Avec un film comme Les Promesses, il devient plus facile d’interpeller les politiques et les pouvoirs publics. En cela, la communication autour d’un film est capitale : « Wild Bunch nous a fait une communication sur mesure en mobilisant des agences spécifiques pour organiser des projections auprès de gens concernés que ce soit dans le milieu politique – avec des directeurs de cabinets, des maires et des adjoints aux maires – que dans le milieu associatif. La Ministre du Logement l’a vu. Il fallait être précis dans les éléments de langage. Pour que la communication à la sortie du film se passe avec la même précision que celle que souhaitaient avoir les auteurs et le réalisateur du film. ».

Reste désormais à savoir si les figures politiques seront suffisamment alertées pour prendre la mesure d’un problème qui dure depuis des décennies.

Un duo ambitieux

Matthias Weber et Thibault Gast ont de l’ambition mais une ambition saine, une ambition afin de proposer aussi le meilleur aux spectateurs. Et ils ne sont pas surpris par le succès de Boîte Noire, véritable thriller dans le milieu de l’aviation civile, produit pour triompher : « On travaille avec une croyance. Depuis 11 ans, Thibault Gast et moi avons de grands rêves. Chaque producteur rêve en grand. On en veut toujours plus, et c’est ainsi qu’on devient également des moteurs pour les talents, les réalisateurs… Boîte Noire est sorti dans une période difficile avec le pass sanitaire où la salle était en souffrance. Mais par rapport à l’économie globale du film, à la notoriété de Pierre Niney, très populaire, et à l’ambition du projet, on se devait d’être dans ces niveaux d’entrées. Ce n’était pas une surprise. Néanmoins, j’aurais aimé faire plus. Producteur : on veut toujours faire plus ! Je pense d’ailleurs que le contexte a fait qu’on a perdu des entrées, malgré le succès. ».

Cinq nominations aux César pour Boîte Noire, dans les catégories Meilleur Scénario Original, Meilleur Acteur, Meilleur Montage, Meilleur Son et Meilleure Musique Originale. Là aussi, Matthias Weber n’est pas réellement surpris par ces nominations qu’ils jugent légitime au vu de la nature du travail : « Je trouve que le film de Yann Gozlan est très réussi, porte une ambition de thriller qui flirte avec les références du genre, presque américaines, et tient cette ambition d’un bout à l’autre. Je trouve que ces nominations sont assez légitimes. Le travail de Pierre est remarquable dans l’interprétation, la musique et le montage sont extraordinaires et, le scénario, pour son originalité, mérite sa nomination. Je suis même un peu déçu que Yann ne soit pas nommé pour la mise en scène, qui est pourtant très travaillée et précise. ».

Et il ne tarie pas d’éloge sur Pierre Niney. Pour lui, avoir l’acteur dans un film est aujourd’hui un gage de qualité : « Pierre Niney est un acteur extrêmement talentueux dans son travail et par ses choix. C’est un homme intelligent, très cinéphile, et il est couru. Il doit faire des choix et ils sont toujours justes. ».

Un regard sur la production et les projets de demain…

Matthias Weber se livre sur son métier de producteur et l’impact de la crise sanitaire sur la production. On le sait, la COVID-19 a redistribué les cartes de la production, de la diffusion avec l’arrivée de nouvelles plateformes et leurs méthodes de diffusion. Mais concrètement, quels seront les impacts concrets de la crise ? : « L’impact est double. On est dans un système que le monde entier nous envie et qui date de l’après-guerre, où a été mis en avant le fait que la culture se devait d’exister dans sa diversité et que les moyens de diffusion (chaînes, salle de cinéma, studio…) devaient payer pour les contenus, pour la création. Il y a aussi un système d’aide avec notamment le CNC, qui rend tout cela extrêmement vertueux. Après une année de crise, où les salles ont vu leur exploitation baisser, il y a forcément de l’argent en moins. On s’apprête à vivre dans le cinéma – il en va de même pour les chaînes qui ont connu deux années difficiles et qui investiront moins -, des années un peu dures. Mais ça nous impose, en tant que producteur, une certaine responsabilité, à aller chercher des films qui se démarquent, qui s’événementialisent, qu’on ne trouve pas facilement et gratuitement depuis son canapé, pour faire vivre le cinéma et les salles. A côté de ça, une accélération sans précédent de la globalisation et la numérisation de la consommation des œuvres culturelles avec les Netflix, Amazon, qui ont connu des croissances très fortes et sont, depuis le début de l’année, rentrés dans ce principe avec une obligation d’investissement qui va apporter de l’oxygène dans ce contexte. ».

Matthias Weber et son associé Thibault Gast ne chôment pas. Ils travaillent actuellement sur plusieurs projets, en même temps.

Pour 13ème rue, les deux hommes produisent leur première série télévisée, Cuisine Interne, réalisée par Louis Farge (en coproduction avec Cinétévé/Thomas Saignes et Fabienne Servan-Schreiber). Une série qui mêle l’univers de la cuisine, de la gastronomie et de la mafia.

Un contenu original dévoilé lors du Showeb Séries 2022 à Paris. Diffusion prévue à l’automne.

Affaire de famille oblige, Matthias Weber et Thibault Gast produisent actuellement le prochain long-métrage de Yann Gozlan « Visions » avec Diane Kruger et Mathieu Kassovitz (en coproduction avec Eagles Team/Eric Nebot).
Enfin, un projet de film avec une plate-forme et la mise en production du nouveau film de Peter Dourountzis (Vaurien), Les Chats Noirs.

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