ANDRÉA BESCOND ET ÉRIC METAYER, HUMAINS ENGAGÉS (INTERVIEW)

Image : Andréa Bescond et Éric Metayer reçoivent le César de la meilleur adaptation pour Les Chatouilles.
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BORDE-JACOVIDES / BESTIMAGE

Lors d’une journée sur l’égalité organisée par l’Université de La Rochelle, la réalisatrice Andréa Bescond et le réalisateur Éric Metayer sont venus débattre avec les jeunes du campus au CGR les Minimes, où une nouvelle projection du film Les Chatouilles avait eu lieu.
L’occasion de rencontrer deux belles personnes, profondément humaines, qui se confient à cœur ouvert sur le monde du cinéma et sur l’actualité.

Le cinéma semble être plus à même ces dernières années à financer et produire des films comme Les Chatouilles. Mais la télévision reste moins frileuse à aborder des sujets forts, c’est un constat que vous partagez ?
Éric Métayer : Il y a des chaînes aujourd’hui qui proposent des choses sur des sujets sociaux comme les violences ou le harcèlement. Ce n’est pas si dur en ce moment. Quand nous avons monté la pièce de théâtre des Chatouilles, c’était beaucoup plus compliqué. […] La télévision est moins frileuse à aborder ces thèmes. Il y a une quinzaine d’années, peu de gens se seraient amusés à programmer des téléfilms comme À la folie ou L’Enfant de Personne – dans lequel joue Andréa -.
Andréa Bescond : Il y a une ouverture. Maintenant, on attaque une ère compliquée. Le Covid, la Guerre en Ukraine, forcément, on sent que toutes les productions vont nous dire « faites de la comédie ! ».
E.M : J’espère aussi que cette « libération artistique », ne soit pas une façon de dire « eh, vous voyez, qu’est-ce qu’on en parle ! ».
A.B : Malheureusement, pour l’instant, c’est ce qu’il se passe. Sur les 5 ans, rien n’a bougé. Nous avons sorti le film Les Chatouilles en 2018 et, aujourd’hui, je n’ai plus le même discours. En 2018, j’avais un grand espoir de changement. J’étais naïve. J’avais placé un espoir immense dans le changement politique et que le Gouvernement Macron agirait vraiment autour de la pédocriminalité, de l’inceste et des violences faites aux femmes et aux enfants. Oui, on nous donne des espaces de témoignages mais ça ne semble pas vouloir bouger plus que ça.

Nous l’avons vue pendant le débat suite à la projection télévisée de L’Enfant de Personne. L’impression que Nathalie Elimas, la secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse, n’avait pas envie de prendre la question à bras le corps pour faire évoluer les conditions de ces jeunes…
E.M : Déjà, le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles, Adrien Taquet, n’avait pas daigné venir. On sentait qu’il ne voulait pas se taper un débat là-dessus. Il était venu débattre avec Andréa sur la loi Billon, et il promettait que plus aucun enfant placé se retrouverait en hôtel, seul. On s’est rendu compte que c’était un effet d’annonce. L’État a simplement renvoyé le problème aux départements. Et c’est donc les départements qui gèrent ça. Mais les départements ne peuvent pas faire autrement, avec le peu de moyens qu’il leur donne.

Un mot sur À la folie, est-ce que ce téléfilm a été pensé comme un « documentaire » pour donner les clés aux femmes à reconnaître le comportement d’un pervers narcissique ? La fiction a pour vous ce devoir d’alerter, de dénoncer, de mette en lumière… ?

A.B : Oui, il y avait cette volonté pédagogique autour de cette emprise, qui touche trop de personnes.
E.M : D’être également dans les petites choses. On pouvait montrer des choses très violentes, et on l’a fait puisque cette femme est quand même violée deux fois, mais ce sont toutes ces petites choses insidieuses qu’on voulait expliquer.
E.M : Ce qu’on peut faire nous, c’est ce que peux faire Picasso avec Guernica. C’est une chose magnifique à regarder, mais ce que ça raconte est terrifiant. Nous, on souhaite donner une forme artistique, donner quelque chose de beau, mais le fond reste le plus important. Même un film comique de la vie a du fond. […] On arrive plus facilement à expliquer aux gens quand ce n’est pas didactique.

Note : Retrouvez ma critique ainsi que la Conférence de Presse pour À la Folie, réalisée pendant le Festival de la Fiction de La Rochelle, ici.

A.B : On ne donne pas de leçon, la pédagogie elle se fait avec humilité. C’est apporter avec humour, lumière, énergie, des choses spécifiques qui peuvent faire évoluer les consciences.

Réalisateurs.rices engagés.ées, c’est un bon terme pour vous définir tous les deux ?
E.M : Je pense que nous sommes des êtres humains qui ne supportent pas l’injustice. Nous sommes aussi des parents qui se demandent comment nos enfants vont vivre si on reste inactifs. On merde déjà grave sur l’écologie et on se refile le bébé depuis des décennies. Il ne faut pas laisser les générations à vivre sur ce fonctionnement.
A.B : On a une fille et un garçon. On veut élever notre garçon dans cette ambiance et ce non-sexisme. C’est jouissif de voir Anton à l’école et il fait la leçon à ses petits camarades de classe quand ils ont un comportement sexiste. C’est super, ça fait du bien. De voir notre fille aussi combattre l’homophobie à l’école.

Est-ce que selon vous le Gouvernement agit réellement pour lutter contre les inégalités Homme-Femme ? Et, qu’est-ce que vous attendez concrètement sur ces sujets majeurs ?
A.B : Sur les 5 ans, rien n’a bougé. Nous avons sorti le film Les Chatouilles en 2018 et, aujourd’hui, je n’ai plus le même discours. En 2018, j’avais un grand espoir. J’étais naïve. J’avais placé un espoir immense dans le changement politique et que le Gouvernement Macron agirait vraiment autour de la pédocriminalité, de l’inceste et des violences faites aux femmes et aux enfants. Oui, on nous donne des espaces de témoignages mais ça ne semble pas vouloir bouger plus que ça. Ils ne sont que dans des effets de communication. Je dirais même propagande.

On souhaiterait qu’ils prennent l’exemple de l’Espagne qui a créé un ministère et débloqué un milliard d’euros pour l’égalité Homme-femme, contre les violences faites aux femmes et aux enfants. L’inégalité Homme-Femme coûte environ 118 milliards d’euros, en France, par an. Nous on demande un milliard pour essayer de contribuer à une amélioration nette. En à peine dix ans, c’est 50% de féminicides en moins en Espagne. Les solutions existent, il faut les emprunter. Mais le Gouvernement n’a pas du tout envie pour régler ce problème. Il pourrait au moins avoir l’honnêteté de le dire, plutôt que d’en faire la grande cause du quinquennat. On l’a beaucoup subi en ce quinquennat.

Image, crédit : 50 – 50 Magazine.

Vous trouvez que dans le débat présidentielle actuel, on en parle suffisamment ?
E.M : Le sujet est invisibilisé. Personne n’en parle. Ils n’en ont rien à faire.
A.B : Quand on entend Pécresse dire sur LCI qu’il y avait des femmes malhonnêtes et malveillantes et Macron qui nous dit qu’il y a eu moins de féminicides sous son quinquennat, c’est très inquiétant. Il y a quand même eu 622 femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, lors du quinquennat Macron.

Marlène Schiappa qui invite des influenceuses de télé-réalité pour parler de l’égalité Homme-Femme, ça vous navre qu’une Ministre s’abaisse à cela ?
E.M : Ce n’est pas une Ministre, c’est une Influenceuse du Gouvernement. Ce n’est que de la com’. Quand on voit Macron faire un concours avec McFly et Carlito, ce sont des gentils garçons, mais qu’est-ce que ça vient foutre là. Ils pensent ouvrir l’esprit à des jeunes, en les invitant.
A.B : J’ai beaucoup débattu avec Marlène Schiappa, si tu n’es pas en accord avec elle et que tu lui prouves par A + B qu’elle a tort, si ça ne va pas dans son sens, elle vous ferme la porte. Elle ne va accueillir que des gens qui vont la flatter donc, ça ne sert à rien.

Merci encore aux organisateurs pour cette petite rencontre et, bien entendu, à Andréa et Éric pour leur simplicité et leur gentillesse.

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Andréa Bascond : andrea_bescond
Éric Metayer : ericmetayer4

Crédit photo : Loïc Marie / Coralie Ledoux