DEEP FEAR : L’INTERVIEW CATAPHILE DE SOFIA LESAFFRE, VICTOR MEUTELET, JOSEPH OLIVENNES ET KASSIM MEESTERS (+ CRITIQUE)

Le 20 avril prochain, OCS diffusera Deep Fear, un film horrifique réalisé par le cinéaste belge Grégory Beghin et produit par White Lion Films et Entre Chien et Loup sous le label Black Swan Tales, spécialisé dans le film de genre.

Synopsis :
Trois jeunes étudiants, fraîchement diplômés, décident de s’éclater en visitant les catacombes. Ils sont loin de se douter que leur expédition va virer au cauchemar. Sonia et ses deux acolytes, Max et Henry, tenteront d’échapper à une étrange créature qui se cache dans les entrailles de la Terre et de rejoindre la surface pour se sauver des griffes de l’Enfer.

Une ascension au cœur des catacombes parisiennes haletantes que Sofia Lesaffre, Victor Meutelet, Kassim Meesters et Joseph Olivennes se remémorent entre anecdotes et secrets de tournage…

Un tournage physique en milieu hostile

Le tournage de Deep Fear s’est déroulé au sein de trois lieux en Belgique dont les catacombes de Lièges et le Fort de Tancremont.
Pour les acteurs, aucune préparation en amont. Un tournage physique que Sofia Lesaffre décrit : « C’était très physique de tourner ce film d’autant qu’on a passé 17 jours dans le noir alors qu’il faisait un grand soleil dehors. Même moralement, ce n’était pas toujours simple. Pour moi le plus dur c’était de maintenir constamment cet état de stress, de tension, parfois de larmes. Le décor aide à pouvoir bosser correctement. Puis, pour une fois qu’on nous propose un film avec un décor peu habituel, il faut foncer. ». Un décor « naturel » qui aide aussi à se plonger plus facilement dans les vraies difficultés physiques de la spéléologie et dans l’ambiance d’un film d’horreur : « Quand tu plonges dans la poussière, dans le sang, que ça colle, quand tu es obligé de forcer sur tes bras, tes jambes, que tu engages le corps tout entier, ça va se ressentir et se voir sur nos visages. Même si j’aime bien tourner sur fond vert, quand tu es aidé par le décor c’est vraiment chouette, tu es vraiment dedans » explique Sofia. « On courrait tout le temps, à bout de nerfs, c’est ce qui était le plus physique. On courrait parfois 40 min pour cinq secondes de scènes à l’écran » conclut Kassim Meesters.
Mais pour Victor Meutelet, le plus dur était ailleurs. Le tournage avait en effet lieu durant l’Euro 2021 : « Les curseurs sont poussés à fond et ça nous engage beaucoup plus que des films, où on utilise moins notre corps. Ce n’était pas évident de rester dans le noir toute une journée, surtout lorsqu’il y a l’Euro, France-Hongrie, qui se joue à la surface. De ne pas pouvoir suivre le match, ça c’était dur (rire) ».

Kassim Meesters et Joseph Olivennes ne manquent pas de saluer le travail des décorateurs du film : « Ils ont fait un super taff au décor. On arrivait dans une salle où il n’y avait rien puis, le lendemain, c’était une salle remplie où avaient vécu des nazis. C’était impressionnant. […] Ils ont retapé certains endroits, créé des faux murs là où il n’y en avait pas. […] Le Bunker allemand où nous avons tourné est un musée. De temps en temps, il y avait des gens qui venaient nous expliquer ce que nous avions le droit de faire ou non dans les souterrains. Ce sont des endroits spéciaux ».

Si le tournage a eu lieu en Belgique, l’acteur Victor Meutelet a néanmoins lui vécu une journée de tournage en studio sur Paris et accompagné le réalisateur Grégory Bechlin dans un endroit spécial de la capitale :

« Nous avons eu une journée de studio pour certaines chatières, dont celle qui s’effondre (voir image). […] Les extérieurs ont été tournés à Liège avec un peu de VFX. J’ai aussi eu la chance d’accompagner Grégory Beghin le réalisateur pour des prises de vues dans les catacombes de Paris afin de créer le générique de fin. Il s’avère que ça ressemble comme deux gouttes d’eau aux décors qu’on avait en Belgique. C’est très fidèle à la réalité ».

Des acteurs et des actrices courageux.euses

Avant le casting, tous savaient donc que le film serait tourné sous-terre, dans des espaces clos, étroits, difficiles d’accès. S’il y avait quelques appréhensions, tous ont su prendre le dessus pour vivre cette expérience unique à fond à l’image de Sofia Lesaffre : « À partir du moment où je sais que le physique va être engagé, qu’on va morfler, je kiffe grave. À la lecture, je savais que ça serait difficile mais je n’ai pas eu spécialement peur. Puis, pour une fois qu’on nous propose un film avec un décor peu habituel, il faut foncer. ». Pour Joseph Olivennes, l’angoisse avait une toute autre origine, une origine venant des entrailles de la terre : « J’avais une appréhension, j’avoue. Avant le tournage, on est allé sur place et, effectivement, ça fait peur, c’est impressionnant, surtout parce qu’il fait sombre et qu’il a plein de couloirs. Toutefois, la scène avec les rats est celle qui m’a fait le plus paniquer ».

La plupart des scènes de spéléologie mettent en scène le personnage de Max, le plus peureux des quatre. C’est donc à lui qu’incombait la tâche ardue des séquences en zones étroites :

« C’est souvent la vision de Max que le spectateur a dans les étroits serrés. Il y avait quelques scènes difficiles mais, dans l’ensemble, ça allait. C’était davantage le fait de refaire les prises. J’ai fait un passage sous une chatière à une dizaine de reprises. Quand tu finis par réaliser que tu passes à travers des petits trous comme ça, tu stresses, surtout quand ça commence à coincer. J’ai la chance de ne pas être trop claustrophobe. Puis, on est encadré donc on sait qu’on ne risque rien » déclare Kassim Meesters.

[SPOILERS] : Sortir des catacombes, avant la catastrophe ?

Qui dit bunker allemand, dit Nazi et qui dit film d’horreur évoquant la Seconde Guerre Mondiale, dit Nazi en liberté. La mort rôde dans les couloirs des catacombes et ce vieux Nazi n’est certainement pas là pour inviter nos héros à manger des lentilles. Kassim Meesters en a d’ailleurs fait les frais, dans un combat pour sa survie et celle de Sonia : « C’était la scène la plus délicate à tourner pour moi. Toutes les autres scènes ont été tournées assez rapidement avec 2-3 par séquences, pas d’avantage. Mais sur cette scène, on a travaillé une demi-journée entière. Ce fut long et intensif. Il fallait retourner à chaque fois dans cette énergie. Et combattre un nazi, c’est toujours fun. Maintenant, je peux dire que j’ai combattu un nazi au couteau (rire). C’était jouissif. L’acteur belge qui joue le Nazi, Philippe Resimont, appréhendait un peu de se retrouver si bas dans les sous-sol. Il a joué le jeu. Il était dans son rôle. Il en impose. Lorsqu’il arrivait sur le tournage avec ses lentilles, il ne voyait rien, et l’équipe devait le diriger vers nous en lui expliquant ses déplacements ».

Sofia Lesaffre conclut ce film. Elle aussi a donc combattu le Nazi dans un acte final acharné : « On a également une scène où l’on se bat ensemble, mais il est hyper doux en réalité. Dans cette scène, il est censé m’étrangler. Comme je le disais, j’adore quand c’est physique donc je lui disait d’y aller. Il n’osait pas. Le contraste entre son aspect terrifiant et sa personnalité toute douce en vrai, c’était drôle […] La fin du film a été vraiment très difficile à réaliser car nous n’avions pas beaucoup de temps pour la tourner. Nous avions plein d’idées et du travail à fournir en amont à cause du décor et des cascades à mettre en place. Toutefois, nous sommes contents de ce qu’on a fait. La manière dont ça se finit, n’est pas classique ». [FIN SPOILERS]

AVIS (sans spoilers)

Tout démarrait comme une promenade de santé pour Sonia, Max, Ramy et Henry. L’insouciance de la jeunesse, une envie folle de fêter la fin de leurs études et le début d’une nouvelle vie. Quoi de mieux donc, que de visiter des catacombes pour vivre une expérience inoubliable entre potes. Frissonner, c’est le mot d’ordre. Mais la découverte de ces endroits uniques va tourner au cauchemar. En ces lieux règnent une terrifiante histoire tragique.

Image : Vous remarquerez le magnifique plan en VFX – dont parlait Victor Meutelet au début de l’interview – pour recréer les immeubles haussmanniens de Paris.

Le film se déroule au début des années 90, dans un contexte historique assez particulier où trois représentations du monde se confronteront. Au fil de leur avancée au sein de ces dédales labyrinthiques, nos héros en quête de sensations fortes croiseront notamment des Skinheads néo-nazis. Un mouvement très présent en France dans les années 80-90, venu d’Angleterre, et galvanisé par une extrême droite aux portes du pouvoir. Sonia, jeune étudiante d’origine arabe, en fera d’ailleurs les frais. Néanmoins, comme le déclare la comédienne Sofia Lesaffre, cela fait sens dans l’intrigue : « Elle est rebeu et on la ramène à ses origines mais c’est un truc sensé qui apporte quelque chose au film. Ce n’est pas toujours le cas dans d’autres productions ».
C’est de cette manière que Grégory Beghin et le scénariste Niko Tachkian installent une tension palpable. Le danger ne réside plus dans le lieu en lui-même, mais bien dans les conceptions idéologiques des personnes rodant dans les catacombes. Les idéaux politiques qui se terrent, sont certainement les plus dangereuses. Le réalisateur le sait, et en joue. La narration du film se structure autour de l’Histoire et des croyances religieuses et politiques. Les héros font ainsi face à une Histoire qui leur échappe, qu’ils ne connaissent que dans les livres. Cette vision du monde, innocente et pure, est alors mis à l’épreuve par des « monstres » inhumains, endoctrinés eux par des visions du monde passéistes et racistes.

La photographie d’Yvan Coene et la mise en scène ajoutent à cette opposition tout le côté anxiogène et étouffant qu’on attend d’un film d’horreur en espace clos. La perte de repères, l’angoisse, les découvertes inquiétantes, les premières confrontations sonores alarmantes, les ombres menaçantes, sont traduites non pas par des effets de style mais avec une volonté de plonger le spectateur dans une véritable expérience visuelle et sensorielle terrifiante. Tous ces éléments font monter crescendo une tension déjà bien acquise que Grégory Beghin ne souhaite jamais abandonner au profit de la simplicité. C’est ce qui fait de Deep Fear, un objet filmique lugubre et profondément troublant.
Notons également la qualité de jeu des quatre comédiens principaux qui offrent toute sa crédibilité à cet univers horrifique sans compromis. Sans un jeu précis, tout s’effondrerait, la dynamique comme la peur. Mention spéciale à Philippe Resimont, effrayant !

Deep Fear, le 20 avril sur OCS.

Merci à Rodrigue Laurent et OCS pour cette belle opportunité et aux acteurs.rices pour leur gentillesse.

Crédits photos : Black Swan Tales