Depuis 15 ans, la saga James Bond s’accompagne dans l’ombre d’une voix.
Une voix puissante.
Grave.
Intense.
Eric Herson-Macarel est l’homme derrière Daniel Craig. En 2006, avant que Casino Royale ne débarque au cinéma, le comédien est choisi pour prêter sa voix à « L’Espion au service de sa Majesté ». Une aventure qui le conduira à devenir la voix française officielle de Daniel Craig. Aujourd’hui, il conclut lui aussi une quinzaine d’années passionnantes à « ses côtés ».
Pour la sortie de Mourir peut attendre le 6 octobre prochain dans les salles obscures, Eric Herson-Macarel évoque cette période de sa vie, au travers de quelques souvenirs de travail.
« Devenir » James Bond

« Un casting a été organisé, auquel j’ai été convié par Michel Derain. J’ai eu la chance d’être choisi, à ma plus grande joie. Cela s’est déroulé d’une manière très ordinaire, finalement. […] Je ne me souviens plus des détails, mais nous devions « jouer » quelques lignes de texte de Casino Royale. » nous raconte Eric Herson-Macarel. Si les souvenirs de son casting sont flous avec les années, il partage ce qui, selon lui, a pu faire la différence sur ses essais malgré encore des inconnues : « Honnêtement, je ne connais pas la véritable raison de leur choix. Cela m’a été confirmé depuis mais, effectivement, mon timbre de voix semblait correspondre à peu près au physique de Daniel Craig. Il y a aussi les mystères de l’interprétation. Sur ce point, je ne sais pas ce qui les a poussés à me choisir. Après, si j’essaie d’extrapoler, et si on met de côté les performances physiques (rire), mon tempérament assez taciturne et un peu sombre était assez proche du James Bond de Daniel Craig et, peut-être, est-ce cela qui a été perçu dans les essais que j’ai passés à l’époque et a séduit les gens qui m’ont ensuite confié ce travail. ».
Dans les coulisses d’un James Bond…
Les enjeux d’un James Bond sont énormes. Dans les coulisses, le doublage – injustement critiqué sur les productions hollywoodiennes – est un exercice périlleux. Pour Eric Herson-Macarel, le doublage d’un James Bond n’a pas changé sa façon de travailler : « Non, le travail n’a pas été plus difficile sur les James Bond. C’est toujours le même travail. Ce qui rend les choses disons… plus tendues, c’est qu’il y a sur des énormes productions comme celles-ci, une pression qui se fait sentir. Elle est d’ailleurs purement commerciale. L’atmosphère sur le doublage d’un James Bond est différente, plus sérieuse. Cela ne veut pas dire qu’habituellement, ce n’est pas le cas. C’est la seule différence et elle est très minime, très marginale. On fait du mieux qu’on peut. La chose qui irait dans l’autre sens, pour des productions de ce type, c’est que nous avons un confort de travail supérieur ne serait-ce qu’en temps. Tous les films devraient être doublés ainsi. Pour les James Bond en particulier, tout est mis en œuvre pour que les choses soient bien faites et ça commence par le temps consacré. Je serais donc tenté de dire que c’est plus facile de travailler dans ces conditions-là. ».
Si on sait que certains studios hollywoodiens sont attentifs aux voix que la France choisit pour les représenter, notamment dans l’animation, ni la MGM, ni les producteurs de James Bond ne semblent avoir pris part à de quelconques discussions sur la direction artistique de leurs films : « Je ne sais pas vraiment dans quelles mesures ils sont impliqués. Même si le doublage est toujours considéré comme le parent pauvre de la production cinématographique, le dernier maillon de la chaîne, j’imagine que, pour ce genre de films, ils accordent malgré tout une attention particulière à la qualité du doublage. Je n’ai moi-même eu jamais de retour des compagnies sur mon travail. J’ai simplement appris qu’ils étaient contents. ».
Parmi les répliques cultes de la saga, celle où James Bond se présente (« Mon nom est Bond. James Bond. ») est certainement la plus mémorable. En coulisses, c’est également une phrase qu’on travaille avec le plus grand des soins : « Dans une interview, Daniel Craig racontait que cette réplique-là le terrorisait, car elle est tellement emblématique, tellement attendue. Il confiait que sur Casino Royale, ils avaient fait une quarantaine de prises. C’est la signature absolue du personnage, voire de la saga. Nous aussi, en doublage, lorsqu’on arrive sur cette réplique on prend notre courage à deux mains et on s’y reprend à plusieurs fois. C’est le truc qu’on ne peut pas rater. ». C’est là que rentre en scène la formation du comédien. Pour faire du doublage, il faut avant tout être un acteur : « J’essaie, non pas d’imiter, mais de transposer au plus juste son intention, la charge émotionnelle ou dramatique qu’il met dans cette réplique. Je me souviens que dans Skyfall, il la prononce dans un début d’étreinte amoureuse avec Monica Bellucci, il lui chuchote. C’était très différent. Il fallait s’adapter. ».
« Pour ma part, je travaille environ une semaine sur un doublage comme James Bond. L’ensemble du doublage lui, doit se dérouler sur trois semaines. » conclut Eric Herson-Macarel.
N’être qu’une voix ?
En France, la voix d’Eric Herson-Macarel est désormais identifiée à Daniel Craig mais surtout à celle de James Bond. Nous sommes un pays où nous aimons particulièrement mettre les gens dans des cases et, où il est parfois difficile de s’extirper d’un rôle ou d’un personnage. En off, certains comédiens de doublage me confiaient les difficultés qu’il avait eu pour s’extirper d’une étiquette. Eric-Herson Macarel, lui, ne semble jamais avoir connu ce problème : « Cela est possible que des rôles m’aient été refusés parce que ma voix était, pour certains, trop associée à James Bond. Pour être honnête, je n’en ai jamais eu vent. Je me souviens d’une anecdote. Je jouais Le Mariage de Figaro au théâtre – un rôle important – et à plusieurs reprises, je me faisais alpaguer par des jeunes spectateurs ravis qui avait une seule question à me poser, savoir si j’étais la voix de James Bond (rire). Effectivement, même si ça me surprend moi-même, j’ai une voix qui est identifiée. ».
Et quand on lui demande si accepter de prêter sa voix à James Bond fut une décision difficile à prendre ou s’il avait une quelconque appréhension, il répond : « Non, aucune. J’aurais peut-être dû m’interroger. Je n’ai pas la tête stratégique. J’ai reçu cette opportunité, et je l’ai vécue comme une aubaine. De plus, j’adorais l’acteur. Je ne mesurais pas non plus l’impact que cela aurait et que ça m’embarquerait sur quinze ans. Encore une fois, j’en suis ravi. Je ne regrette rien. Mais je n’ai jamais raisonné en terme carriériste. ».

Rapport & rencontre
Si Eric Herson-Macarel double James Bond, ce dernier n’est absolument pas familier de la franchise. Son rapport avec 007 est « inexistant » comme il nous l’explique : « Je ne suis pas spécialement fan et encore moins spécialiste de la saga. J’en ai vu un ou deux. Un en particulier, puisque j’avais la VHS de GoldenEye à la maison. Mes garçons, à l’époque, étaient en âge où on regardait des films comme ceux-là en boucle. Donc, j’ai regardé GoldenEye plusieurs fois. Paradoxalement, je n’ai jamais été bercé par ce genre de films d’action et d’aventure. Ça ne figure pas en tête de liste de ma cinéphilie. J’avais déjà eu un aperçu de James Bond puisque j’avais doublé le méchant dans Meurs un autre jour. […] Je n’ai pas rattrapé mon retard et puis, j’aime beaucoup ceux de Daniel Craig et ils me suffisent. Je les aime beaucoup pour une raison qui ne va pas plaire à tous les fans de James Bond. Cela sera sûrement un sacrilège pour les amateurs de 007 mais je trouve qu’ils ont dépoussiéré le personnage. Cependant, je ne suis pas un grand connaisseur, hein. Néanmoins, les James Bond d’aujourd’hui sont moins artificiels, moins caricaturaux, moins machistes. Mais encore une fois, ce n’est pas l’avis d’un spécialiste. ».
Enfin, une question qui brûle les lèvres de certains fans : Eric Herson-Macarel a-t-il rencontré Daniel Craig ? : « Je n’ai pas eu cette chance. J’aimerais beaucoup car, comme je le disais, j’ai passé quinze ans avec lui et j’ai une réelle admiration pour cet acteur. Et puis, j’ai entendu dire que c’était un homme très sympathique. Si l’occasion se présente, j’en serais heureux même si je n’aurais rien à lui dire mis à part que je suis sa « french voice ». Il s’en foutrait sûrement complètement (rire). […] Je pense que je continuerai à le doubler puisque ma voix semble, comme on le répète, indissociable de l’acteur. ».
Eric Herson-Macarel est actuellement au cinéma dans le très chouette film d’animation de Patrick Imbert, Le Sommet des Dieux, où il prête sa voix à Habu (vieux). Prochainement, il sera aussi à l’affiche de la série Germinal, adaptée du roman d’Emile Zola, où il incarne le personnage de Pluchart. La production de France Télévision est déjà disponible en intégralité sur SALTO.
Merci à Eric Herson-Macarel pour sa gentillesse et sa disponibilité.
